À Ouagadougou, la révolution silencieuse des motos électriques
Un usager sur sa moto électrique, Ph : Studio Yafa, juillet 2026, Ouagadougou

À Ouagadougou, la révolution silencieuse des motos électriques

À Ouagadougou, le bruit des deux-roues fait partie du quotidien. Mais depuis quelque temps, un autre son, presque imperceptible, se mêle à la circulation : celui des motos électriques. De plus en plus visibles dans les rues, elles sont adoptées par des élèves, des commerçants et d’autres usagers. Plus économiques à l’usage, silencieuses et sans émissions directes de gaz d’échappement, elles séduisent progressivement les habitants de la capitale.

Au marché Zabr-Daaga, les klaxons et le vrombissement des motos couvrent les conversations et discussions entre clients et vendeurs de téléphones et autres matériels numériques. Au milieu de cette agitation, Abdoul Razak Sakandé se gare presque en silence. Le jeune commerçant revient d’une livraison effectuée à bord de son scooter électrique. Depuis quatre mois, cet engin est devenu son principal moyen de déplacement.

« Je fais beaucoup de livraisons. Lorsqu’un client m’appelle, je dois parfois mettre du carburant pour aller le voir, sans être certain que nous allons nous accorder sur le prix de la marchandise. Si la vente ne se fait pas, j’aurais brûlé mon essence pour rien. Avec la morosité du marché, je ne peux pas me permettre de mettre du carburant chaque jour », explique le jeune commerçant.

Abdoul Aziz Guigma aime le silence de la moto électrique, Ph : Studio Yafa, juillet 2026, Ouagadougou

Pour réduire ses dépenses, il a donc acheté un deux-roues électrique, qu’il recharge chaque nuit avant ses déplacements et ses livraisons de la journée.

Comme lui, de plus en plus de Ouagalais adoptent ces engins. Dans le marché, plusieurs modèles semblables sont garés devant les boutiques ou à l’ombre des arbres. Abdoul Aziz Guigma roule avec le sien depuis deux ans. Au-delà des économies réalisées sur le carburant, il apprécie surtout le silence et le confort de conduite.

« C’est agréable à conduire. Il n’y a pas de bruit et tu ne déranges personne. Même lorsque tu sors tard dans la nuit, tu peux partir sans réveiller les autres. On aime ça », confie-t-il en riant. Pour cet usager qui vit avec sa famille, le silence du moteur constitue donc un avantage supplémentaire.

Rouler sans acheter d’essence

Même si le coût de l’électricité constitue une préoccupation pour de nombreux ménages, Abdoul Razak Sakandé assure que la recharge quotidienne de sa moto n’a pas fortement augmenté ses dépenses.  « Elle ne consomme pas beaucoup de courant. Avant la moto, je rechargeais mon Cash Power à 2000 F CFA par semaine. Depuis que j’ai acheté la moto, je recharge maintenant 2500 par semaine, alors que je la recharge tous les jours », estime-t-il.

De plus en plus, on voit des motos électriques en circulation, Ph : Studio Yafa, juillet 2026, Ouagadougou

Certains choisissent la moto électrique pour réduire leurs dépenses quotidiennes. D’autres par contre y voient un moyen de limiter la pollution. À la Patte-d’Oie, devant une boutique spécialisée dans la vente de vélomoteurs électriques, Yacouba vient de garer son véhicule. Quelques semaines plus tôt, il y a acheté un engin destiné à son enfant, qui venait de réussir le certificat d’études primaires. Il est revenu récupérer le casque, indisponible le jour de l’achat.

À la demande de son enfant, il a choisi ce modèle pour éviter les dépenses régulières de carburant. Plusieurs raisons ont milité pour ce choix. « D’abord, c’est une moto qui ne consomme pas de carburant et qui ne dégage pas de fumée pendant son utilisation. La conduite est aussi plus simple que celle d’une moto à essence, et l’engin est plus léger », explique-t-il ». Un choix écologique et économique selon lui. 

Un marché en pleine expansion

Cet intérêt croissant est également constaté par Abdoul Mohamine Ouédraogo, vendeur de vélomoteurs électriques. Selon lui, les demandes augmentent depuis deux ans. « Il arrive que nous soyons débordés par la clientèle. Les acheteurs viennent de Ouagadougou, des provinces, des communes et même de l’étranger. Ils recherchent ces engins parce qu’ils les jugent résistants et qu’ils ne consomment pas de carburant », affirme-t-il, précisant que les prix des engins varient entre 200 000 et 400 000 F CFA.

Les commerçants se frottent les mains face à la tendance, Ph : Studio Yafa, juillet 2026, Ouagadougou

Selon le vendeur, une grande partie de ses clients sont des parents d’élèves. Pour les modèles destinés aux plus jeunes, il affirme limiter la vitesse de l’engin.  « Nous réduisons la vitesse à 20 km/h pour les enfants, même si certains de ces vélomoteurs peuvent atteindre 75 km/h », explique Abdoul Mohamine Ouédraogo.

Cet engouement profite également aux réparateurs. Certains mécaniciens se sont vite spécialisés dans l’entretien des deux-roues électriques. Au quartier Saint-Léon, l’atelier d’Idrissa Ouédraogo ne désemplit pas. Le jeune réparateur regrette refuser régulièrement des clients, faute de place.

À Ouagadougou, la moto électrique prend la route

« Je peux réparer plus de 20 motos par jour. Nous recevons des engins venant des provinces et nous envoyons même des pièces de rechange au Mali. Les pannes concernent souvent la poignée d’accélération ou les fils de la batterie, qui peuvent se couper ou se déplacer dans le coffre », diagnostique-t-il.  Pour lui, l’essor de ces engins représente une nouvelle source d’activité.

Par contre, l’utilisation de ces engins exige certaines précautions. Selon Idrissa Ouédraogo, plusieurs usagers, notamment les plus jeunes, les entretiennent comme des motos à essence. « Il ne faut pas laver toute la moto à grande eau, puisqu’elle contient des composants électriques. Il vaut mieux la nettoyer et, si nécessaire, laver uniquement les pneus. L’eau peut provoquer des courts-circuits », prévient-il.

Le garage de Idrissa Ouédraogo ne désemplit pas, Ph : Studio Yafa, juillet 2026, Ouagadougou

Plusieurs utilisateurs avouent avoir hésité au départ avant d’acheter un vélomoteur électrique. « Au début, j’ai hésité à acheter. J’avais peur. Même après l’achat, lorsque je sortais avec la moto, je n’étais pas tranquille », reconnaît Abdoul Aziz Guigma.

Le vendeur Abdoul Mohamine Ouédraogo dit avoir constaté les mêmes réserves chez ses premiers clients : « Certains s’interrogeaient sur la qualité et la durée de vie des batteries. Avec le temps, ils ont commencé à faire confiance à ces engins ».  

L’électrique reste encore minoritaire dans les rues de Ouagadougou, mais les usagers, les vendeurs et les réparateurs rencontrés constatent tous une progression de la demande. Dans son atelier de Saint-Léon, Idrissa Ouédraogo envisage à l’agrandissement de son espace pour accueillir davantage de clients.

Tiga Cheick Sawadogo