Le prix de la viande de bœuf connaît une nouvelle hausse sur les marchés de Ouagadougou. Le kilogramme, qui coûtait encore 3 250 à 3 500 F CFA en décembre 2025, atteint désormais jusqu’à 4 500 F CFA dans certaines boucheries. Des bouchers, des éleveurs et importateurs expliquent cette flambée notamment par la rareté des animaux, liée à la situation sécuritaire dans plusieurs zones d’élevage du pays.
Au marché de Gounghin, au centre de Ouagadougou, Pélagie Kambiré fait grise mine en cette matinée de jeudi. Restauratrice, elle vient s’approvisionner en viande de bœuf. Ce matin, elle achète un demi-kilogramme pour 2 250 F CFA, soit 4 500 F CFA le kilogramme. Pour elle qui vend des sandwichs faits à base de viande, la revente est encore plus difficile, surtout pour se faire des bénéficies. « Quand tu mets, les clients trouvent que la quantité n’est pas beaucoup pourtant, ce n’est pas de notre faute. C’est parce que la viande est chère sur le marché », déplore Pélagie Kambiré.
Il y a seulement un mois, le kilogramme de viande de bœuf se négociait autour de 4 000 F CFA. Et en décembre 2025, le même kilogramme coûtait entre 3 250 et 3 500 F CFA au marché de Gounghin, un quartier de Ouagadougou.
Derrière sa grille, le boucher Ibrahim reconnaît cette hausse des prix. Selon lui, elle ne date pas d’hier et aurait commencé il y a deux à trois ans. Mais le commerçant rejette la responsabilité sur les éleveurs et les grands marchands qui approvisionnent les boucheries. « Nous, on ne part pas dans les villages. Il y a les grands marchands qui y partent pour acheter les bœufs et tuer. Nous n’achetons que les carcasses », explique-t-il. Pour le boucher, il n’a pas le choix que de vendre en fonction du prix du marché pour se faire des bénéficies. « C’est dû à la rareté des animaux. Nous, nous sommes au centre-ville. Nous ne savons pas quoi dire. Mais ce n’est pas que la viande. C’est ainsi partout », tente-t-il d’expliquer.
La rareté des animaux fait grimper les prix
Pour illustrer la hausse du prix du bétail, Ibrahim sort son smartphone et montre une discussion WhatsApp avec un éleveur. A l’appui, la photo d’un bœuf plutôt chétif. « Il m’a dit 650 mille et moi, j’ai dit 250 000. Il m’a dit dernier prix combien ? Vous voyez 500 000 là ? On n’a plus discuté », raconte Ibrahim.

Pour mieux comprendre les causes de cette flambée, direction le principal parc animalier de Ouagadougou, au quartier Kossodo, à l’opposé du quartier Goughin de Ouagadougou. Les vendeurs de bétail sont regroupés sous un arbre, dans l’attente d’éventuels acheteurs.
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Alidou Tiendrébéogo, secrétaire adjoint des vendeurs, confirme une hausse des prix observée depuis 2023. Le prix d’un bœuf moyen est ainsi passé, selon lui, de 350 000 à 700 000 F CFA. Pour le vendeur, la situation sécuritaire dans les principales zones d’élevage du pays explique en grande partie cette hausse. « Quand vous partez au marché et qu’il y a par exemple 5 bœufs alors que d’habitude, il y a 300 bœufs, forcément le prix va augmenter puisque chacun veut. Et quand vous achetez cher pour venir ici, le boucher aussi achète cher et quand il rentre, il tue, ah, il va aussi vendre cher pour rentabiliser son argent !», explique Alidou Tiendrébéogo.
A cette difficulté d’approvisionnement s’ajoute celle de l’importation du bétail en provenance notamment du Niger, du Bénin et du Togo. Le Burkina Faso étant également un pays de transit vers d’autres destinations, notamment la Côte d’Ivoire, les acteurs du secteur estiment que les mesures prises pour approvisionner le marché national ont aussi eu des effets inattendus.
La Ligue des consommateurs tire la sonnette d’alarme
Début mai, le gouvernement a décidé de suspendre l’exportation du bétail afin de favoriser l’approvisionnement du marché national. Mais selon les acteurs, cette mesure n’a pas immédiatement produit les effets escomptés. « Avant, on permettait de sortir et il y avait les moutons. Mais avec cette mesure, le matin même de la Tabaski, il n’y avait rien. Ce qui explique ça, c’est qu’à la prise de la mesure, des gens étaient déjà au Niger pour acheter et venir mais à cause de la mesure, ils ont arrêté », détaille Alidou Tiendrébéogo. Selon lui, une part du marché se trouve hors du Burkina Faso. Avec l’interdiction, certains commerçants ont aussi réduit leurs activités. « Certains allaient laisser une partie ici et envoyer l’autre partie en Côte d’Ivoire », explique un acteur du secteur », précise-t-il.
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La hausse du prix de la viande préoccupe également la Ligue des consommateurs. L’organisation dit constater une flambée des prix sur plusieurs autres produits de grande consommation, notamment le poisson, les légumes, le ciment et certaines boissons. Son président, Marcel Kouraogo, dénonce une situation qu’il juge injuste et préoccupante pour les ménages. « Nous dénonçons cette situation de fait que nous estimons injuste et anormale qui affaiblit le pouvoir d’achat du consommateur et le met dans des situations de précarité quand on sait que le poisson et la viande sont des éléments essentiels pour la nutrition des populations », déclare-t-il.
La Ligue des consommateurs appelle ainsi les autorités à agir davantage sur les prix de ces produits de grande consommation. Parmi les pistes proposées figure notamment une régulation des prix, à l’image de la mesure récemment appliquée à la plaquette d’œufs. En attendant d’éventuelles nouvelles mesures, la pression reste forte sur le marché de la viande. Et la situation pourrait encore se détériorer avec la rareté croissante des animaux dans la capitale, accentuée par le récent relogement du principal parc à bétail dans un espace ouvert au quartier Polosgo.
Martin Kaba
