Salimata Ouattara, un leadership qui change la vie de femmes vulnérables à Banfora
Salimata Ouattara entend développer ses activités pour aider les femmes, Ph : Studio Yafa

Salimata Ouattara, un leadership qui change la vie de femmes vulnérables à Banfora

Ramassage d’ordures, toilettes adaptées pour les jeunes filles, projet de charbon biologique et jardin écologique… A Banfora dans la région des Tannounya, Salimata Ouattara multiplie les initiatives. Avec son association, elle ouvre des perspectives à des femmes vulnérables, dont des déplacées internes.

Dans un quartier de Banfora, Fatou, déplacée interne, vient de rentrer chez elle. Dans la vaste cour sans clôture, des ordures jonchent le sol. Elle descend de sa charrette tirée par un âne, retire ses bottes, ses gants et son cache-nez. L’animal, lui aussi, est libéré de sa charge. Installée à Banfora depuis quatre ans, Fatou sillonne plusieurs quartiers de la ville pour ramasser les ordures ménagères. C’est son nouveau travail depuis moins d’un an.

Fatou, déplacée interne, dit être reconnaissante à la présidente de AADC, Ph : Studio Yafa

« Quand nous sommes arrivés ici, je n’avais rien à faire. Je passais d’un quartier à l’autre pour faire la vaisselle ou la lessive chez des gens. Parfois, je rentrais sans un rond, sans rien à manger. Ce n’était vraiment pas facile. Mais depuis que je travaille avec cette dame, à la fin du mois, je reçois de quoi acheter des vivres et m’occuper de ma famille. Elle m’a sauvée, elle a sauvé ma famille », témoigne Fatou, mère de cinq enfants.

Un peu plus loin, dans un autre quartier, Aïcha Barry, elle aussi déplacée interne, travaille avec une charrette dans le ramassage des ordures. Pour elle également, cette activité est une bouée de sauvetage. Elle ne manque pas de bénédictions pour celle qu’elle considère comme sa bienfaitrice.

Cette femme, qui a offert une source de revenus à Fatou et à Aïcha, s’appelle Salimata Ouattara. Elle est la présidente de l’Association assainissement et développement des Cascades (AADC).

Un leadership au service des autres

Salimata Ouattara a une silhouette frêle et une parole parfois hésitante. Pourtant, cette institutrice de formation, qui n’exerce pas dans l’enseignement, est saluée par ses collaborateurs pour son dynamisme. Avec sa jeune association, elle intervient dans l’enlèvement des ordures ménagères, la sensibilisation à l’hygiène, la formation des femmes à des activités génératrices de revenus, ainsi que dans le plaidoyer pour la mise en place de toilettes adaptées pour les élèves et étudiantes.

Aïcha à droite, et Salimata posant à côté d’une charette, Ph : Studio Yafa

« Actuellement, nous disposons de trois charrettes. Sur chaque charrette, il y a deux femmes qui travaillent. Sur les six femmes, trois sont des déplacées internes. Pour le ramassage d’ordures, nous avons plus de 360 abonnés », résume la présidente de l’AADC.

Elle dit aussi avoir identifié un autre problème dans les écoles. « On a constaté que dans les écoles, les filles et les garçons fréquentent les mêmes toilettes. Quand certaines filles sont en règles, elles sont gênées et certaines abandonnent même l’école. Nous faisons du plaidoyer pour que ce problème soit résolu », ajoute Salimata Ouattara.

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Les actions de l’association à Banfora et dans les villages environnants ont retenu l’attention de la direction régionale de la Jeunesse et de l’Emploi des Tannounyan. Djakaridja Ouédraogo, chef de service jeunesse et éducation permanente, dit sa fierté de travailler avec une femme qu’il juge pleine d’énergie et d’idées.

« Nous sommes dans un contexte social où les femmes n’arrivent pas souvent à s’exprimer à cause des pesanteurs socioculturelles. Mais Mme Ouattara fait preuve de leadership. Nous apprécions le dynamisme de cette association qui travaille dans le domaine de l’assainissement. Nous apprécions aussi ses actions dans les milieux scolaires et estudiantins pour le bien-être, surtout des jeunes filles », explique-t-il. Il assure par ailleurs que la direction régionale reste disponible pour accompagner l’association.

Aller plus loin

Malgré les résultats engrangés en quelques années, Salimata Ouattara dit ne pas être satisfaite. Selon elle, l’association aurait pu faire davantage avec plus de soutien. Des idées, en tout cas, elle dit en avoir beaucoup.

Le site sur lequel AADC compte mener plusieurs activités, Ph : Studio Yafa

Elle nous conduit d’ailleurs sur un site encore vierge pour présenter un projet qui lui tient à cœur. Sur ce terrain nouvellement loué, en bordure d’une retenue d’eau, elle veut mettre en place un site de compostage à partir des ordures ménagères collectées par les femmes, lancer la fabrication de charbon biologique et aménager un jardin maraîcher. Plusieurs projets à la fois, qui ne semblent pas l’intimider.

Mariée et mère de famille, Salimata Ouattara dit bénéficier du soutien de son époux et de ses proches. Quand on lui demande s’il est facile, pour une femme, de mener toutes ces activités, elle préfère en sourire avant de répondre : « Parfois il faut voir et parler, parfois aussi, il faut voir et se taire ».

Tiga Cheick Sawadogo