La gratuité des soins continue de bénéficier à des milliers de Burkinabè, notamment les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans. Mais son financement reste fragile. Le rapport de monitoring alternatif du Conseil burkinabè des organisations de développement communautaire ( BURCASO) relève un recul de la part du budget national consacrée à la santé et appelle à préserver les acquis du dispositif.
« Quand mon enfant tombe malade, je vais directement au centre de santé. Je sais qu’il sera pris en charge. » Ce témoignage, rapporté dans le deuxième Rapport annuel de monitoring alternatif des actions du secteur de la santé, illustre l’importance de la gratuité des soins pour de nombreux Burkinabè.
Les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans continuent notamment de bénéficier de la gratuité des soins dans les formations sanitaires publiques.
Selon le rapport de BURCASO, la gratuité des soins demeure l’une des principales avancées du système de santé burkinabè. Le panier de prestations s’est notamment élargi avec la prise en charge de nouveaux services. Par exemple, la radiothérapie, les traitements contre le VIH, les cliniques mobiles et les interventions du Service d’Aide Médicale Urgente (SAMU).
Autre évolution relevée dans le rapport. La mise en place de l’application FIS-Gratuité, destinée à améliorer le suivi des remboursements dus aux formations sanitaires et à renforcer la transparence dans la gestion du dispositif. Mais ces avancées ne doivent pas occulter les difficultés persistantes du dispositif.
Des médicaments et consommables encore en rupture
Dans certaines localités, le retrait d’établissements privés du dispositif réduit les possibilités de prise en charge. Le rapport fait également état de ruptures fréquentes de médicaments et de consommables médicaux.
Des patients continuent par ailleurs de payer certains soins pourtant censés être gratuits. À cela s’ajoutent les retards de remboursement de l’État aux formations sanitaires. Selon le rapport, les arriérés sont estimés à plus de 54 milliards de francs CFA, accumulés depuis 2016.
Dans les villages, les agents de santé à base communautaire poursuivent également leurs activités auprès des populations. Ils interviennent notamment dans la prise en charge du paludisme simple, le suivi nutritionnel des enfants et l’orientation des femmes enceintes. Le rapport relève toutefois des retards dans le versement de leurs motivations financières.
Le financement, principal point de tension
Le financement public de la santé connaît toutefois un recul. Selon le rapport de BURCASO, la part du budget national consacrée à la santé s’est établie à 9,99 % en 2025, contre un objectif national de 12,7 %. Ce niveau reste également inférieur aux 15 % recommandés dans le cadre de la Déclaration d’Abuja.
Pourtant, les auteurs du rapport soulignent que le secteur de la santé a démontré sa capacité à utiliser les ressources qui lui sont allouées, avec un taux d’exécution budgétaire de 99 % en 2023 et en 2024.
Dans le même temps, le budget consacré à la gratuité des soins est passé de 29 milliards à 21 milliards de francs CFA en douze mois, selon le rapport.
Le RAMU poursuit son déploiement
Parmi les réformes engagées dans le secteur figure également le Régime d’Assurance Maladie Universelle (RAMU), dont le déploiement se poursuit. À la fin de l’année 2025, 345 129 personnes étaient immatriculées et plus de 164 000 cartes d’assurés avaient été distribuées.
Le rapport souligne toutefois plusieurs défis, notamment le manque de personnel au sein de la Caisse nationale d’assurance maladie universelle, sa faible présence dans les provinces et la stagnation des contributions de l’État. Aux côtés de l’État, les organisations de la société civile continuent d’appuyer les services de santé.
En 2025, elles ont notamment contribué à retrouver et vacciner des enfants n’ayant reçu aucune dose de vaccin, dépisté plus de 6 000 cas de malnutrition aiguë sévère dans le Kadiogo et accompagné plus de 800 femmes enceintes vers les consultations prénatales.
Les recommandations de BURCASO
Pour préserver les acquis du système de santé, les auteurs du rapport recommandent notamment de porter, dès 2026, la part du budget national consacrée à la santé à 15 %, d’apurer les dettes envers les formations sanitaires et de garantir le financement de la gratuité des soins pendant la montée en puissance du RAMU.
Ils préconisent également de renforcer le soutien financier aux agents de santé à base communautaire ainsi qu’aux organisations de la société civile.
À mesure que le RAMU poursuit son déploiement, l’enjeu est ainsi de préserver les acquis de la gratuité des soins tout en garantissant aux formations sanitaires les ressources nécessaires à leur fonctionnement. Pour BURCASO, cela passe notamment par un financement public renforcé et par le règlement des arriérés dus aux structures sanitaires.
Yvette Nadège Mossé
