Au Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA) de Pô, la gestion des déchets biomédicaux ne se fait pas au hasard. Un dispositif particulier est mis en place pour les collecter et éviter les contaminations. Cependant, le personnel de santé est confronté à des difficultés dans le traitement de ces déchets.
Dès les premières portes franchies à l’entrée de la maternité du CMA de Pô, une scène animée s’offre aux visiteurs. Les agents de santé échangent avec les patients dans un ballet presque continu. Certains arrivent, consultent, se font soigner puis repartent, aussitôt remplacés par d’autres. Dans le couloir, les allées et venues s’enchaînent : blouses blanches au pas pressé, visages inquiets, familles en attente. L’atmosphère est dense, rythmée par l’urgence et la routine hospitalière.
Les mains gantées, un agent de santé s’affaire près d’un ensemble de poubelles alignées, chacune d’une couleur différente. Après chaque tâche, il dépose des déchets. Rien n’est laissé au hasard. Chaque type de déchet est jeté dans une poubelle en fonction d’un code couleur précis.
Issiaka Daboné, responsable du service d’hygiène hospitalière du CMA de Pô, guide la visite. Il est accompagné de Ouroboi Coulibaly, technicien d’État du génie sanitaire. Il complète les explications.
Une gestion méticuleuse
Reconnaissable à sa tenue verte, Pascal Compaoré, technicien d’hygiène, est l’un des premiers maillons de la chaîne de gestion des déchets. Il vient juste de vider des déchets dans des salles. Le sac noir, explique-t-il, est destiné aux déchets ménagers. Ce sont les sachets d’eau usée, les restes de repas ou d’autres déchets ordinaires. Le sac jaune accueille les déchets médicaux non souillés par le sang, donc moins infectieux. Quant au sac rouge, il est réservé aux déchets hautement infectieux, issus de façon générale des blocs opératoires et des laboratoires.

« Les boîtes à tranchants, qu’on appelle aussi boîtes de sécurité, servent à recueillir tous les objets piquants ou coupants, comme les seringues. On ne doit jamais les mélanger avec les autres déchets », précise Issiaka Daboné. Ce tri rigoureux permet ensuite au personnel d’hygiène de procéder à la collecte, au regroupement et à la destruction des déchets. Mais, sur le terrain, les consignes ne sont pas toujours respectées. Pascal Compaoré en fait le constat avec amertume.
Sensibiliser le personnel et les patients
« Les gens ne mettent pas toujours les déchets dans les bons sacs. Ce sont souvent les patients, mais aussi certains prestataires. Il arrive qu’on retrouve des aiguilles à même le sol ou mélangées à d’autres ordures », déplore-t-il. Un relâchement qui n’est pas sans conséquences.
Le non-respect des règles expose le personnel à des risques sanitaires comme les blessures, les infections, des maladies contractées parfois à leur insu. « Celui qui ramasse les poubelles ne sait pas ce qu’il y a dedans. En manipulant, il peut facilement se piquer avec une seringue. On sensibilise régulièrement pour éviter ce genre de situation », ajoute Issiaka Daboné.
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En plus de ces difficultés s’ajoutent des contraintes matérielles. Il arrive que certains sacs, notamment les jaunes, soient en rupture sur le marché. Ce qui complique le travail du personnel. « Parfois, certaines couleurs manquent, surtout le jaune », explique Coulibaly Ouroboi. Une situation qui oblige les équipes à s’adapter, parfois au détriment du respect strict des normes.

Une fois collectés, les déchets biomédicaux sont transportés vers un site de traitement situé à quelques centaines de mètres du CMA, à l’écart des salles d’hospitalisation et des bureaux. Sur place, le décor change. Le sol est parsemé de déchets médicaux. Des seringues usagées, des flacons de médicaments, des résidus brûlés sont parfois éparpillés sur le sol. Des incinérateurs, semblables à de grands fours, sont installés pour assurer leur destruction. Certains sont en panne, laissés à l’abandon. « Faites attention où vous marchez, il y a des seringues », avertit Issiaka Daboné.
Des difficultés de gestion des déchets
Ensuite, il présente les différents incinérateurs, dont un modèle en terre, installé à l’écart. Conçu pour atteindre des températures très élevées, il permet de brûler certains types de déchets. Mais par manque de moyens, un seul incinérateur est souvent utilisé pour différents déchets, ce qui pose problème. « Pendant l’incinération, les flacons en verre explosent sous l’effet de la chaleur. Ces explosions créent des fissures et réduisent la durée de vie de l’incinérateur », explique-t-il.

Certains déchets nécessitent pourtant un traitement spécifique, comme le broyage, avant leur élimination complète. L’hôpital ne dispose pourtant pas de ces équipements. « Après les grandes campagnes de vaccination, le niveau central envoie parfois des camions pour récupérer les déchets. On en profite pour leur confier aussi nos flacons », ajoute-t-il.
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En plus du manque de matériels, d’autres problèmes se posent. Le site de l’hôpital est proche de kiosques, restaurants, boutiques et d’habitations. Cette cohabitation est risquée à cause, par exemple, de la fumée qui se dégage. Cette fumée dégagée par dégagée par l’incinération envahit les environs et expose les riverains à des substances qui peuvent être dangereuses. « Normalement, il ne devrait pas y avoir d’habitations autour d’une structure sanitaire. Quand on brûle les déchets, la fumée dérange les populations », regrette un agent. Cependant, le centre de santé a entrepris une collaboration avec la mairie pour jeter certains déchets dans sa décharge publique.
Boukari Ouédraogo
