Le mardi 17 février 2026, au musée national, l’Association les « Elles du Cinéma » a procédé à la sortie officielle de la deuxième promotion des bénéficiaires de son programme de formation en jeu d’acteur et en réalisation cinématographique. Tremplin vers l’insertion professionnelle des jeunes, ce programme se présente comme un écho à une lutte engagée depuis plusieurs années en vue d’une réduction du déficit de représentation des femmes dans le secteur cinématographique au Burkina Faso.
De taille moyenne et de forte corpulence, presque tout le temps vêtu en T-shirt et pantalon, Hana Lèbo Traoré est une passionnée d’image et d’écriture. Issue de la première cohorte des « Elles du cinéma », elle s’impose avec son court-métrage « Mia », récompensé dans de nombreux festivals au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Cap-Vert, au Sénégal et en Belgique entre 2025 et 2026.
Formée à l’Institut supérieur de l’image et du son Studio Ecole (ISIS-SE) au Burkina Faso, elle fait partie des rares femmes cheffes opératrices de prise de vue cinéma de son pays. Ce matin du jeudi 12 mars, nous l’avons rencontré à Loumbila à environ 20 kilomètres de Ouagadougou, sur le plateau de la célèbre série « Bienvenue à Kikidéni ». En permanence collée à la caméra, elle veille sur la mise au point des images et les changements d’optiques, sous le regard attentif du chef opérateur de prise de vue de la caméra principale A.
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« Quand je partais à l’ISIS, mon objectif était d’être réalisatrice. Et pendant toute la première année, j’observais mes devancières en images. Elles avaient plus de volume de travail par rapport au reste de l’équipe, de façon physique en tout cas. Et je me disais que je n’allais pas faire la caméra, parce que ça me faisait peur » confie-t-elle.
Une peur qu’elle finit par dompter
Cette peur, Hana lèbo Traoré fini par la domptée.Elle décide d’approcher certains devanciers dans le métier.Parmi eux, Dany Kouyaté et Sékou Traoré. Ces derniers lui conseillent d’apprendre un métier technique d’abord. « Et à force d’avoir peur de l’image, je me suis dit à un moment, pourquoi pas. Et j’avais aussi envie de relever le défi », poursuit-elle tout en encourageant ses camarades filles à oser comme elle.
Passionnée dans l’écriture des récits, elle postule au premier appel lancé par les « Elles du cinéma » en 2024 et réussi à intégrer une équipe dans laquelle elle prouve ses compétences de créatrices.
Une opportunité pour entrer dans le monde professionnel
A l’instar de Traoré, Danladi Rabiatou Joy ne cache pas sa joie de faire partie de la deuxième cohorte des incubés des « Elles du Cinéma ». Etudiante en deuxième année de réalisation à l’ISIS, cette jeune burkinabè d’origine nigériane a pu réaliser un court-métrage de fiction à l’issu de la formation, inaugurant ainsi ses premiers pas dans le monde professionnel. Sur un ton d’enthousiasme, elle raconte avec émotion les moments vécus durant la formation.

« Pendant la formation, nous avons pu réaliser des courts-métrages. Mon court-métrage traite du respect et de la tradition. Il explore l’univers de Myriam, une jeune fille, irrespectueuse et méprisante qui a perdu tout sens du respect. Sa grand-mère « Par sagesse et par amour » utilise un stratagème pour créer une fausse malédiction afin de la confronter à elle-même. D’où le titre « Myriam et elle-même ».
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Cette formation ajoute-t-elle, a été l’occasion de collaborer avec des professionnels du cinéma. Certains ont plus de 20 ans d’expérience dans le domaine. « A leur côté, on a beaucoup appris. On a su que dans le domaine, il y a souvent des difficultés, mais on les surmonte tous ensemble. Je prévois utiliser ces compétences acquises pour continuer à travailler sur des courts-métrages afin de devenir meilleure qu’aujourd’hui », résuma la jeune fille.
Une école pour les futurs acteurs de cinéma
Après une tentative infructueuse à la première édition, Gloria Megan Sanou, a finalement réussi à intégrer la 2ème promotion des « Elles du Cinéma », volet actorat. Etudiante en Master d’arts du spectacle et des métiers de la création artistique (AMCA) à l’Université Joseph KI-ZERBO, son rêve d’embrasser une carrière d’actrice ne date pas de maintenant. Bercé par des stars du cinéma Hollywoodien comme Angélina Joli ou encore Rasmané Ouedraogo, Gloria Sanou brûle aujourd’hui d’ambitions.

« J’ai acquis les techniques sur comment mémoriser facilement les textes et aussi comment les rendre. J’ai pu apprendre comment transmettre les émotions, parce que le cinéma, ce n’est pas juste les paroles », fait-t-elle savoir. Grâce à cette formation, elle a pu vaincre sa timidité. Prendre la parole en public est devenu plus facile pour elle. Désormais, Gloria projette de continuer à apprendre et approfondir ce qu’elle a appris.
Un engagement pour un accès égalitaire dans la création cinématographique
Plébiscitées au plan international pour la qualité de ses œuvres, la réalisatrice Apolline Traoré, promotrice des « Elles du Cinéma »est résolument engagéepour faire valoir les talents des jeunes réalisatrices « Il y a quand même assez de réalisateurs dans le pays et même dans le monde. Et surtout que les jeunes réalisatrices, en tout cas les femmes, ici au Burkina, étaient un peu trop réservées et n’osaient pas y aller, sachant toutes les contraintes qu’il y a dans ce métier-là. Donc j’ai décidé de les encadrer et de les pousser, parce qu’il y a parmi elles beaucoup qui ont du talent, mais qui n’osent pas, qui n’ont pas les opportunités », fait remarquer la réalisatrice.
En plus des aspects techniques et artistiques, Apolline Traoré dit accorder une dimension sociale et humaine dans le cadre de ce programme. « Ce que j’ai remarqué depuis ces deux éditions passées, est qu’en plus de la formation dans les métiers du cinéma, nous leur apportons du mentorat sur leur vie. J’avoue que quand ils terminent après les huit mois de formation, on remarque qu’ils ont quand même changé, qu’ils ont quand même compris ce qu’on leur dit. Et ça, c’est une grande satisfaction », ajoute Apolline Traoré.
Toussaint Zongo (stagiaire)
