Rien n’arrête leur envie d’apprendre. A la frontière entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, la rivière Léraba marque la ligne de séparation naturelle entre les deux pays. Cela n’empêche pas certains élèves burkinabè vivant en Côte d’Ivoire de traverser la rivière pour leurs études malgré certains risques.
Journée habituelle de classe à l’école primaire publique de la Léraba. Cet établissement est situé dans la circonscription de l’éducation de base de Niangoloko, à près de 490 km de Ouagadougou, à l’extrême sud-ouest du Burkina Faso, entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Des enfants burkinabè, vivant des deux côtés de la frontière, viennent y étudier. Ce jour-là, Aminata Nakanabo et ses camarades de la classe de CM1 sont en plein cours. Il s’agit d’une leçon de récitation et de chant. Ce jour-là, les élèves apprennent l’hymne national en langue dioula, l’une des plus parlées ici.
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Aminata vit en territoire ivoirien, plus précisément à Baakô, qui signifie « derrière l’eau ». Ces élèves burkinabè traversent la rivière, une frontière naturelle, pour suivre les cours dans cet établissement de la Léraba. Plus de 190 élèves font le même trajet chaque jour. Ils traversent la rivière et parcourent parfois jusqu’à 5 kilomètres pour rejoindre leur école. « Je me réveille à 5h pour prendre la route de l’école. J’arrive ici à 6h pour commencer les cours à 7h », explique Aminata. Bien que vivant de l’autre côté de la frontière, l’entente se passe bien entre ceux qui vivent sur des territoires différents. « L’enseignement est bien. Je m’entends bien avec mes camarades », assure la jeune fille.
Un attachement au pays
Selon le directeur de l’établissement, Donkoun Isaac Da, ces élèves sont pour la plupart des Burkinabè vivant du côté ivoirien. « Il faut dire que ces élèves qui viennent du côté Côte d’Ivoire ne sont pas ivoiriens. Ce sont des Burkinabè installés sur ce côté-là. Donc ils ont préféré continuer avec l’école burkinabè, qu’ils admirent beaucoup. Comme on le dit, il faut préserver les acquis pour un lendemain meilleur, parce qu’on ne sait jamais », explique l’enseignant.

Si les parents ont fait ce choix, c’est surtout par admiration du système éducatif burkinabè, mais aussi par attachement à leur pays d’origine. Mais tout n’est pas facile. La vie à la frontière a ses réalités. Certains enfants doivent aider leurs parents dans les activités commerciales, ce qui perturbe leurs études. « Comme nous sommes à la frontière, il y a des activités qui se mènent de l’autre côté et l’apprentissage est un véritable calvaire pour nous. Parce que lorsqu’ils sortent de la classe, ils sont avec leurs parents au bord de la route ou, avec leur maman, ils font le commerce. Ils rentrent tard dans la nuit et, le matin encore, il faut qu’ils reviennent. Ça fait que ça joue un peu sur le taux de réussite au niveau de notre école », regrette Donkoun Isaac Da.
Les mêmes conditions d’inscription
Les enseignants, malgré le peu de moyens, ne restent pas sans rien faire. « Nous faisons en tout cas de notre mieux, mais chaque fois, nous interpellons les parents afin qu’ils puissent nous aider avec les enfants à la maison », ajoute-t-il.
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Traverser la frontière comporte des risques d’accidents, notamment lors de la traversée de la route ou du fleuve. Malgré ces obstacles, l’école enregistre de bons résultats. Ouverte en 2009, elle compte aujourd’hui 339 élèves répartis dans six classes. En 2025, elle a enregistré un taux de réussite de 100 % au Certificat d’études primaires (CEP). Les conditions d’inscription sont les mêmes pour tous les enfants, qu’ils vivent au Burkina Faso ou en Côte d’Ivoire. Cela permet aux élèves installés de part et d’autre de la frontière de suivre les cours sans frais supplémentaires et sans trop de difficultés.
Samira Guiré
