À Ouahigouya, la suspension de STAF paralyse transport et petits commerces

À Ouahigouya, la suspension de STAF paralyse transport et petits commerces

Depuis la suspension de la Société de transport Aorèma et Frères (STAF), la vie économique autour de la gare de Ouahigouya tourne au ralenti. Commerçants et voyageurs subissent les répercussions d’une décision qui a brutalement interrompu l’un des principaux réseaux de transport du nord du pays.

Il est 8h30. Devant la gare de la Société de Transport Aorema et Frères (STAF) à Ouahigouya, le contraste est frappant. Là où résonnaient habituellement moteurs, brouhaha des voyageurs et appels des apprentis, règne désormais un silence pesant. Sous le hangar, une dizaine de cars sont immobilisés. Quelques apprentis dorment à même les sièges tandis que des vigiles surveillent les lieux. Au guichet « Courrier », la salle est vide. Les colis ont presque tous été retirés.

La devanture de la gare, habituellement animée, est calme, Ph : Studio Yafa

Autour de la gare, les activités connexes ont suivi le même mouvement. Le petit restaurant a baissé le rideau. Les vendeuses de pommes de terre, autrefois débordées par les clients, couvrent leurs sacs de bâches. Elles n’exposent que quelques tubercules comme pour rappeler qu’elles sont encore là.

Des commerçants frappés de plein fouet

Roukietou Ouédraogo, qui vend devant la gare depuis plusieurs années, parle d’un coup de massue.
« Nous souffrons énormément de cette suspension. On n’est pas contentes car nos activités sont à l’arrêt. Certains chauffeurs font de la vitesse, c’est vrai, mais nos routes sont mauvaises et beaucoup d’usagers ne respectent pas non plus le code. Il faut sensibiliser tout le monde », plaide-t-elle, visiblement inquiète pour la suite.

À quelques mètres, Ousséni Ouédraogo partage la même inquiétude. Vendeur de matelas, il explique que sa clientèle dépendait largement des passagers transitant par la gare. Notamment des orpailleurs venus du Mali et de la Guinée. Depuis l’arrêt des bus, son chiffre d’affaires s’est effondré.

Même son de cloche chez Soumaïla Savadogo, gérant d’une agence de Mobile Money et vendeur de téléphones. « La suspension correspond à l’arrêt de notre travail. Nos activités dépendent de la gare. Nous sommes tous au chômage ici pour le moment. Nous souhaitons que les discussions reprennent pour trouver une solution », confie-t-il.

Des concurrents submergés

Pendant que certains subissent la paralysie, d’autres croulent sous l’affluence. Dans les gares des compagnies concurrentes comme TSR, STNF et Rakieta, l’ambiance est tout autre. Les files s’allongent, les équipes peinent à suivre.

Dans d’autres gares, de longues files d’attente sont observées, Ph : Studio Yafa

Salif Ouédraogo, chef de gare de STNF, reconnaît que la situation est devenue difficile à gérer.
« Nous souffrons aussi, parce que nous n’arrivons plus à satisfaire la clientèle. Seule STAF avait la capacité de desservir certaines lignes. Certains voyageurs passent deux jours ici avant d’obtenir un ticket », explique-t-il, dépassé par la demande.

Pour les passagers, les conséquences sont immédiates. Les billets pour certaines destination sont plus chers, des déplacements sont reportés. Certaines urgences sont compromises, faute de places disponibles. Les trajets vers Ouagadougou surtout deviennent un véritable parcours du combattant.

Une suspension liée à la sécurité routière

La suspension de la compagnie a été actée dans un arrêté signé le 12 février 2026 par le Ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité. Le texte impose à l’entreprise de cesser ses activités à compter du 16 février, de soumettre l’ensemble de son parc automobile à une inspection technique approfondie et de présenter un plan de mise en conformité portant notamment sur l’entretien des véhicules et la qualification des conducteurs.

Selon le ministère, la décision fait suite à des manquements répétés au Code de la route et à l’implication de la compagnie dans plus de 10 % des accidents de transport en commun enregistrés au niveau national.

À Ouahigouya, où la compagnie figurait parmi les plus fréquentées, notamment pour les liaisons interurbaines, son absence laisse un vide difficile à combler. L’économie locale, fortement dépendante des flux de voyageurs, en ressent déjà les secousses.

Dans les marchés comme dans les gares, une même attente se lit sur les visages. Que les bus reprennent la route pour transporter les voyageurs et redonner un coup d’accélérateur à l’économie.

Mansour Gassambé