A Ouahigouya, le handi-basket sort les personnes handicapées de l’isolement
Le handi-basket permet aux personnes vivant avec un handicap de prouver qu'ils ont des talents cachés. Photo: Studio Yafa, février 2026

A Ouahigouya, le handi-basket sort les personnes handicapées de l’isolement

Dans la ville de Ouahigouya, à plus de 180 km de Ouagadougou, des personnes vivant avec un handicap ont choisi de ne plus rester en retrait. Elles se retrouvent chaque jeudi sur un terrain de basketball pour pratiquer le handi-basket afin de rompre avec l’isolement.

Sur le plateau du terrain omnisports de la région du Yaadga, la séance d’entraînement a déjà commencé en cette matinée de jeûne musulman et chrétien. Le crissement des roues sur le sol accompagne les appels des joueurs. En binômes, installés sur leurs fauteuils roulants, ils s’échangent le ballon, cherchant à créer une ouverture. Puis, lorsqu’elle s’offre, le joueur vise le filet suspendu au-dessus d’eux. Le handi-basket est une discipline adaptée aux personnes handicapées. Il reprend l’essentiel des règles du basketball classique.

A l’origine de cette idée, un constat simple. Alors que les personnes valides pratiquent régulièrement le sport, celles vivant avec un handicap en sont souvent éloignées. Pourtant, raconte Yacouba Komi, tout est parti d’une découverte à la télévision. Des personnes handicapées pratiquaient différentes disciplines sportives. « On s’est alors dit de mettre une équipe de sport en place comme les autres le font ailleurs », explique-t-il. Avec l’appui du directeur régional des sports de l’époque, Rasmane Ouédraogo, l’équipe prend forme. De trois joueurs au départ, le groupe s’est élargi.

Le handi-basket permet à instaurer un esprit de fraternité entre personnes vivant avec un handicap à Ouahigouya. Photo: Studio Yafa, février 202

De l’engouement autour du handi-basket

Aujourd’hui, une trentaine de pratiquants s’entraînent régulièrement. « A vrai dire, il y a de l’engouement autour de cette équipe que nous avons mise en place. Ils en sont vraiment heureux. Il y a un engouement tel qu’il y a des gens qui, lorsqu’ils nous voient, viennent se renseigner pour savoir comment adhérer. Le nombre d’adhérents ne fait qu’augmenter », assure Yacouba Komi.

Au fil des années, l’équipe a pris part à plusieurs compétitions, d’abord régionales, puis nationales. Les rendez-vous à Ouagadougou pour le championnat national sont devenus des moments importants. « Nous participons au championnat national chaque année à Ouaga. Le plus important pour nous, c’est de rencontrer d’autres athlètes vivant avec un handicap », souligne Yacouba Komi. Au-delà du sport, ces rencontres permettent de tisser des liens et brisent des barrières.

Lire aussi: Handisport, Le cri de cœur de jeunes athlètes handicapés

Peu à peu, le handi-basket a créé un véritable espace de retrouvailles. L’exemple de Ouahigouya a fait des émules dans toute la région du Yatenga. D’autres clubs ont vu le jour à Titao, Gourcy et Yako, donnant naissance à une ligue. Pour ces personnes vivant avec un handicap, souvent mal vu, le sport est un moyen de reprendre confiance. « La pratique du sport nous empêche de vagabonder dans la ville. En faisant le sport dans la journée et tu rentres te laver, tu es en paix. En plus, les personnes avec un handicap ont l’occasion de voyager. Ce qui leur permet d’avoir des contacts avec d’autres personnes vivant avec handicap », explique Mamadi Ganamé, président de la Ligue du Yaadga.

L’équipe de handisport de Ouahigouya contribue à la réinsertion sociale de personnes vivant avec un handicap. Photo: Studio Yafa, février 2026

Un moteur d’inclusion

Dans cette dynamique, le club initie chaque année une journée dédiée aux personnes vivant avec un handicap. Cet évènement est aussi une occasion de sensibilisation. Car dans la région du Yaadega, il existe encore des préjugés sur le handicap. Certains enfants sont encore cachés par leurs familles. Grâce à ces initiatives, des situations évolue. « Grâce aussi à cette activité à travers notre journée des personnes vivant avec handicap, nous avons pu faire sortir des personnes avec handicap que certains parents avaient caché dans leurs maisons », soutient Noufou Ouédraogo, secrétaire général de l’équipe. Au fil des entraînements, certains découvrent même des aptitudes insoupçonnées. « Au départ, certains avaient honte de jouer. Mais, en venant s’entraîner, ils se sont rendus compte qu’ils avaient des capacités que d’autres n’avaient pas », ajoute-t-il.

Lire aussi: Des personnes en situation de handicap se mettent au sport à Ouaga

Malgré tout, des difficultés persistent. Le manque d’infrastructures reste un obstacle majeur. L’équipe s’entraînait à la Maison des jeunes et de la culture, avant que le terrain ne se dégrade. Elle a dû se replier sur celui du Conseil régional du Yaadga, utilisé parfois pendant des heures de service. « Ils ont eu de la compassion et ils nous laissent nous entraîner parfois à des heures de service », confie Noufou. A cela s’ajoute le coût élevé des équipements adaptés, difficiles à trouver au niveau local

Les cotisations ne suffisent pas toujours. Alors, le club s’en remet à la solidarité. Récemment, l’ex-Fonds national pour la promotion du sport et des loisirs leur a offert des fauteuils roulants, un appui précieux qui les aide à continuer d’avancer.

Boukari Ouédraogo