Ateliers de formation : Faire passer l’inclusion des personnes handicapées des intentions aux pratiques
Une vue des participants à l'atelier, Ph : Mousso News

Ateliers de formation : Faire passer l’inclusion des personnes handicapées des intentions aux pratiques

Les personnes en situation de handicap restent encore peu visibles dans les espaces de formation des organisations. Malgré une volonté d’inclusion souvent affirmée. Mais entre les intentions et les pratiques, les réflexes ne suivent pas toujours. À travers le programme FASOVEIL, le Centre d’information et de formation en matière de droits humains en afrique (CIFDHA) veut contribuer à combler ce décalage et encourager ses pairs à intégrer plus concrètement ces publics dans leurs activités.

Début d’un atelier dans un hôtel de la capitale. Une cinquantaine de participants venus de plusieurs localités du Burkina prennent part à une session de formation sur les droits humains. Parmi eux, des représentants d’organisations de la société civile de Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Ouahigouya ou encore Fada N’Gourma. Mais dans la salle, une absence finit par s’imposer. Aucune personne en situation de handicap n’est présente.

Ce constat surgit au fil des échanges. Et il provoque un moment de gêne. Comment expliquer qu’un atelier consacré aux droits humains ne compte aucun représentant de cette composante de la société, pourtant présente au sein de nombreuses organisations ?

Pour Abdoul Aziz Ramdé, coordonnateur du Centre d’information et de formation en droits humains (CIFDHA) qui prend part à cet atelier, la situation tient en partie au mode de fonctionnement habituel. « Il est vrai que nous envoyons des lettres d’invitation, mais nous ne recommandons pas une participation spécifique d’un groupe », explique-t-il. En clair, ce sont les organisations invitées qui choisissent elles-mêmes leurs représentants, sans consigne particulière en faveur des personnes en situation de handicap.

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Dans la salle, la remarque fait mouche. « C’est quand même vrai. On n’y pense vraiment pas », reconnaît Abdou Zoungrana, représentant de l’association La Voix de l’Avenir. Une autre participante, Angela Tapsoba, de la Fondation pour l’étude et la promotion des droits de l’homme en Afrique (FEPDHA), suggère alors qu’une recommandation plus explicite figure désormais dans les invitations, afin d’encourager la participation des groupes spécifiques.

Pour le CIFDHA, la question est d’autant plus sensible que l’organisation se présente comme engagée auprès de publics souvent marginalisés. Femmes, enfants, personnes handicapées. Selon Abdoul Aziz Ramdé, ces groupes font déjà partie des cibles de la structure, qui organise régulièrement à leur profit des formations sur les droits humains dans plusieurs villes du pays, notamment à Banfora, Bobo-Dioulasso, Kaya, Ouahigouya, Dédougou ou Dori. Des outils sont également mis à leur disposition pour faciliter l’assistance juridique et judiciaire.

Mais l’épisode de l’atelier de Ouagadougou agit comme un révélateur. Même lorsque la volonté d’inclusion existe, les réflexes ne suivent pas toujours. Et c’est précisément là que le programme FASOVEIL, auquel le CIFDHA prend part, est présenté comme une opportunité pour corriger le tir.

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Selon son coordonnateur, le programme doit permettre d’aller plus loin dans la prise en compte des personnes en situation de handicap. Désormais, assure-t-il, les invitations envoyées dans le cadre des activités du CIFDHA préciseront la nécessité d’impliquer ce groupe spécifique. L’organisation entend aussi interpeller ses partenaires afin qu’ils intègrent davantage les personnes handicapées dans leurs projets.
Au sein du programme, cette volonté est saluée.

Jean-Baptiste Yanogo, coordonnateur du projet FASOVEIL au Centre pour la Justice et la Paix, estime que l’initiative du CIFDHA va dans le bon sens. Pour lui, les personnes en situation de handicap font partie des groupes que l’on oublie parfois, non pas forcément par exclusion volontaire, mais par manque d’attention concrète. Il appelle donc les organisations à encourager leur participation à toutes les activités, dès lors qu’elles en comptent parmi leurs membres.

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Même tonalité du côté du Centre d’études et de recherche appliquée en finances publiques (CERA-FP). Lina Gnoumou, coordonnatrice du programme FASOVEIL dans cette structure, souligne que le suivi des politiques publiques ne peut être effectif que si toutes les composantes de la société sont associées, qu’il s’agisse des membres des organisations ou des bénéficiaires des projets.

Pour Aristide Ramdé, l’espoir est permis. Il croit en la capacité de FASOVEIL à faire évoluer les pratiques au sein des OSC. À ses yeux, une meilleure implication des couches spécifiques, notamment des personnes en situation de handicap, pourrait même constituer l’une des innovations majeures du programme à l’horizon 2027.

Cet atelier de Ouagadougou aura eu un mérite. Rappeler que l’inclusion ne va pas toujours de soi, même dans les espaces qui défendent les droits humains. Il faut la penser, l’écrire comme c’est souvent le cas dans les organisations. Mais après, il faut l’organiser concrètement.

MoussoNews / Studio Yafa