Burkina Faso : Harouna Guiro, l’enseignant qui a conduit 100 élèves vers 100 % de réussite au CEP
Selon plusieurs acteurs, le succès de Harouna est le témoignage de ses sacrifices, Ouahigouya, juillet 2026, Studio Yafa,

Burkina Faso : Harouna Guiro, l’enseignant qui a conduit 100 élèves vers 100 % de réussite au CEP

Cent élèves présentés, cent admis. À l’école Gourga « A » de Ouahigouya, Harouna Guiro a réalisé un sans-faute au Certificat d’études primaires (CEP). Une performance d’autant plus remarquable que 60 % de ses élèves sont des déplacés internes, souvent marqués par les conséquences de l’insécurité. Tout au long de l’année, l’enseignant a multiplié les initiatives pédagogiques et sociales pour les accompagner jusqu’à l’examen.

Des regards admiratifs. Des chaudes poignées de mains accompagnées de félicitations. A l’école nationale des enseignants du primaire (ENEP) de Ouahigouya ce matin de juillet, alors qu’il est venu participer à une réunion en vue de la surveillance des concours de la fonction publique, Harouna Guiro continue d’être au centre des attentions.

Harouna Guiro coule de paisibles vacances après une année scolaire de dur labeur, Ouahigouya, juillet 2026, Studio Yafa

Un mois après la proclamation des résultats, Harouna Guiro savoure encore cette réussite exceptionnelle. « C’est une fierté et un honneur. Pas seulement pour moi, mais aussi à tous les enseignants de l’école », note humblement l’enseignant.

Il reconnaît que la classe de CM2 est une classe particulière pour laquelle « Il faut un don de soi, des sacrifices » pour parvenir à des résultats salués de tous. Même si les mérites reviennent à l’enseignant et à ses collègues de l’établissement, Harouna Guiro ne manque pas de saluer les jeunes impétrants. « Je tire mon chapeau à mes élèves. Ils ont été studieux. Même dans les groupes, ils se sont montrés sérieux en s’entraidant et en facilitant une ambiance favorable à l’assimilation des leçons », dit-il.

Une année studieuse

2025-2026 fut une année scolaire studieuse pour Harouna Guiro. Ses supérieurs hiérarchiques ainsi que les parents d’élèves l’ont vu à l’œuvre. Les résultats obtenus sont le parfait témoignage des efforts consentis tout au long des 9 derniers mois.

« Je vois les efforts de cet enseignant, il s’est véritablement investi. J’étais vraiment satisfait d’apprendre qu’il a eu 100%. Tout au long de l’année, c’est quelqu’un qui, en dehors des temps réglementaires des cours, s’investit pleinement dans la classe. Même les week-ends, les mercredis soir, il se retrouve toujours avec ses élèves pour pouvoir les soutenir, les aider », témoigne Anikiembu Apouri, chef de circonscription d’éducation de base de Ouahigouya 2. Il salue un enseignant passionné et dévoué pour la cause de l’enseignement et les élèves.

Parent d’un élève, Noufou Sawadogo dit avoir été un témoin du sérieux dans l’encadrement de son enfant. A l’heure de la moisson, il dit ne pas être surpris. Mieux, il souhaite que Harouna soit un exemple de don de soi.  « Vraiment, nous souhaitons que les autres enseignants s’inspirent de sa façon de faire. Il encourage et soutient ses élèves comme si c’était ses propres enfants. Il ne crie pas sur les élèves, il fait souvent même de la comédie pour que ses apprenants assimilent bien les cours », commente Noufou Sawadogo. Le parent d’élève ajoute qu’au-delà de l’école et de son enseignant, c’est tout le village de Gourga, situé à proximité de Ouahigouya, qui est aujourd’hui honoré.

Au-delà de l’enseignant

Les propos de ces responsables et parents sont confirmés par un élève de Harouna Guiro. Kenza, tout nouveau certifié, se rappelle encore des journées studieuses, quand les autres élèves se reposaient. « Monsieur nous donnait beaucoup d’exercices à faire. Si tu ne comprends pas et que tu lui demandes, il explique bien et on comprend et on traite. Il a formé des groupes et on travaille ensemble », dit-elle.

Mais derrière ce résultat exceptionnel se cache une réalité moins visible. Plus de la moitié de l’effectif des candidats de Gourga A au CEP étaient des élèves déplacés internes. 60 sur les 100. Une situation qui représente un défi supplémentaire, comme le relève le CCEB. Selon lui, les élèves déplacés internes arrivent souvent avec un niveau scolaire nettement en deçà, à cause notamment des classes restées longtemps fermées. Ou encore des cours donnés de façon discontinue au gré des clivages de la situation sécuritaire de leur localité d’origine.

« Alors il faut tout faire pour pouvoir véritablement aimer le travail, aimer les élèves, pour pouvoir s’investir aussi pleinement pour pouvoir parvenir à ces résultats », ajoute Anikiembu Apouri. Dans ce genre de situation, un travail au préalable est nécessaire avant que l’apprenant ne puisse assimiler les leçons. « Il faut une prise en charge psychosociale pour permettre aux enfants de pouvoir se reconstituer, afin de pouvoir rebondir, c’est-à-dire leur permettre de pouvoir être eux-mêmes. Parce que quand l’enfant est assis et qu’il se rappelle de son passé traumatisant, ce n’est vraiment pas facile », précise le chef de circonscription.

Lire aussi : Nouna, un examen du CEP sous le signe de la résilience face à l’insécurité

Avec une majorité d’élèves déplacés internes, Harouna Guiro a souvent dû être plus qu’un enseignant. Tantôt père de substitution, tantôt conseiller, il a surtout cherché à être une présence rassurante pour des enfants marqués par les violences et l’exil. « Avec certains EDI, ce n’est pas simple. Certains, quand ils arrivent le matin, tu sens que ça ne va pas, la mine est souvent froissée. Tu t’approches d’eux, tu essaies de causer », explique l’enseignant qui dit s’être retrouvé à soigner, à donner de quoi manger.

Le meilleur enseignant du Yatenga ( en jaune), reçoit une moto, Ouahigouya, juillet 2026, Studio Yafa,

En plus du côté social, l’enseignant dit avoir mis en œuvre la pédagogie différenciée, et le tutorat, des innovations pédagogiques qui, selon lui, ont contribué aux résultats.  

Le 10 juillet dernier, Harouna Guiro a été consacré meilleur enseignant de la province du Yatenga. Cette distinction récompense une année d’efforts. Mais sa plus grande fierté reste ailleurs. Voir cent enfants, dont soixante déplacés internes, franchir avec succès la première grande étape de leur parcours scolaire.

Mansour Gassambé, correspondant à Ouahigouya