Plusieurs facteurs favorisent la circulation illicite des armes au Burkina Faso. Elles sont récupérées parfois lors d’attaques terroristes ou par des circuits clandestins venus de pays voisins. Pour limiter la prolifération illégale des armes, les autorités mettent l’accent sur le contrôle.
Depuis 2013, un homme ayant requis l’anonymat pour des raisons de sécurité détient une arme à feu de petit calibre. Il s’agit d’un pistolet automatique. Pour ce transitaire de profession, posséder cet outil est nécessaire à cause des risques liés à ses activités professionnelles.
Selon ses propos la détention d’une arme implique avant tout une responsabilité. « Obtenir une arme, pour un civil, au début, il faut se préparer moralement d’abord. (…) Avec l’idée d’en posséder, vous aurez le sentiment que vous êtes comme un FDS. Or, sur le permis de port, il est interdit à tout civil détenteur de s’exhiber avec », explique-t-il.
Plus de 250 mille armes en circulation
Notre interlocuteur affirme posséder les documents requis permettant la détention de son arme à feu. Mais ce n’est pas toujours le cas. La Commission nationale du contrôle des armes (CNCA) estime que 250 mille à 400 mille armes légères et de petit calibre circulent illicitement dans le pays. Pour le lieutenant-colonel Jean Sylvestre Korogo, secrétaire permanent de la CNCA, plusieurs facteurs expliquent cette situation.
« Lors des attaques, par exemple, des armes sont emportées par les assaillants et se retrouvent de façon illicite en circulation dans le pays », explique-t-il. En plus, dans certains milieux, les magasins d’armes ne sont pas construits dans les normes.
L’autre cause concerne l’importation illicite en provenance de pays en guerre. Selon les informations recueillies, un marché noir s’est développé à partir de Bawku, une localité ghanéenne frontalière des communes burkinabè de Bittou et Zabré. Un pistolet automatique y serait vendu autour de 150 mille F CFA. Par contre, il reste difficile de recueillir des témoignages de détenteurs illégaux d’armes à feu.
Une insécurité alimentée par la prolifération des armes
Pour le lieutenant-colonel Jean Sylvestre Korogo, les conséquences de cette circulation illicite sont considérables pour le Burkina Faso. « Dans un pays, s’il y a beaucoup d’armes qui circulent illicitement, vous allez remarquer des phénomènes comme les attaques à main armée, les braquages et aussi une insécurité grandissante au niveau de la population », explique-t-il. Jean Sylvestre Korogo souligne également que la circulation illicite des armes peut favoriser des grands phénomènes comme les conflits des phénomènes comme le terrorisme.
Au Burkina Faso, la loi impose trois documents pour posséder une arme à feu. Il s’agit d’abord d’une autorisation d’acquisition. Ensuite, il faut acquérir un permis de détention puis un permis de port. Ces documents sont délivrés par le ministère de la Sécurité, après une enquête de moralité, ainsi que par la mairie de la zone de résidence.
Mais cette procédure est jugée trop longue par certains professionnels du secteur. Un armurier ayant requis l’anonymat estime qu’elle peut s’étaler au-delà d’une année et pousser certains candidats vers le marché noir. « Lorsqu’on durcit l’autorisation d’acquisition, les brebis galeuses, vont au Ghana où des armes se vendent comme des arachides. Elles vont avoir des armes qui n’ont pas d’autorisation », regrette-t-il.
Mettre l’accent sur la sensibilisation
Pour venir à bout du phénomène, les acteurs misent sur la sensibilisation. L’Association des fabricants, réparateurs, revendeurs, importateurs de munitions et d’armes (AFRIMA) s’engage aux côtés de la CNCA. Son président, Bilal Coulibaly, reconnaît l’existence d’armuriers indélicats et imprudents, tout en insistant sur le respect des procédures légales.
« Aucun armurier ne vent une arme avec les papiers. Si la moralité est bonne, on vous donne la constitution du dossier. Et vous déposez ce dossier soit, à la gendarmerie, si votre zone n’a pas de police, soit au commissariat de police. Et c’est après les enquêtes que l’autorité compétente va vous délivrer l’autorisation d’achat », explique-t-il.
En 2025, l’État burkinabè a adopté une stratégie nationale de gestion des armes et des munitions. Étalée sur quatre ans, cette disposition vise à renforcer le contrôle des stocks étatiques et à enrayer la prolifération illicite des armes légères et de petit calibre. Les acteurs rencontrés sont unanimes : contrôler la circulation des armes demeure une nécessité pour le Burkina Faso, déjà confronté aux groupes armés terroristes.
Martin Kaba
