À Gaoua, dans la région du Djôrô, les produits forestiers non ligneux sont une source de revenus. Entre les mains d’Angèle Poda et des femmes de son association, ces produits sont surtout un levier de solidarité, de transmission et d’autonomisation. Soumbala, moringa, poudre de pain de singe, miel… derrière ces produits, il y a surtout une femme qui a choisi de poursuivre une œuvre héritée de ses aînées.
Au domicile d’Angèle Poda, les produits de la terre burkinabè occupent une place de choix. Concentré de soumbala, poudre de pain de singe, moringa, miel… Le savoir-faire local est partout visible. Mariée et mère de famille, elle poursuit depuis 2010 le travail de valorisation des produits forestiers non ligneux entamé par les anciennes.
Au départ pourtant, elle se voyait ailleurs. Elle rêvait de droit ou de médecine. Mais l’appel de la relève et l’insistance des membres de l’association l’ont peu à peu ramenée sur ce chemin. « Les mamans qui ont commencé ne sont plus là aujourd’hui. La responsabilité nous revient donc de continuer ce qu’elles ont commencé. Au début, on voulait aller à autre chose, mais les membres nous ont réclamées pour que nous puissions poursuivre sur les bases qu’elles avaient posées », explique Angèle Poda.
Ecouter le reportage : Angèle Poda, un modèle de leadership féminin à Gaoua
Par contre, ce choix de continuité, Angèle l’a fait sans renoncer à se former. Elle a poursuivi ses études, avec la volonté de mieux comprendre les personnes qu’elle accompagne et de mieux porter les ambitions de son association.
« Avec les sciences sociales, j’ai appris à connaître l’homme, à comprendre les réactions et à me réajuster selon les personnalités que j’ai devant moi. Aujourd’hui, je vois que je ne me suis pas trompée de chemin. Quand on accepte, après on retrouve la paix, on s’épanouit dedans », poursuit-elle.
Autour d’elle, l’association a grandi. Elle compte aujourd’hui plus de 50 femmes et dispose de représentantes dans chaque province de la région du Djôrô. Mais pour Angèle Poda, la réussite ne se limite pas à la vente des produits ou aux recettes engrangées. Elle se mesure surtout à l’impact sur les plus vulnérables.
Un engagement qui dépasse l’activité économique
Sa priorité va aux veuves, aux orphelins et aux personnes qui ont besoin d’un coup de pouce pour avancer. Son association les accompagne dans un esprit de solidarité qui dépasse la seule activité économique. Ce qu’elle met en avant, ce sont avant tout des vies relevées.
« Nous avons accompagné des orphelins qui aujourd’hui ont fini leurs études et nous avons nos premiers diplômés. Quand ces enfants reviennent nous présenter leurs diplômes, c’est plus que de l’argent, c’est plus qu’une maison. C’est une fierté pour nous d’avoir bâti des vies, que d’avoir bâti des bâtiments », analyse la jeune dame, avec fierté.
Dans cette phrase, tout est dit ou presque. Pour Angèle Poda, la vraie réussite n’est pas visible dans les murs ou les infrastructures, mais dans les trajectoires humaines. Elle préfère parler d’enfants soutenus, d’études achevées et de jeunes qui trouvent leur place dans la société.
Une source d’inspiration pour les plus jeunes
Cet engagement inspire aussi la jeune génération. Dans son entourage, plusieurs voient en elle une femme de conviction, de rigueur et de partage. Sa nièce, Aimée Somé, ne cache pas l’admiration qu’elle lui porte. « Au-delà du travail, je l’apprécie beaucoup. C’est quelqu’un qui aime vraiment partager, que ce soit le matériel ou les connaissances. Si j’ai quitté mon travail pour venir avec elle, c’est que j’ai vu quelque chose en elle que je veux avoir moi aussi », avoue Aimée.
Pour elle, ce n’est pas seulement le sérieux d’Angèle Poda qui marque. C’est aussi sa manière d’ouvrir la voie aux autres, de transmettre, d’associer les plus jeunes à ce qu’elle construit. Dans son engagement, elle voit un modèle à suivre.
Mais Angèle Poda ne compte pas s’arrêter à ce qui existe déjà. Son ambition va plus loin que la transformation des produits forestiers non ligneux. Son prochain grand projet est la création d’un centre de formation spécialisé. L’objectif est d’y accueillir de jeunes diplômés en agroalimentaire afin de renforcer leur pratique et de les rapprocher davantage du terrain. Là encore, il s’agit de préparer la relève, comme d’autres l’ont fait avant elle.
Le nom même de son association résume sa philosophie. Namuy Pule, en dagara et en birifor, signifie : « nous œuvrons sous la couverture divine ». Une manière de dire que le travail, pour elle, ne se fait ni seule, ni pour soi seule.
Studio Yafa
