A Ouagadougou, les casques fatigués s’offrent une seconde vie chez Issaka
Issaka Kaboré a fait de la réparation et de l'entretien des casques son business, Ph : Studio Yafa

A Ouagadougou, les casques fatigués s’offrent une seconde vie chez Issaka

Contrôles renforcés oblige, le casque est devenu le compagnon quotidien des motocyclistes à Ouagadougou et partout au Burkina Faso. Mais à force de servir, il s’use. Mousses fatiguées, coque ternie, visière qui se voile. Faut-il pour autant le remplacer ? Pas forcément. À Kalgodin, un quartier de la capitale, l’artisan Issaka Kaboré lui offre une seconde vie.

Il est un peu plus de 10 heures du matin à Kalgodin, un quartier de Ouagadougou. Dans l’atelier d’Issaka Kaboré, l’odeur de colle et de savon flotte dans l’air. Sur l’établi, des casques attendent leur tour. Certains ont des visières rayées, d’autres des coques ternies, ou des sangles fatiguées. Ici, un casque usé n’est pas forcément un casque fini, bon pour la poubelle.

Depuis que les contrôles se sont durcis sur le port du casque, les motocyclistes n’ont plus le choix. Il faut le porter, et tous les jours. Résultat, l’équipement souffre. Il prend la poussière, la transpiration imprègne les mousses. Le plus souvent, la visière se voile et finit par gêner la vue.

Un diagnostic avant toute chose

Sur l’établi, un casque porte visiblement les marques du temps. Sa visière est rayée, ses mousses ont perdu leur fraîcheur. Issaka Kaboré, la quarantaine, le prend en main, le tourne, le scrute sous tous les angles. Chez lui, tout commence par un examen minutieux. D’abord les mousses, ensuite la visière, système d’attache, ainsi de suite…Chaque pièce passe en revue. Ce qui peut être sauvé l’est, le reste est remplacé.

« D’abord, on regarde le casque lui-même : est-ce que la coque est toujours en bon état ? Si seul le tissu est abîmé, le polyester, on peut réparer. Tant que la matière de la coque n’est pas endommagée, on peut réparer. Et tout ce qu’il y a à l’intérieur, on peut le changer », explique-t-il.

Le lavage, premier motif de visite

Par contre, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce ne sont pas toujours de grosses réparations qui amènent les clients à l’atelier. Souvent, ils viennent simplement pour faire nettoyer leur casque.

« En un mois ou deux à peine, le casque devient sale. Les gens viennent donc pour le laver, c’est ce qu’ils demandent le plus souvent. Mais même quand c’est juste pour un lavage, on regarde ce qui est abîmé et on propose le service au client », confie l’artisan.

Parmi les clients du jour, un motocycliste, qui préfère garder l’anonymat, est venu récupérer son casque. Quotidiennement utilisé, il a fini par perdre son allure d’origine, et sa visière lui joue des tours. « Un casque, ça coûte cher, on ne peut pas le laisser se détériorer en moins d’un an. On m’avait dit qu’ils pouvaient bien le nettoyer. La visière, quand tu la baisses, tu ne vois plus bien », témoigne-t-il.

Son cas n’est pas isolé, mais il reste plutôt rare. Chez beaucoup d’usagers, entretenir son casque n’est pas encore un réflexe.

Bien choisir pour durer

Tous les casques ne peuvent cependant pas être sauvés. Pour éviter d’en arriver là, l’artisan insiste sur le choix à l’achat.

« Je conseille de prendre un casque adapté à la taille de sa tête. S’il est trop grand, le vent peut poser problème. Ensuite, il faut regarder la qualité : le polyester rigide est plus résistant que le polyester mou. Il en va de même pour les tissus. Certains sont assez solides et ne s’abîment pas vite, d’autres peuvent se déchirer au bout de quelques mois seulement », prévient-il.

Laver, réparer, remplacer une pièce…ces gestes suffisent parfois à redonner vie à un casque fatigué. Alors que son port est devenu incontournable sur nos routes, prendre soin de ce compagnon de tous les jours pourrait bien devenir un réflexe. Car un casque bien entretenu, c’est un casque qui continue de protéger, et de servir, dans de bonnes conditions.

Aimé Roland Ouéadraogo

Kadidia Diallo