À Ouagadougou, la canicule ne fait pas que souffrir. Elle crée aussi des opportunités. Venues de Gourcy, région du Yaadga, des potières se sont installées dans un quartier de la capitale pour vendre jarres, canaris et autres ustensiles en terre cuite. En cette période de forte chaleur, leurs produits attirent de nombreux clients en quête d’eau fraîche, naturelle.
De la poterie couvre un espace vide à Karpala, un quartier de la capitale. A distance, on aperçoit une multitude de formes arrondies, de couleur ocre. Plus on s’approche, les formes prennent des noms. Des canaris, des abreuvoirs, des pondoirs… Tous ces articles sont en terre cuite. Depuis quelques jours, Bintou Kindo et quatre autres femmes ont transformé cet espace en marché saisonnier.

Elles viennent de loin, à plus de 140 km de là. « Nous sommes de Gourcy, précisément du village de Ranao. C’est depuis 5 ans que nous venons à Ouaga pour vendre nos poteries. Il y a des jarres pour mettre l’eau, ce qu’on utilise pour enterrer les placentas, il y a beaucoup de choses », explique Bintou Kindo. Elle accueille, oriente et aide à faire les choix en tapant les ustensiles avec ses doigts. « Si le bruit est sec, ça veut dire que c’est bien brûlé et bien sec ; dans le cas contraire le bruit est plus lourd », poursuit-elle, pendant que ses camarades s’entretiennent avec d’autres clients.
Lire aussi : Tchériba : le manque de client affecte le secteur de la poterie
Depuis quelques années, en association avec d’autres femmes du village, Bintou Kindo vient régulièrement à Ouaga pour écouler ses produits. Avant, elles se promenaient dans les villages de Gourcy pour vendre leur marchandise. Le choix de la période pour la capitale n’est pas fortuit. « Il fait extrêmement chaud actuellement. Du coup, les gens boivent beaucoup d’eau et aiment l’eau fraîche des canaris. C’est donc la période des bonnes affaires pour nous », reconnaît-elle.

Ce soir-là, Awa Nikiéma arrive sur l’aire de vente. Cette fois elle est venue préparer l’accouchement de sa petite soeur en achetant un canari pour préparer la tisane. Si elle est revenue ici, c’est parce que son premier achat a été concluant. « Leurs marmites sont de bonne qualité, voilà pourquoi je suis revenue. J’avais déjà acheté un canari qui me fait de l’eau fraîche Du coup, je ne prends plus de la glace ces deux jours-là (rires), c’est plus doux, l’eau glacée des canaris », soutient-elle.
Contrairement à elle, Mohamed Lawal Koné est venu par curiosité, attiré au loin. « Je me suis arrêté pour regarder. Je suis un éleveur et j’achète souvent des pondoirs pour mes poules. Si le prix est abordable, je vais en acheter », dit-il, en observant et en touchant.
Un petit marché improvisé
Sans publicité, les femmes de Gourcy ont su transformer ce lieu en un petit marché, quelques jours seulement après leur arrivée. Le jeune Ridwane se frotte lui aussi les mains. Conducteur de taxi-moto à proximité du site de vente, il est régulièrement sollicité par des clients pour enlever leurs achats. Trois fois depuis ce matin qu’il a envoyé des articles à livrer dans différents marchés. 140 puis 80 et cette fois 47 poteries. Soigneusement posées dans le tricycle sur la paille auparavant déposée. « Quand les femmes arrivent comme ça, je suis vraiment content. Je reste à côté et il y a toujours le marché », reconnait le jeune conducteur, tout heureux.

À côté de ceux qui viennent acheter pour un usage personnel, les grossistes font le ballet. Une belle opportunité à ne pas manquer. Salimata Guindé vient de prendre 15 jarres d’eau qu’elle revendra au marché. « À cette période, le marché des canaris est fructueux. Surtout, pour ces femmes, la qualité est nettement meilleure que celle que j’ai l’habitude de prendre », apprécie la commerçante.
Les canaris utilisés pour la tisane sont vendus à 1000 F CFA et 750 comme prix en gros. 1750 pour les jarres d’eau qui sont cédées à 1500 quand le client en prend plusieurs. Quant aux petits canaris utilisés pour enterrer le placenta, ils ont été vendus à 500 F CFA. Selon Bintou Kindo, ces prix sont nettement plus avantageux que ceux qu’elles auraient pratiqués si elles étaient restées au village.
Faire avec les difficultés
Des premières années de l’expérience de vente de la poterie à maintenant, bien des choses ont changé, admettent les femmes. Salimata Sawadogo, l’aînée du groupe, note que le transport est devenu plus cher. Le camion communément appelé 10 tonnes qui convoie leur article jusqu’à Ouagadougou leur revient plus onéreux à cause de la hausse continue du prix du carburant.

Autre difficulté, à cause de l’insécurité, la route est moins sûre en plus d’être en mauvais état. La fragilité de leur marchandise conjuguée à la route dégradée leur fait perdre beaucoup. « On peut chiffrer à au moins 100 000 F CFA ce qu’on a perdu en route. Regardez autour de vous les canaris cassés, brisés », ajoute une autre femme.
Un business d’environ 10 jours qui compte pour ces femmes. Certaines s’achèteront un vélo au retour. D’autres soutiendront la scolarité de leurs enfants. Mais toutes auront contribué au bien-être de leur famille, avant de replonger dans les travaux champêtres dès les premières pluies.
Tiga Cheick Sawadogo
