À Fada N’Gourma, Babilblé Thiombiano ne se contente plus de réparer des motos. Dans son atelier, il fabrique désormais ses propres modèles et rêve d’industrialiser son savoir-faire. Malgré des moyens limités, cet artisan inventif multiplie les créations, des motos aux tricycles, en passant par des foyers à gaz et des aires de jeux pour enfants.
Dans un atelier situé en face du mythique terrain « Brésil de Fada », le visiteur est quelque peu déboussolé. Difficile de dire s’il s’agit d’un atelier de mécanique, de soudure ou d’assemblage de motos. Tous les travailleurs portent une tenue de sport bleu marine et marron. Certains réparent des motos pendant que leurs propriétaires attendent patiemment sur des bancs.

Au centre du groupe, Babilblé Thiombiano, la quarantaine, ne répare aucune moto. Il soude un dispositif composé notamment de jantes de véhicule. « Je suis en train de fabriquer un foyer à gaz. C’est pour aider les gens à préparer leurs repas », explique-t-il avant de reprendre son travail.
Mais ce qui fait la particularité de cet atelier aux multiples activités, ce sont les engins qui y sont conçus. Une idée née après plusieurs années d’observation, raconte Babilblé Thiombiano. « Quand j’ai commencé à réparer les motos, j’ai vu comment elles étaient conçues. J’ai donc essayé de m’en inspirer pour fabriquer mes modèles. J’ai conçu des motos à deux roues et à trois roues », poursuit-il.
Un touche-à-tout
Fabriquer une moto exige des compétences variées. La soudure, la mécanique et l’électricité. Des domaines que le patron des lieux maîtrise. En effet, avant d’ouvrir son propre atelier de mécanique, il a d’abord appris la soudure, puis l’électricité. À l’époque, il cherchait encore sa voie, sans imaginer qu’il réunirait un jour ces différentes compétences pour fabriquer ses propres engins.
« Au début, j’appelais quelqu’un pour faire la soudure. Il repartait. Un autre venait pour l’électricité, et ainsi de suite. Quand je revenais, je voyais que ce n’était pas ce que je voulais. Je cassais et je recommençais. Je me fatiguais, je n’étais pas satisfait et je dépensais beaucoup », raconte-t-il. Il décide alors de remettre en pratique les compétences acquises quelques années plus tôt. Peu à peu, il retrouve son habileté.
Au fil du temps, ses créations évoluent. Les premiers prototypes ne ressemblent plus à ceux d’aujourd’hui. Ce matin-là, après avoir terminé le foyer à gaz, Babilblé Thiombiano se consacre à une moto récemment fabriquée. L’engin semble prêt à rouler. Pourtant, après quelques essais, des réglages restent nécessaires.

« Je suis en train de la renforcer pour qu’elle soit plus robuste. Au départ, elle était plus petite. J’élargis aussi la selle pour pouvoir transporter des passagers », explique-t-il. Le cadre, le capot métallique ainsi que plusieurs pièces ont été fabriqués dans son atelier. « Seuls le moteur et les roues sont achetés. La moto est résistante. Même en cas de chute, le capot ne peut pas se casser », assure-t-il.
Besoin d’un coup de pédale
Depuis quatre ans, Babilblé Thiombiano affirme avoir vendu une bonne dizaine de motos. Un chiffre modeste qui illustre aussi les difficultés de production. « Je n’ai pas assez de moyens pour fabriquer en quantité. J’aimerais produire davantage », confie-t-il, tout en lançant un appel à ceux qui souhaitent soutenir son initiative.
La moto sur laquelle il travaille sera vendue à 250 000 F CFA, après un coût de fabrication estimé à 200 000 F CFA. Quant aux tricycles qu’il conçoit pour faciliter le transport de marchandises, ils sont cédés entre 300 000 et 350 000 F CFA. « Je veux surtout que les gens connaissent mon travail », insiste-t-il, expliquant que son objectif n’est pas, pour l’instant, de réaliser d’importants bénéfices.

Treize jeunes travaillent aujourd’hui à ses côtés. Parmi eux, Lamourdja Thiombiano, présent dans l’atelier depuis treize ans. Au-delà de la mécanique, le jeune homme dit avoir été gagné par la passion de son patron pour l’innovation. « Au début, on faisait seulement de la mécanique. Puis il a commencé à fabriquer des motos. Aujourd’hui, je comprends un peu ce qu’il fait », témoigne-t-il.
À quelques mètres de l’atelier, pendant que Babilblé Thiombiano et ses employés poursuivent leur travail, des enfants s’amusent sur des balançoires et d’autres jeux. Eux aussi sont sortis de l’imagination et des mains du jeune inventeur.
Tiga Cheick Sawadogo
