Les Gazelles de Naba Kango de Ouahigouya se battent pour faire grandir le football féminin dans le Yatenga
Sur un terrain poussiéreux d'un Lycée qui l'équipe de GNK s'entraîne. Photo: Studio Yafa.

Les Gazelles de Naba Kango de Ouahigouya se battent pour faire grandir le football féminin dans le Yatenga

A Ouahigouya, à 182 kilomètres, dans le Nord du Burkina Faso, des jeunes filles se battent pour développer le football féminin. Malgré les préjugés, l’absence de moyens financiers, des joueuses des Gazelles de Naba Kango (GNK) continuent de pratiquer leur passion en espérant un jour évoluer au haut niveau.

Après plusieurs heures passées sur un chantier de construction, Abibata Guiro a rangé ses outils de maçonnerie. Il est 16 heures. Elle est au CEG de Bangaré, où elle retrouve ses coéquipières des Gazelles de Naba Kango (GNK) pour une nouvelle séance d’entraînement.

La jeune fille évolue dans ce club de la province du Yatenga depuis sept ans désormais. « C’est par ma passion pour le football que j’ai commencé à jouer. J’ai commencé par le football de la rue. J’ai entendu parler de GNK et je suis venue tenter ma chance. C’était bien. Je n’ai pas eu de mal à m’intégrer », raconte Abibata Guiro.

A Ouahigouya, le club des Gazelles de Naba Kango contribue au développement du football féminin dans une ville où cette discipline reste encore peu connue. Pendant la journée, celle qui porte le brassard de capitaine travaille sur des chantiers. Dans la soirée, elle rejoint ses coéquipières pour les entraînements.

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Dans le club des Gazelles de Naba Kango, les entraînements se tiennent trois fois par semaine. Ces séances sont prévues les mardis, les jeudis et les samedis. Hormis ces entraînements collectifs, Abibata, à l’image de ses coéquipières, travaille individuellement pour maintenir sa forme. « A part cela, on essaie de jouer individuellement pour garder la forme », explique-t-elle.

Abibata Guiro rêve un jouer d’évoluer avec les Etalons dames. Photo: Studio Yafa, mars 2026.

Faire découvrir le football féminin

Mais réussir à concilier une activité professionnelle et une carrière sportive n’est pas toujours facile. « Ce n’est pas facile. Mais avec l’amour pour le football, j’arrive à gérer les deux chantiers. Dès que je finis au chantier, je me dépêche pour les entraînements », poursuit la capitaine des Gazelles de Naba Kango. Comme elle, plusieurs jeunes filles rêvent de jouer au football. Pour Sékou Guiro, entraîneur et secrétaire général des Gazelles de Naba Kango, l’intérêt pour le football féminin existe.

Awa Sana est une autre joueuse de cette équipe. Élève, elle rejoint ses camarades au terrain après les cours. C’est en suivant ses camarades qu’elle s’est passionnée pour le football. Au début, elle ne faisait qu’observer. « Je suis venue ici parce que je voulais juste jouer avec mes camarades. Je venais regarder mes camarades jouer et j’ai essayé de venir m’entraîner », avoue Awa Sana.

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Malgré la passion de certaines jeunes filles pour le football, Sékou Guiro doit encore se battre davantage. La discipline reste peu connue. Beaucoup de parents refusent de laisser leurs filles jouer au football, considéré comme un sport réservé aux hommes.  « Ils disent que le football, ce n’est pas pour les filles. Mais ce que les garçons font, nous aussi on peut le faire. Ces propos nous découragent, mais si tu veux quelque chose, il faut t’engager », assure avec conviction la jeune fille.

Sékou Guiro, l’entraîneur de GNK veut développer le football féminin à Ouahigouya. Photo: Studio Yafa, mars 2026, Ouahigouya.

Pour elle, le football lui permet de s’ouvrir au monde. Même si la plupart des joueuses sont passionnées, beaucoup pratiquent encore ce sport uniquement pour le plaisir.

Convaincre les parents

Mais beaucoup de jeunes filles abandonnent lorsqu’elles découvrent les exigences des entraînements. « Lorsqu’elles se rendent compte que les entraînements, c’est du sérieux, et que le coach crie une ou deux fois, la troisième fois, tu ne la verras pas sur le terrain », explique Sékou Guiro.

Pour maintenir les jeunes filles dans le groupe, l’entraîneur doit parfois aller les convaincre de revenir. « Tu es obligé de retourner vers elle, de la négocier pour qu’elle revienne », ajoute Sékou Guiro. Face à cette situation, le club développe des stratégies pour rapprocher le football féminin des jeunes filles. L’une d’elles consiste à organiser les entraînements dans les établissements scolaires.

Awa Sana vit sa passion malgré des oppositions. Photo: Studio Yafa, Ouahigouya, mars 2026.

Le terrain du CEG de Bangaré n’a pas été choisi au hasard. En installant les séances près des écoles, les responsables du club espèrent éveiller la curiosité des élèves et susciter de nouvelles vocations. « Ma première stratégie, c’est d’amener le terrain dans un établissement d’enseignement secondaire et primaire. Quand les enfants passent et voient qu’il y a des filles qui jouent au ballon, l’une d’entre elles peut s’approcher et dire : « Coach, moi aussi, je veux jouer au ballon », explique Sékou Guiro. Les joueuses viennent de plusieurs établissements, notamment des lycées Yadega et municipal de Ouahigouya.

Un club qui manque de moyens

Si certaines familles encouragent leurs filles à pratiquer le football, d’autres restent encore réservées. Dans plusieurs communautés, des préjugés persistent autour de la place des filles dans le sport.

Selon Sékou Guiro, certaines joueuses rencontrent encore des difficultés avec leurs parents. « Il y en a qui acceptent de signer les autorisations parentales pour qu’elles puissent jouer. Mais ceux qui sont dans les familles qui ne comprennent pas, ce n’est pas simple. Souvent même, on vient te chercher au terrain pour te dire de revenir à la maison », témoigne-t-il. Pour maintenir l’effectif du club, Sékou Guiro recrute parfois des joueuses venues d’ailleurs, notamment de pays voisins. « C’est pour avoir l’effectif », explique-t-il.

Les entraînements dans les établissements permettent d’attirer de nouvelles joueuses. Photo: Studio Yafa, Ouahigouya, avril 2026.

Ces joueuses sont payées entre 35 000 et 50 000 francs CFA. « En plus, je leur donne 60 000 francs CFA à trois pour la popote et je fais l’effort de leur fournir le gaz », poursuit-il. Chaque année, la Fédération burkinabè de football (FBF) octroie un million de francs CFA comme subvention à chaque club de Ligue 2. Si cette aide soulage les équipes, elle reste insuffisante. « Hier, j’ai emprunté 75 000 francs CFA pour faire face à des dépenses », révèle-t-il. Des propos qui témoignent de la difficulté que rencontre le club sur le plan financier.

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Ces difficultés n’empêchent pas Awa et Abibata de rêver. Toutes les deux, elles souhaitent un jour évoluer avec l’équipe nationale du Burkina Faso. Celle-ci disputera pour la deuxième fois de son histoire la Coupe d’Afrique féminine qui se tient du 25 juillet au 16 Août 2026 au Maroc.

Le combat de Sékou Guiro à travers les Gazelles de Naba Kango est de donner plus de visibilité au football féminin dans sa localité. Pour cela, il travaille également avec une autre équipe, les Reines de Ouahigouya. Il espère que la participation du Burkina Faso à la CAN féminine, permettra de renforcer l’intérêt du public pour le football féminin.

Boukari Ouédraogo