Avoir une écriture qui reflète sa langue et sa culture. C’est l’ambition de Lassané Romba, concepteur de l’écriture Romba, un système d’écriture syllabique pensé pour les langues à tons. À travers cette invention, il veut proposer aux Burkinabè une écriture qui leur soit propre et qui puisse porter une forme de souveraineté linguistique.
Dans une salle de la Cité An 2, à Ouagadougou, Lassané Romba donne un cours à ses apprenants. Marqueur en main, vêtu d’une tenue en Faso Dan Fani, il trace au tableau les signes de son écriture. Il explique que cette invention est née d’une longue réflexion commencée en 2009. Malgré plusieurs interruptions, il a poursuivi son travail jusqu’à finaliser ce projet qu’il veut aujourd’hui partager avec les Burkinabè, et au-delà.

Selon son concepteur, l’écriture Romba s’inspire de « la nature et des objets réels vus au quotidien ». Elle n’est pas réservée à la langue mooré. Elle a été pensée pour les langues à tons, c’est-à-dire les langues dans lesquelles le sens d’un mot peut changer selon la prononciation.
Une écriture syllabique différente de l’alphabet latin
L’écriture Romba fonctionne différemment de l’alphabet latin. Ici, il n’y a pas de voyelles écrites de manière autonome. Le système repose sur des consonnes accompagnées de signes diacritiques qui permettent d’indiquer le son complet et le ton. « Nous n’avons que des consonnes, accompagnées de signes diacritiques », explique Lassané Romba.
Pour faire comprendre son principe, il prend l’exemple du mot “Burkina”. En alphabet latin, on écrit les lettres B-U-R-K-I-N-A. Avec l’écriture Romba, chaque consonne reçoit un signe qui complète le son. Pour lui, ce système permet une écriture plus rapide, plus économique et surtout mieux adaptée aux langues à tons parlées au Burkina Faso et dans d’autres régions du monde.
Cette logique parle à certains apprenants. Soré Nebnoma y voit une cohérence profonde. « Je sens la logique mathématique dans cette écriture. Notre culture est dans la logique. Cette écriture, moi, me ressemble », dit-elle.
Une réponse à un besoin culturel
Pour les défenseurs de cette initiative, l’écriture Romba répond surtout à un besoin culturel. Songkolg Naaba Kaoongo, chef coutumier, estime que cette écriture arrive au bon moment. Selon lui, certaines réalités culturelles, comme les cérémonies traditionnelles, gagneraient à être retranscrites dans une écriture enracinée dans les références locales.

Pour lui, chaque peuple doit pouvoir développer ses propres outils culturels. « Donc voilà une écriture qui nous ressemble, bien représentée, avec des signes distinctifs propres à l’Afrique », explique-t-il. Il ajoute que cette écriture est accessible, à condition d’être ancré dans sa culture.
Lassané Romba défend la même idée. Il explique avoir construit son écriture à partir de sa propre culture, avec l’idée qu’un peuple doit pouvoir se reconnaître dans son système d’écriture. « Et si on a cette écriture, partout dans le monde, si vous la voyez, vous pouvez savoir facilement que ça vient de Burkina Faso. C’est un peu comme les drapeaux », dit-il.
Un retour aux racines
Chez plusieurs apprenants, l’écriture Romba est une manière de renouer avec leur identité. Kouka Kologo en parle avec enthousiasme. « J’aime ma culture. Franchement, tout de suite, ça m’a donné vraiment envie de venir apprendre, parce que ça nous ressemble », explique le jeune homme.

Même aspiration chez Soré Nebnoma. Après 18 ans passés hors du pays, elle dit vouloir se reconnecter à ses origines. Elle apprend à nouveau le mooré et voit dans cette écriture un héritage à transmettre. « Je réapprends à fond le mooré pour qu’un jour, ça redevienne ma langue maternelle… Ça sera la première écriture que mon enfant va apprendre » , promet l’apprenante.
Après 17 années de maturation, l’écriture Romba commence à se faire connaître. Son concepteur veut en faire un outil de valorisation des langues nationales et de rayonnement culturel. Une formation de 300 cadres pionniers est d’ailleurs en préparation pour accompagner cette dynamique.
Amdiatou Zoma, stagiaire
