Souvent associée aux adultes, l’insuffisance rénale touche également de nombreux enfants au Burkina Faso. Provoquée notamment par le paludisme grave, cette maladie peut évoluer rapidement et mettre la vie du jeune patient en danger lorsqu’elle n’est pas diagnostiquée à temps. Face à l’augmentation des cas observés dans les services spécialisés, les médecins appellent à une meilleure connaissance des signes d’alerte.
À l’école primaire de Tiémpagora, près de Banfora, les enseignants gardent encore le souvenir de Moustapha. À seulement 6 ans, cet élève autrefois brillant et assidu avait progressivement déserté les bancs de l’école. Lorsque nous le rencontrons, son regard inquiet trahit sa souffrance. L’enfant reste blotti contre son père.
Tout a commencé par un accès de paludisme, suivi de diarrhées et d’une fatigue persistante. Malgré plusieurs consultations, l’état de santé de Moustapha ne s’améliore pas. « Ça a commencé par le palu, ensuite la diarrhée. Il criait seulement. Nous sommes allés au dispensaire. Comme sa santé ne s’améliorait pas, nous avons continué à Banfora. Là-bas, on nous a dit que la maladie était grave et nous avons été transférés à Bobo », raconte son père.
Finalement, c’est au Centre hospitalier universitaire Souro Sanou de Bobo-Dioulasso que le diagnostic tombe. Moustapha souffre d’une insuffisance rénale. « On a fait trois fois la dialyse », ajoute son père. Malheureusement, l’enfant ne survivra pas plus de trois mois après la découverte de sa maladie. Nous avons appris son décès alors que nous finalisions ce reportage.
Une maladie de plus en plus fréquente
L’histoire de Moustapha est loin d’être un cas isolé. Selon le Dr Aïcha Kouraogo, néphrologue au CHU Souro Sanou de Bobo-Dioulasso, les services spécialisés reçoivent de plus en plus d’enfants souffrant d’atteintes rénales.
Pour la seule année 2025, le service de néphrologie pédiatrique du CHU a enregistré 159 enfants atteints d’insuffisance rénale. Parmi eux, 37 % ont nécessité une dialyse pour une insuffisance rénale aiguë. Certains ont pu récupérer leurs fonctions rénales, tandis que d’autres restent sous surveillance médicale étroite.
Au Burkina Faso, le paludisme grave demeure la principale cause de l’insuffisance rénale chez les enfants. La maladie survient lorsque les reins ne parviennent plus à filtrer correctement le sang et à éliminer les déchets de l’organisme. Sans prise en charge rapide, les conséquences peuvent être fatales.
Des signes qui doivent alerter
Les spécialistes insistent sur l’importance d’un diagnostic précoce. Pourtant, les premiers symptômes passent souvent inaperçus. « Ça peut être un changement de la quantité des urines ou de leur aspect. Les urines peuvent devenir mousseuses. Le matin, le visage peut être gonflé, avec des yeux enflés. Au cours de la journée, les pieds peuvent également gonfler et l’enfant prendre du poids. Certains enfants peuvent même uriner du sang », explique le Dr Kouraogo.
Face à ces signes, les parents sont invités à consulter rapidement un centre de santé afin d’éviter l’aggravation de la maladie.
Une prise en charge qui s’améliore
Lorsque les reins cessent de fonctionner correctement, certains patients doivent recourir à la dialyse, une technique qui permet de filtrer artificiellement le sang.
Selon le professeur Gérard Koulibaly, chef du service de néphrologie et dialyse du CHU Yalgado-Ouédraogo, l’État burkinabè consacre plus de cinq milliards de francs CFA par an à la prise en charge des malades rénaux. Depuis avril 2024, la dialyse chronique est gratuite à vie dans les centres publics.
« Les patients pris en charge ont aujourd’hui un état physique nettement meilleur », souligne-t-il. Malgré cette avancée, les besoins restent importants. Les centres publics font face à des listes d’attente et les médicaments ainsi que certains examens complémentaires demeurent à la charge des patients. Pour rapprocher les soins des populations, plusieurs nouveaux centres de dialyse doivent prochainement ouvrir dans les régions du pays.
L’espoir de la transplantation rénale
Une autre avancée majeure a été franchie le 29 juillet 2025 avec la première transplantation rénale réussie réalisée au Burkina Faso. Depuis, d’autres greffes ont été effectuées avec succès.
Cette intervention est destinée aux personnes souffrant d’insuffisance rénale chronique à un stade avancé. Elle consiste à prélever un rein chez un donneur vivant compatible, généralement un membre de la famille ou le conjoint, puis à le greffer au malade.
Pour les spécialistes, cette prouesse médicale ouvre de nouvelles perspectives pour les patients dont les reins ont définitivement cessé de fonctionner. Si la prévention et le diagnostic précoce restent les meilleurs moyens de lutter contre l’insuffisance rénale chez les enfants, les progrès enregistrés ces dernières années offrent désormais davantage d’espoir aux familles confrontées à cette maladie.
Studio Yafa
