Au Burkina Faso, le poulet de chair s’est désormais imposé dans les habitudes alimentaires, grâce à son prix accessible et à sa disponibilité sur le marché. Malgré des réserves sur son goût et sa qualité nutritionnelle, les spécialistes se veulent rassurants quant à ses apports nutritionnels.
Dans un restaurant ordinaire de la ville de Ouagadougou. Il est midi passé et c’est l’heure de la pause. Une occasion pour quelques clients de prendre des forces. Dès l’entrée, les conversations des clients attablés se font entendre. Certains quittent. D’autres entrent. A une table, Roger Dakissaga, infirmier, a presque fini un poulet flambé commandé chez un vendeur de poulet grillé installé juste à côté.
L’infirmier précise qu’il s’agit d’un poulet de chair. Même si Ouagadougou est réputée pour ses poulets locaux avec sa cuisson spéciale, il reconnait que le poulet de chair domine le marché. Mais ce type de volaille ne détrône pas le poulet local dans les préférences.
Le poulet de chair plus accessible
« En matière de préférence, le poulet local est meilleur. Sa croissance prend du temps, parfois jusqu’à un an ou plus. C’est encore meilleur que les poulets de chair. Rien que 45 jours, on commence à consommer », reconnait-t-il. Quant aux poulets locaux, il nécessite entre six et huit mois pour être vraiment prêts à consommer. Face à cette différence, l’infirmier reste interrogateur :« Et quand on pense à la santé, on se demande ce que ça nous réserve ».
Emmanuel Kiemdé, vendeur de poulets flambé constate les différences au quotidien. Pour lui, le poulet de chair est certes plus accessible, mais demande plus de préparation pour être apprécié. « On n’a pas vraiment le choix. Les poulets de chair ne sont pas bien pour notre santé parce qu’on doit bien mariner avant de consommer. Il faut former davantage sur les poulets locaux », soutient-il.
Lire aussi: Burkina, quand le poulet bicyclette perd les pédales
Au marché de Gounghin, entre cages et va-et-vient des clients, Adama Compaoré élève à la fois des poulets de chair et des poulets locaux. Dans son poulailler, il met en avant les réalités économiques qui orientent les choix des consommateurs. « Les poulets de chair sont plus faciles à élever. Leur croissance est rapide. En 45 jours à deux mois, ils sont prêts. Leur prix tourne autour de 2 250 à 2 500 francs CFA. Les poulets locaux, eux, peuvent coûter entre 4 000 et 6 000 francs », détaille-t-il. Mais le constat est clair. Le poulet local burkinabè a meilleurs goûts. Ce qui fait sa popularité jusqu’aux delà-même des frontières
Une norme nationale sur la viande de volaille
Pour beaucoup, il existe une différence dans la qualité nutritionnelle. Le nutritionniste Ousmane Ouédraogo nuance les perceptions souvent négatives autour du poulet de chair. « Ce qu’on constate, c’est que les poulets de chair reçoivent moins d’aliments diversifiés. Le poulet local est plus ferme et plus savoureux, tandis que le poulet de chair est plus tendre et moins prononcé en goût. Mais, en nutrition, l’essentiel est de couvrir les besoins en protéines. Le choix dépend donc des moyens de chacun », explique-t-il.
Lire aussi: Poulet bicyclette, le Burkina veut labelliser sa saveur particulière
Sur le plan réglementaire, un cadre existe. L’Agence burkinabè de normalisation, de la métrologie et de la qualité (ABNORM) encadre la production et la commercialisation de la viande de volaille. Selon le Dr Alain Gustave Yaguibou, directeur de la normalisation et de la certification, des normes sont déjà en place. « Nous disposons d’une norme nationale sur la viande de volaille. Elle fixe les spécifications de qualité et les exigences à respecter. Les promoteurs peuvent s’appuyer sur cette norme pour proposer des produits de qualité », indique-t-il.
Du fait de sa disponibilité et l’accessibilité du prix, le poulet de chair gagne du terrain. Mais, le poulet local conserve ses adeptes du fait de son goût particulier.
Florence Héma et Nafissatou Lido (stagiaires)
