À Ouagadougou, le sachet plastique résiste à l’interdiction
Pour tout achat dans les marchés, des citoyens réclament toujours des sachets, Ph : Mousso News

À Ouagadougou, le sachet plastique résiste à l’interdiction

Produire, importer, commercialiser ou utiliser des sachets plastiques est interdit au Burkina Faso depuis le 9 juillet 2025. Mais sur les marchés et dans les boutiques de Ouagadougou, la réglementation se heurte encore aux habitudes. Commerçants comme consommateurs continuent de recourir au plastique, malgré les contrôles et les nouvelles dispositions.

Le brouhaha du marché de Arb Yaaré à Tanghin couvre presque les échanges entre vendeurs et clients. Sous son hangar de toile, Cécile Ouédraogo, que tout le monde appelle « Maa Cécile », n’a pas une minute de répit. Les clients se succèdent devant son étal de tomates, oignons, poivrons, choux, aubergines, quelques épices et d’autres légumes.

« Bonjour Maa Cécile, je veux oignon 100 francs, pâte de tomate 50 francs et épinard 100 francs », lance une cliente en lui tendant un billet de 500 FCFA. La commerçante se met à rassembler la commande de sa cliente, prend un sachet plastique noir, y glisse les légumes avant de le remettre à sa cliente.  

Certains citoyens trouvent chers les emballages qui leur sont proposés, Ph : Mousso News

À peine est-elle partie qu’une autre cliente arrive. Puis une autre. Et encore une autre. Les légumes sont toujours remis dans un sachet plastique.  Le paquet de sachets posé à côté de Maa Cécile fond rapidement. En moins d’une demi-heure, un premier lot est entièrement vidé. Elle ouvre aussitôt un second pour continuer à servir. Dans ce marché, rien ne semble avoir changé malgré l’interdiction.

« Mes clients n’ont pas l’habitude du sac. Personne ne vient avec un sac pour acheter ses légumes », répond la commerçante sans cesser de servir ses clients. « Même quelqu’un qui vient payer juste de la pâte de tomate va demander qu’on mette dans un sachet. Les gens sont habitués », ajoute-t-elle.

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Pour la vendeuse, cette dépendance des sachets plastiques ne peut disparaître du jour au lendemain. « Y a des clients, si tu dis que tu ne vas pas mettre dans un sachet, ils laissent et partent. Donc, pour interdire les sachets, il faut encore une vraie sensibilisation et aussi une répression », suggère la vendeuse.

Quelques allées plus loin, Moussa (nom d’emprunt), venu faire son marché sans panier ni sac. Après quelques tournées, il s’arrête devant une vendeuse de choux. Le tas de choux à 2000 FCFA les 5 boules, il leur demande d’emballer. Comme chez Maa Cécile, la vendeuse sort un petit sachet bleu pour les emballer. Très vite, le client se rend compte que le sachet n’est pas proportionné à ses légumes, décide de trouver une alternative. Il traverse alors quelques mètres pour acheter un sac plus grand auprès d’une vendeuse d’articles divers.

La vendeuse de choux, Ami (nom d’emprunt) avoue avoir changé sa façon de faire. « Quand on a dit que les sachets plastiques étaient interdits, j’ai payé les sacs que je revendais à 200 francs. Mais, les clients les voulaient gratuitement, certains disaient que c’était cher. Je ne vais pas payer quelque chose et vous le donner gratuitement, déjà que les choux sont déjà chers. Pour ne pas risquer de me ruiner, j’ai laissé. Voilà, les sachets. Si ta commande ne peut pas tenir dans ce sachet, il faut te chercher un sac », lance-t-elle avec un air sévère, visiblement exaspérée.   

Dans ce marché comme dans d’autres, c’est le même quotidien. Les sachets plastiques continuent d’accompagner les achats.

Entre la loi et les pratiques quotidiennes…

Au Burkina Faso, la lutte contre les sachets plastiques s’inscrit dans une dynamique amorcée depuis 2014. Une première loi interdisant les plastiques non biodégradables avait alors vu le jour. Mais, face à la persistance de la pollution, les autorités avaient durci le ton en adoptant, le 30 décembre 2024, une nouvelle législation beaucoup plus stricte. Entrée en vigueur le 9 janvier 2025, cette loi accordait toutefois un délai de six mois aux acteurs pour se conformer aux nouvelles dispositions.

Elle interdit notamment les plastiques à usage unique, ainsi que leur production, importation et commercialisation. Cette réforme vise à protéger l’environnement, améliorer la santé publique et assainir le cadre de vie.

Malgré cette nouvelle réglementation, son application reste confrontée à un obstacle juridique. Pour Fatmata Bancé, chargée de projet FASOVEIL au sein de Sécrétariat permanent des Organisations non gouvernementales (SPONG), les textes d’application qui doivent préciser les modalités de contrôle et de sanction n’ont pas encore été adoptés. « Nous avons même organisé un atelier de validation avec les techniciens des ministères de l’Environnement, de la Santé et du Commerce. Mais ces textes doivent encore être validés en Conseil des ministres », explique-t-elle.

Sans décret d’application de la loi, le sachet a des beaux jours devant lui, Ph : Mousso News

Selon elle, sans ces décrets, les opérations de contrôle risquent de produire des effets limités dans la durée. Elle estime que la répression doit s’appuyer sur un cadre juridique clair, tout en étant accompagnée d’une sensibilisation continue des populations sur les conséquences des sachets plastiques pour l’environnement et la santé.

Malgré tout, dans plusieurs boutiques de Ouagadougou, des stocks de sachets plastiques sont toujours disponibles. Chez certains commerçants, ils sont simplement posés derrière le comptoir. Chez d’autres, ils sont soigneusement dissimulés.

Des commerçants encore partagés

Harouna (nom d’emprunt), boutiquier, reconnaît continuer à en vendre malgré les contrôles et les répressions qu’il aurait subis. « Les forces de l’ordre m’ont déjà interpellé. Ils sont venus contrôler ma boutique et saisir les sachets que j’avais. Après ça, j’ai vraiment arrêté d’en vendre. Mais les clients continuent d’en demander. J’ai repris mais avec modération », a-t-il révélé. Comme Harouna, ils sont encore nombreux, ces boutiquiers qui continuent de commercialiser les sachets plastiques.

D’autres commerçants ont, en revanche, fait un choix différent et décidé de se conformer aux règles strictes de peur de voir leurs boutiques saisies. C’est le cas de la mini-alimentation de M’babiga. Ici, aucun sachet plastique n’a sa place. Après le passage d’une équipe venue le sensibiliser sur la réglementation, il affirme avoir arrêté d’en vendre. À la place, il propose des sacs réutilisables à 100 francs l’unité.

« Au début, certains clients n’étaient pas contents parce qu’il fallait payer. Mais je leur révèle toujours que j’ai reçu le service de contrôle. Petit à petit, ils commencent à comprendre et à adhérer », explique le boutiquier.

Quant aux sachets plastiques qui continuent de circuler, il évoque la présence de stocks toujours disponibles et qui circulent. Pour pallier cela, il recommande la mise en place d’usines locales qui pourront produire des sachets dégradables, conseillés à l’utilisation.  

D’un marché à une boutique, le constat est toujours le même : le sachet plastique continue de faire partie du quotidien des Ouagalais. L’interdiction est connue de plusieurs commerçants et même des consommateurs, mais son application se heurte encore aux habitudes et à une demande qui ne faiblit pas.  

MoussoNews avec Studio Yafa