Vous êtes-vous souvent demandé comment se passent les journées dans les classes de cours préparatoire première année (CP1) ? Transmettre le savoir ne se limite pas aux leçons. Les enseignant(e)s deviennent tour à tour éducateurs, parents et repères. Nous avons fait une immersion dans le quotidien d’une classe de CP1. Ambiance garantie.
7 h 30. La journée commence par la traditionnelle montée des couleurs à l’école primaire Tanghin Barrage. L’hymne national est entonné en mooré. Un message du Président du Faso est ensuite donné aux apprenants. Après quoi, chaque élève regagne sa classe.
Dans la salle qui accueille les élèves du CP1, dame Saré prend place. Face à elle, plus de 80 élèves âgés de 5 à 9 ans. Une classe nombreuse mais assidue et réactive. « Sortez les livres de lecture et ouvrez à la page 88 », lance-t-elle pour débuter une leçon d’expression orale. Très vite, les élèves exécutent. Ils doivent décrire une image.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, l’enseignante passe d’abord par une mise en contexte. « Quand maman se lève le matin, qu’est-ce qu’elle fait ? », lance-t-elle. Presque toute la salle veut parler. En même temps. « Elle lave les plats, Elle prépare à manger », insiste-t-on de l’autre côté. « Elle me lave », déclarent d’autres apprenants. Après avoir félicité les jeunes apprenants pour leurs réponses, elle continue sa leçon. Les élèves découvrent de nouveaux mots comme « forgeron, forge, apprenti, feu » … Ils les répètent, les observent, les comprennent à travers l’image.
Les métiers à l’honneur
Après une quarantaine de minutes, le rythme change. « On range les livres et on sort les ardoises », ordonne la maîtresse et place à la lecture. Des lettres sont écrites au tableau. Les élèves passent à tour de rôle pour lire. Après cette séance, sur les ardoises, chacun s’exerce à écrire des lettres et des mots comme “y” ou “yéri”, “z”… L’enseignante, à tour de table, observe, corrige et félicite ceux qui se démarquent.
La matinée se poursuit dans l’apprentissage accompagné de petits moments de pause, faits de chants ou de petites séances d’étirements.

Vient ensuite un exercice sensoriel. Sur chaque table est déposé un chiffon, une ardoise, une brique.
Les élèves doivent manipuler et décrire ce qu’ils ressentent. « Madame, c’est léger », répond l’un en tenant le chiffon. « Ça c’est lourd. Je ne peux pas soulever », enchaîne un autre qui tente de soulever la brique. L’objectif de cet exercice sensoriel est d’apprendre aux enfants à distinguer le léger du lourd.
À 10 h, la cloche sonne, c’est la récréation. Pendant 30 minutes, les élèves prennent leur pause. Chacun refait ses forces avec un plat de haricots servi par la cantine de l’école.
A la reprise, une petite révision rapide. Les mots appris sont repris en chœur, « forgeron, forge, charbon, apprenti… », suivis d’une nouvelle séance de lecture. La matinée se termine avec le calcul. À l’aide de capsules, les élèves comptent et traitent des exercices sur l’addition du nombre 13.
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Il est midi. Au fond de la classe, Saouda Kieketa, 6 ans, range ses affaires. Elle dit avoir suivi avec assiduité les leçons du jour, malgré quelques difficultés. La lettre « z » lui a posé problème. « J’ai tout trouvé », dit-elle timidement, son ardoise à la main pour ranger.
Derrière ces progrès, il y a un quotidien exigeant pour l’enseignante. Selon Mme Saré, le programme est chargé. Pour ce jour de jeudi, elle doit obligatoirement terminer 3 leçons d’expression orale, 3 séances de lecture, 2 séances d’écriture, 2 séances de calcul, et 2 devoirs traités et corrigés. « C’est beaucoup pour des enfants qui découvrent à peine l’école », confesse l’institutrice. En plus, il faut savoir jouer le rôle d’une mère pour les mômes. Consoler, nettoyer les besoins de certains enfants, recadrer…
Dans sa classe, 7 enfants vivent avec un handicap. Parmi eux, 2 autistes et une élève qui a des difficultés d’élocution. Leur apprentissage devient complexe et demande à l’enseignante un suivi minutieux.
« Ils n’apprennent pas au même rythme, donc je dois m’adapter à leur rythme et porter un regard sur eux, que ce soit sur les leçons ou aussi sur leur insertion avec leurs camarades », explique-t-elle.
Pour les aider, elle leur confie des responsabilités comme s’occuper des cahiers de la classe, de la propreté du tableau, ramener l’ordre… Pour l’enseignante, les inclure dans certaines activités de la classe leur permet d’être sociabilisés tout en favorisant leur éveil. Point de satisfaction. L’enseignante dit avoir observé des progrès du niveau de ses élèves, malgré le manque de supports pédagogiques adaptés.
Le regard du CCEB dans le cadre du projet FASOVEIL
Hadé Rayaissé Zougouri, chargée de projet au Cadre de concertation des ONG et associations actives en éducation de base au Burkina Faso (CCEB-BF), connaît bien cette réalité de terrain.
À travers des immersions régulières dans les écoles, elle échange avec les enseignants et observe les pratiques. Ces visites permettent de mieux comprendre le fonctionnement des classes. Elle note notamment une relation de confiance entre enseignants et élèves, ainsi que des efforts en matière d’éducation inclusive.

Concernant le programme jugé chargé, elle nuance. Tout en reconnaissant le changement, elle souligne qu’il a été étudié avant d’être mis en pratique.
« Les programmes scolaires depuis le CP1 ont été élaborés par des cadres pédagogiques, experts en sciences de l’éducation. Ce sont donc des contenus adaptés au niveau des apprenants et en lien avec nos réalités », explique-t-elle. Elle met également en avant l’Approche Pédagogique Intégratrice (API), qui place l’élève au centre.
« C’est une méthode qui pousse l’enfant à réfléchir par lui-même, à s’essayer, à s’autocorriger, et lui permet d’interagir avec ses camarades », soutient-elle. Avec l’API, qui est la méthode d’enseignement appliquée à tous les niveaux primaires, la chargée de projet y voit une méthode appropriée qui met l’apprenant au cœur des enseignements et apprentissages.
Mousso News avec Studio Yafa
