À la veille de l’ouverture officielle de la Semaine nationale de la culture, trouver une chambre à Bobo-Dioulasso relevait du parcours du combattant. Réservations non garanties, hôtels complets et solutions de dernière minute. Plusieurs festivaliers ont erré pendant des heures avant de trouver où dormir. Une situation qui remet sur la table la question des capacités d’accueil de la ville pendant les grands événements.
La veille de l’ouverture officielle de la Semaine nationale de la culture, le 24 avril 2026, à 16 h 40, Smarty lance un SOS teinté d’humour sur Facebook. L’artiste est pourtant attendu pour une prestation à l’ouverture de la biennale. Mais à Bobo-Dioulasso, il cherche encore où dormir.
« Malgré ma veste verte, me voici en train de chercher un logement à Bobo-Dioulasso. Les Ouagalais ont tout pris. Y’a pas place ! À l’heure-là, même si tu t’appelles Michael Jackson, y’a plus maison. Obligé de parler du projet. Un post, voici la seule arme qui me reste ! », écrit-il. Le message fait mouche. Plus de 29 000 mentions « J’aime » et près de 1 000 commentaires.

Le cas de Smarty n’est pas isolé. Plusieurs festivaliers font aussi cas de leurs mésaventures. Parmi eux, le journaliste culturel Madiéga Tibiafouba. À son arrivée à Bobo-Dioulasso, la veille de l’ouverture, la réalité est implacable. Plus aucune chambre disponible.
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Sur Facebook, il lance à son tour : « Bobo : SOS chambres climatisées ». Puis s’ensuit une série de publications sur le sujet. Dans l’une d’elles, il écrit : « Hébergements SNC : 78 % de ceux qui ont fait des réservations sans payer d’avance ont été doublés ». Là, le journaliste pointe du doigt certaines pratiques des tenanciers.
Pourtant, assure-t-il, il avait pris ses dispositions pour éviter pareille mésaventure. « Deux semaines avant de venir, et comme je connaissais déjà les difficultés liées à l’accès au logement pendant la SNC, j’ai contacté une amie afin qu’elle m’aide à avoir une chambre d’hôtel. Elle a contacté un établissement et c’était confirmé. La veille de la SNC, j’ai donc bougé de Ouaga. Quand j’arrive, on me dit qu’on ne m’a rien promis et qu’on avait juste dit qu’on allait voir. Le patron me dit qu’il y a quelqu’un qui devait libérer sa chambre, mais qui a prolongé son séjour », nous explique Madiéga Tibiafouba, deux jours après ses posts.
Entre-temps, il a pu trouver une solution pour passer la semaine à Bobo-Dioulasso. Mais il n’oublie pas le désagrément occasionné par cette situation, qui l’a contraint à errer plusieurs heures dans la ville, trimballant la fatigue du voyage et l’incertitude de trouver un toit. « Un contrat, fût-il verbal, est un contrat », lance-t-il, comme une réponse aux tenanciers.
Même anticiper ne suffit pas toujours
Serge Bado aussi en a eu pour son compte. Il pensait aussi avoir anticipé. « Depuis fin février début mars, j’ai appelé une résidence. On m’a fait savoir que depuis fin janvier début février, tout était réservé. Et mieux, 80 % des gens avaient même payé », raconte-t-il.
Il dit avoir appelé au moins douze sites d’hébergement pour tenter une réservation. Partout, la même réponse. Tout est plein.
« J’ai donc quitté Ouaga le 24 avril avec cette incertitude de ne pas avoir de logement. Je ne savais pas où dormir. Heureusement, certains festivaliers ont désisté à la dernière minute », poursuit-il. Le soulagement est cependant de courte durée. « Je pensais être au bout de mes peines, quand on me fait comprendre que l’électricité est à ma charge. J’ai été obligé de débourser 20 000 F CFA pour payer le courant », raconte le festivalier.
Les hôteliers se défendent
Après les couacs du début, la pression est quelque peu retombée. Madiéga Tibiafouba et d’autres festivaliers ont fini par trouver des solutions. Le journaliste culturel refuse toutefois de mettre toute la responsabilité sur les hôteliers ou sur le comité d’organisation. « Je n’accuse personne. Ni les hôteliers, encore moins le comité d’organisation. Le comité ne peut pas loger tout le monde, surtout dans un tel contexte », tempère-t-il.
Ces plaintes, surtout dirigées contre les hôteliers, Ismaël, jeune responsable d’un hôtel à Bobo-Dioulasso, dit les comprendre. Mais il rappelle que les capacités d’accueil des hôtels ne peuvent pas satisfaire la demande pendant la SNC. « Depuis jeudi, nous n’avions plus de places disponibles. La biennale est une occasion de faire de bonnes affaires. C’est la période où nous soufflons parce que toutes nos chambres sont occupées. Sinon, en dehors de ça, le milieu est en berne », explique-t-il.
Pour lui, quand la SNC s’annonce, chaque hôtelier cherche naturellement à profiter de l’occasion pour se refaire une santé financière, ne serait-ce que pour quelques jours. Mais la gestion des réservations devient alors délicate.
« Il y a des gens qui réservent et qui ne viennent pas. Voilà pourquoi, chez certains hôteliers, la réservation doit s’accompagner du paiement d’une somme forfaitaire. Parfois, on passe à côté de clients réels. Des gens viennent physiquement, tu leur dis que c’est réservé. Tu comptes sur ceux qui ont appelé pour réserver et, en fin de compte, ils ne viennent pas. C’est le risque des grands événements », poursuit le jeune tenancier.
La SNC confirme l’attractivité de Bobo-Dioulasso. Elle met aussi en lumière un défi qui revient à chaque grand rendez-vous. Accueillir des milliers de festivaliers venus des quatre coins du Burkina et d’ailleurs, sans laisser certains commencer la fête dans l’angoisse.
Tiga Cheick Sawadogo
