La cour royale de Tiakané, dans la province du Nahouri, abrite un trésor historique inscrit au patrimoine national. Il s’agit de la case où aurait séjourné un explorateur français du nom de Binger. Aujourd’hui, ce lieu attire des visiteurs venus découvrir son histoire et son architecture traditionnelle kassena.
Une soirée comme les autres à Tiakané, village situé à 7 km de Pô, chef-lieu de la province du Nahouri. Le guide Isaac Bouliou nous attend pour une visite d’une partie du palais royal. Il s’agit d’une bâtisse communément appelée la « case de Binger ». Avant de commencer la visite, il revient sur l’origine de cette appellation.
L’histoire raconte qu’un explorateur français, poursuivi par des Djerma depuis Léo, une localité voisine, aurait trouvé refuge à Tiakané en 1887. A cheval, il aurait fui ses poursuivants avant d’arriver dans le village. Le chef Nikoué lui aurait alors offert l’hospitalité. Binger y serait resté pendant trois mois avant de poursuivre son chemin vers le Ghana.
« Suite à cela, la cour royale de Tiakané est entrée dans l’histoire du Burkina comme la case de Binger. Sinon, il n’a pas construit. Il est venu se réfugier », explique Isaac. La visite peut alors commencer. Mais, avant de franchir la porte du palais, Isaac rappelle une règle importante. « Il y a des interdits. Là où il y a une case du fétiche royal. Là-bas, on ne fait pas de photo. C’est le seul interdit », prévient-il.

La visite peut commencer. La porte est si basse qu’il faut se courber pour y entrer. Le visiteur met un premier pied à l’intérieur, se baisse pour faire entrer sa tête, tout le reste du corps avant de ramener le deuxième pied. Le visiteur se retrouve dans la première pièce de cette ancienne forteresse. C’est un grand espace construit comme un hangar. Au mur sont accrochés plusieurs tam-tams. Ils ne sont pas là juste pour décorer. Ces tam-tams occupent une place importante dans la vie du royaume. « C’est la première case. Dans la journée, la première femme du chef s’assoit ici. Les tam-tams que vous voyez sont les tam-tams du fétiche. Quand un vieux ou vieille meurt ou les jours de fêtes, c’est ce tam-tam qu’on utilise », explique Isaac.
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La visite se poursuit dans une autre chambre. Celle-ci servait autrefois de maternité. « Quand une femme veut accoucher, c’était ici qu’on l’amenait. Dans tout le village », explique le guide. Dans cette pièce, la femme qui devait accoucher pouvait rester deux à trois jours, avec des personnes chargées de l’assister.

Quelques pas plus loin, l’ambiance change. Nous arrivons dans la partie sacrée du palais. C’est la troisième chambre. Comme Isaac l’avait prévenu, les photos y sont interdites. L’autorisation est quand même donnée pour y entrer. La salle est sombre. Le guide nous permet d’allumer une lampe et nous utilisons celle de notre téléphone portable.
Un véritable labyrinthe
Il nous présente ensuite une autre chambre, plus discrète. « C’est là-bas que le chef et sa femme entrent pour les sacrifices. Les vieux patientent ici. Celle-là, même le mur, les étrangers ne touchent pas », poursuit le guide. La visite continue de chambre en chambre. Le style de construction reste le même, même si la taille des espaces varie.
Le guide conduit l’équipe vers une nouvelle chambre. « C’est la 7ᵉ, c’était pour une des femmes du chef. Elle restait avec ses petits-enfants », ajoute-t-il. Un autre espace attenant abrite une cuisine. Des foyers traditionnels sont encore visibles, dont certains réservés aux épouses du chef.

Puis vient la douzième chambre. « C’est la 12ᵉ chambre. C’est ici qu’on avait caché l’explorateur Binger », précise-t-il. Selon le guide, Binger passait la journée dans cette chambre. Dans la journée, il rejoignait un autre espace situé en hauteur. A notre arrivée, des chauves-souris s’échappent de la chambre. Le guide se veut rassurant : « Il n’y a rien. Ils ne font rien. Dans une maison kassena, vous ne pouvez pas entrer sans trouver de chauve-souris », explique-t-il.
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En poursuivant la visite, nous découvrons une autre chambre, assez vaste. Elle servait notamment d’espace de causerie. Tout à côté se trouve la chambre du chef de Tiakané. « Il y a une chambre en bas et il y a une chambre en haut », ajoute-t-il. En effet, une autre entrée permet de grimper dans une deuxième chambre. En bas à côté, une meule traditionnelle est également installée. C’est là que les femmes viennent moudre du mil ou du maïs. D’autres chambres réservées aux épouses du chef sont visibles. Elles disposent notamment d’une cuisine et d’un espace destiné au stockage de l’eau dans des canaris.

A ce niveau, nous avons déjà visité 22 chambres. La sortie se fait par une autre porte, presque insoupçonnée pour un visiteur qui découvre les lieux pour la première fois. Mais, Isaac n’a pas terminé. Il nous conduit vers des chambres situées à l’étage. Pour y accéder, un morceau de bois taillé avec des creux sert d’escalier. Il faut grimper à environ quatre à cinq mètres pour atteindre une terrasse aménagée en hauteur. L’endroit sert notamment d’espace de repos.
Des réfections pour faire résister au temps
Puis, l’on aperçoit une première case. « La nuit, il dort dans cette case et dans la journée, il est en bas », rappelle le guide. La case est bien décorée. Isaac nous présente ensuite la deuxième case où Binger aurait trouvé refuge. Son toit est couvert de paille. A cet étage, on compte encore 15 autres cases.
Des espaces sont aménagés pour mener diverses activités. Ces cases sont également décorées. « Dehors, c’est juste des décorations pour que le mur soit joli. Mais, dans les chambres, certaines ont des significations », explique Isaac. En réalité, cette forteresse est en cours de réfection. Abandonnée après la mort de l’ancien chef, son fils qui lui a succédé a entrepris des travaux pour la rajeunir. Il rappelle aussi que certains objets ont été rangés en attendant la réfection complète.
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Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la descente se fait finalement à moins de deux mètres de hauteur. Aujourd’hui, la « case de Binger » fait partie du patrimoine national et attire de nombreux visiteurs. En reconnaissance de l’hospitalité accordée à leur ancêtre, les petits-fils de Binger ont construit une école primaire à Tiakané en 1979.
Sa majesté Tikané pè, le chef de village de Tiakané explique que Binger s’est réfugié à Tiakané parce qu’il était le seul village disposant de véritables guerriers capables de défendre l’explorateur. Il met également en avant l’hospitalité des Kassenas. Le site accueille aussi régulièrement des étudiants qui viennent y effectuer des recherches dans le cadre de leurs mémoires.
Boukari Ouédraogo
