Commissariat mobile : la police débarque à l’université

Commissariat mobile : la police débarque à l’université

Des policiers sur le campus sans qu’il y ait du gaz lacrymogène dans l’air ni une course-poursuite avec les étudiants. C’est bien possible. Un commissariat mobile a pris ses quartiers à l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou. Pendant une semaine, il a offert ses services, de légalisation de documents en passant par l’établissement de cartes d’identité. Surtout, le commissariat s’est rapproché des populations pour co-construire la sécurité.

Université Joseph Ki-Zerbo. Sous un manguier à côté du mythique amphi A 600, il y a un attroupement. Des passants lancent des regards inquisiteurs et interrogateurs. Certains marquent des arrêts pour regarder avant de poursuivre. Les plus curieux s’approchent pour comprendre ce qui se passe.

L’équipe du commissariat mobile en activité, Ph : Studio Yafa, juillet 2026, Ouagadougou

Sous l’arbre, des policiers sont occupés, autour de trois tables. Certains vérifient des documents, d’autres y apposent des cachets. Un peu à l’écart, une autre équipe est affairée à établir des cartes d’identité. Prise d’empreintes, photographie, relevé de taille. L’ambiance rappelle un commissariat de police. C’est bien cela, mais celui-ci est mobile. Le Lieutenant de police Adama Sawadogo, responsable de l’équipe, explique que le travail ne se limite pas seulement à l’établissement de documents.

« Nous sommes là pour soulager les populations. Et tout policier est un agent de renseignement, s’il y a quelque chose, nous faisons remonter l’information à la hiérarchie. Avec notre présence, les gens se confient. Ça permet de créer un climat de confiance, le sentiment d’être en sécurité », explique-t-il entre deux légalisations de documents.

 Briser les barrières

Mohamed Tassembédo est à l’université pour assister à une soutenance de mémoire. Il en a profité pour légaliser ses documents. « Quand on voyait la police à l’université, c’est que c’est chaud, mais aujourd’hui, on peut voir la police avec nous, dans la quiétude », dit-il, arrachant au passage les rires des policiers occupés. Comme le Lieutenant de police Adama Sawadogo, Mohamed soutient qu’avec l’insécurité que vit le Burkina, c’est une bonne idée que la police se rapproche des populations. « On a besoin de cette proximité. Ça nous rassure, on peut communiquer plus facilement », se réjouit-il.

Les policiers saluent l’engouement de la communauté universitaire, Ph : Studio Yafa, juillet 2026, Ouagadougou

Mouniratou Zoungrana, est doctorante. Les bras chargés, elle vient de récupérer une pile de documents légalisés. Elle laisse échapper un soupir de soulagement. « On doit déposer des dossiers pour des recrutements. Nous n’avons pas assez de temps, nous courons un peu partout. Coup de chance, le commissariat est venu vers nous et cela nous facilite la tâche. Ils sont très organisés. Pour une quarantaine de documents, je n’ai pas pris plus de 10 minutes. Si je devais aller dans un commissariat, faire le rang, ça m’aurait pris toute la journée. C’est très bien réfléchi », apprécie la doctorante.

Kiswensida Alexia est étudiante en année de licence. Pour elle, qui dit être mal à l’aise d’aller dans les commissariats, ce mobile dans son environnement est une aubaine. Alors, elle en a profité pour régulariser ses documents. Mieux, elle a eu l’assistance des policiers pour acheter des timbres en ligne. Tout sur place. « Vraiment, je ne savais pas comment on achetait les timbres en ligne, mais il m’a guidé pas à pas. J’ai beaucoup apprécié, vraiment. Et puis, ici , je me sens mieux à l’aise par rapport à la police », salue Kiswensida Alexia.

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Un peu à l’écart, c’est le sergent de police, Clotilde Natama, qui est aux manœuvres pour les enrôlements en vue de l’établissement des cartes nationales d’identité burkinabè (CNIB) et les cartes d’identité de l’AES. Pour Carine Nikiéma, assistance hospitalo-universitaire de passage à l’université, c’est la chance du jour. « Ma pièce d’identité expire dans quelques mois, donc je profite pour renouveler et faire quelques légalisations. Ça permet de gagner du temps.  Après l’enrôlement, je poursuis mes activités tranquillement », indique-t-il.

Fin de journée pour le commissariat mobile, Ph : Studio Yafa, juillet 2026, Ouagadougou

Pour ce jour, plus de 400 copies conformes, 4 déclarations de perte, 7 certifications matérielles et 16 inscriptions pour l’établissement des cartes d’identité. Avec la nouvelle qui va s’épandre à toute la communauté universitaire, ces chiffres seront certainement plus importants le lendemain. Il est presque 16 heures. Les cachets sont rangés, les tables repliées, les chaises remontent dans le véhicule. Les derniers étudiants repartent avec leurs dossiers sous le bras. Le lieutenant Adama Sawadogo et son équipe ferment la portière. Demain, dès 8 heures, le commissariat mobile reprendra ses quartiers au milieu des amphithéâtres.

Lancé le 2 septembre 2025, le commissariat mobile propose les mêmes services qu’un commissariat classique : établissement de CNIB, légalisations, déclarations de perte, assistance aux victimes, sensibilisation et collecte de renseignements.

Tiga Cheick Sawadogo