Adoptée en Conseil des ministres le 25 juin, une nouvelle mesure impose désormais aux Burkinabè de solliciter une autorisation du ministère en charge de l’Enseignement supérieur avant d’aller poursuivre des études à l’étranger. Les autorités évoquent un meilleur suivi des étudiants et la prévention de certains « cas sociaux ». Sur le terrain, la décision suscite autant d’inquiétudes que d’espoir.
Dans les locaux de Travel Express, une agence spécialisée dans l’accompagnement des étudiants vers l’étranger, Laura Bonctogo poursuit les dernières démarches avant un départ qu’elle espère imminent. Nouvelle bachelière, elle doit rejoindre la Chine dans quelques semaines pour étudier la diplomatie et les relations internationales. Mais entre son admission et son envol, une nouvelle étape s’impose désormais : obtenir une autorisation du ministère en charge de l’Enseignement supérieur.
La jeune fille a découvert la mesure sur les réseaux sociaux. Sa première réaction a été l’inquiétude. « J’ai appris l’information sur les réseaux sociaux. Honnêtement, quand j’ai vu l’information, j’ai eu peur parce que je me suis dit que si on doit demander une autorisation, c’est qu’ils peuvent la refuser », se souvient Laura lorsque l’information lui est parvenue. Mais, sa compréhension a changé : « Mais après, je me suis dit que tant que c’est pour aller faire des études, je ne pense pas qu’ils vont refuser ».
Des gens se font berner
Cette autorisation est désormais obligatoire pour tous les étudiants souhaitant poursuivre une formation à l’étranger. Annoncée lors du Conseil des ministres du 25 juin, la mesure répond, selon le ministre en charge de l’Enseignement supérieur, Ardjima Thiombiano, à la volonté de mieux suivre les parcours des étudiants burkinabè hors du pays. « Pour que nous puissions avoir un regard sur le contenu de la formation de l’enfant parce que nous avons remarqué qu’il y a beaucoup d’enfants qui sortent du pays mais qui se retrouvent être des cas sociaux à l’étranger », a expliqué le ministre.
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Les autorités préviennent également qu’un diplôme obtenu sans cette autorisation préalable ne sera pas reconnu par l’État burkinabè. Pour Armel Bakouan, président-directeur général de Travel Express, cette décision fait écho à des réalités observées depuis plusieurs années. Son agence est régulièrement sollicitée par des étudiants confrontés à des difficultés une fois arrivés dans leur pays d’accueil.
« Dans le domaine, il y a plein de gens qui se font berner et d’autres se font arnaquer. Certains aussi arrivent là-bas en pensant que la scolarité était déjà payée et se retrouvent souvent en déphasage avec ça. Il y a plein d’éléments qui entrent en jeu et qui font que c’est assez difficile pour certains », souligne-t-il.
Une décision qui permet un contrôle
Au-delà de ces situations, le gouvernement affirme vouloir mieux identifier les étudiants burkinabè installés dans les universités étrangères et limiter les risques d’endoctrinement. Une orientation que le Pr Dominique Bonkoungou accueille favorablement. Lui-même accompagne actuellement sa fille, nouvelle bachelière, dans ses démarches d’inscription à l’étranger. « C’est toujours intéressant de savoir ce que ses enfants font à l’extérieur. Ça sera une base de données fiable et importante et ça permettra aussi, à tout moment, que l’État sache qu’on a un enfant à gauche et à droite qui peut faire un travail au lieu de faire venir un expatrié », suppose Dominique Bonkoungou.
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Si le principe convainc, sa mise en œuvre soulève néanmoins des questions. Armel Bakouan insiste sur l’importance d’une procédure rapide, adaptée aux délais parfois très courts imposés par les universités étrangères. « Il ne faudrait pas que les autorisations soient centrées sur un seul site. Il va falloir décentraliser afin que ce soit accessible. Pourquoi pas en ligne ? On fait la demande, on soumet les documents qu’il faut et on peut générer ça le même jour ou en 24 heures », propose Armel.
Un demande en ligne
Ces préoccupations ont conduit le ministère à organiser une conférence de presse pour préciser les modalités d’application. Le secrétaire général du ministère, le Pr Samuel Paré, a annoncé que les demandes se feront via une plateforme numérique, avec un délai de réponse fixé à 72 heures. L’examen des dossiers prendra notamment en compte la formation choisie, le pays d’accueil et le mode de financement des études. « La demande est gratuite. Aujourd’hui, avec la digitalisation, on peut même acquérir les timbres en ligne. Tout le reste du processus est vraiment sans aucun frais. »
Les étudiants déjà en formation à l’étranger disposent, eux, de trois mois pour régulariser leur situation, faute de quoi leurs diplômes ou grades pourraient être déclarés nuls par l’État. Pour Laura Bonctogo, ces précisions ont fini par dissiper les doutes. Désormais rassurée, elle attend de rejoindre la Chine avec une ambition intacte : revenir au Burkina Faso pour mettre sa formation en diplomatie et relations internationales au service de son pays.
Martin Kaba
