Au Burkina Faso, la démocratie endogène se veut un modèle de gouvernance ancré dans les réalités locales. Pour favoriser l’appropriation des nouvelles lois de la refondation, le Centre pour la Gouvernance Démocratique prévoit de renforcer la sensibilisation des populations, notamment dans les zones rurales. Mais en attendant, Bernadette Kafando, chargée du projet CGD dans FASOVEIL, donne des éclairages sur le concept de démocratie endogène, ses implications institutionnelles, économiques et sécuritaires.
MoussoNews : Qu’est-ce que la démocratie endogène ?
Bernadette Kafando : La démocratie endogène est un système de gouvernance participatif. Ce système permet à tous les habitants de participer aux prises de décisions dans un esprit communautaire pour apprendre les valeurs et traditions ancestrales.
Comment elle se présente et quelles sont ses implications ?
Elle se présente sous la forme de modèle de refondation nationale et c’est ce que notre président, le Capitaine Ibrahim Traoré ne cesse de prôner. C’est de rompre avec le système impérialiste et de décoloniser la gouvernance. Elle a 3 types d’implications : institutionnelles, économiques et sécuritaires.
Au niveau « économique », nous avons la souveraineté à l’actionnariat populaire, la consommation locale et le financement patriotique. Au niveau « Sécuritaire », nous avons le recrutement massif des VDP, ce qui montre que la guerre que nous menons n’est plus figée sur l’armée seulement. Elle est une responsabilité de tous. Raison pour laquelle le recrutement des VDP a été initié par nos gouvernants actuels.
Au niveau «institutionnel», c’est l’intégration des autorités coutumières dans les instances de résolution des conflits et de conciliation au niveau local. Pour cela, on a récemment eu l’adoption de la loi portant le statut de la chefferie traditionnelle et coutumière.
Est-ce que c’est un concept nouveau ?
Non, ce n’est pas un concept nouveau parce que, bien avant, notre ancien président le Capitaine Thomas Sankara l’avait prôné. Il prônait plus le consommons local, la réduction du train de vie de l’État. Il avait plusieurs valeurs qu’il avait commencées à promouvoir. Notre président actuel, Capitaine Ibrahim Traoré, a jugé qu’il devait poursuivre cette optique en élargissant davantage. Joseph Ki-Zerbo a également défendu la démocratie endogène dans son ouvrage « À quand l’Afrique ? ».
Y a-t-il des modèles de démocratie endogène en Afrique et en Europe ?
De façon globale, il y en a. Mais il faut savoir que chaque pays, chaque continent a son histoire. Du coup, chaque pays adapte sa façon de gouverner, sa démocratie selon son histoire, ses coutumes.
Par exemple, le Ghana est dans une gouvernance pluraliste. Ça veut dire qu’il y a la démocratie impérialiste où le président est élu. Mais, il y a la chefferie aussi, qui intervient dans les instances. C’est vraiment un acte très louable. Vous allez voir que lorsque le peuple désobéit à une décision du président et que le chef sort et parle, le peuple se voit dans l’obligation de respecter.
Parfois, le président passe par le chef pour voir certaines choses. C’est vraiment un modèle de démocratie propre à nous. Le Burkina aussi est dans cette optique. Chaque pays a son histoire, on adapte selon notre histoire.
Le Burkina a désormais une vision endogène de son développement, quelle appréciation faites-vous de cette nouvelle dynamique ?
C’est une belle initiative très appréciable, du moment que la vision endogène permet à toutes les filles et fils de participer à la construction du pays, à travers des valeurs notamment de solidarité, d’entraide, et cette vision permet également de renforcer les institutions à l’image de nos valeurs.
Pour exemple, nous avons aussi l’Assemblée législative de la Transition (ALT) qui a voté la loi sur le ‘’Faso-Bu Kaoré ». C’est une loi très appréciable qui va permettre non seulement de renforcer la communauté sociale, mais aussi le vivre-ensemble et la paix au niveau local. Toujours à titre d’exemple sur la justice, on pourrait aboutir à la fin des conflits et divisions entre familles avec cette nouvelle loi. En effet, la loi donne le pouvoir à la chefferie traditionnelle ou coutumière de résoudre ces conflits et si cela est bien appliqué, on entendra plus parler de ces divisions.
Dans cette quête de démocratie endogène, quelle place sera accordée aux femmes dans la prise de décision communautaire ?
La femme a toujours eu une place très importante dans la prise de décision. Elle occupe la place de conseillère dans l’ombre. ‘’La nuit porte conseil’’ des hommes a tout son sens dans leur prise de décision en ce sens qu’ils demandent l’avis de la femme au cours de la nuit. La femme est donc consultée dans la gestion des affaires de la communauté même si son rôle reste dans l’ombre. La femme a une place très importante du moment où, lorsque le chef de famille est absent, elle assure l’intérim.
Quel est l’apport du CGD dans cette démocratie endogène ?
L’apport du CGD dans la démocratie endogène est de contribuer à l’amélioration, surtout du suivi citoyen et de la participation citoyenne, à travers la vulgarisation des lois. On a beaucoup de lois qui sont votées, mais méconnues de la population, surtout au niveau rural, comme la loi sur le Faso-Bu Kaoré. Le CGD peut contribuer à la vulgarisation de cette loi au niveau des zones rurales et des communes, de sorte à permettre à la population de prendre connaissance des avantages.
Lorsqu’il y aura un contentieux quelconque, qu’il puisse se rallier à ce système afin de le résoudre et savoir que c’est légal et connu des autorités. En ce moment, ça permettrait également d’éviter les abus d’autorité.
MoussoNews/Studio Yafa
