Burkina: À la MACO, Octobre rose franchit les portes de la prison

Burkina: À la MACO, Octobre rose franchit les portes de la prison

Même derrière les barreaux, le message d’Octobre rose parvient aux femmes. Le week-end dernier, deux associations de lutte contre les cancers féminins ont franchi les portes de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) pour sensibiliser et dépister les femmes détenues.

Samedi, jour de visite à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou. Il y a du monde aussi bien sous le hangar au grand dehors où attendent les visiteurs que dans la cour. Là, quelques détenus finissent des corvées matinales, pendant que d’autres embarquent dans des véhicules, probablement pour des travaux à l’extérieur de la prison. Progressivement la grande cour s’anime. Des visiteurs, les bras chargés de fruits et autres victuailles, rencontrent des détenus qu’ils sont venus voir.

Le couloir menant au quartier des détenues, Photo: Studio Yafa, Ouagadougou, 03 octobre 2026.

Les retrouvailles sont souvent chaleureuses. Au même moment, un groupe de femmes se dirige vers la Maison d’arrêt et de correction pour femmes. Mais avant d’entrer, la directrice, l’Inspectrice de sécurité pénitentiaire Mariam Zangoeba, donne quelques consignes. Par exemple, il est interdit de filmer les détenues de face. Les images devront être floutées avant toute diffusion. Puis, elle ouvre la marche.

Les femmes de tout âge sont assises. Comme dans une grande famille en réunion. Après les salamalecs, les organisatrices rappellent qu’en ce mois d’octobre rose, elles sont encore là, comme les années précédentes, pour sensibiliser et dépister sur les cancers du sein et du col de l’utérus. « Quand vous serez avec la sage-femme, posez toutes les questions. C’est vrai que c’est une maladie qui fait peur au regard du nombre de morts, mais un cancer dépisté tôt se guérit au Burkina », insiste Larissa Bognama, vice-présidente de Tieta Main Tendue, une des associations initiatrices.

Des images pour briser les tabous

Rasmata Derra de l’Association burkinabè pour le bien-être familial (ABBF) est la principale animatrice de la séance de sensibilisation. Elle porte le message du dépistage précoce, en langue mooré. « Il n’y a pas de signe évident qui puisse alerter une personne qu’elle a le cancer. Voilà pourquoi on encourage les femmes à faire le dépistage. Parce que quand vous allez sentir que vous avez, c’est que des organes ont commencé déjà à être touchés. Nous ne souhaitons pas cela. Il y a des cas où on va couper un sein, ou les deux seins même…ou même le col de l’utérus », insiste l’animatrice.

Rasmata Derra images en main pendant la sensibilisation, Photo: Studio Yafa, Ouagadougou, 03 octobre 2026.

Avec des images à l’appui, elle capte l’attention de son auditoire attentif. Les facteurs de risques, les signes qui doivent alerter, la routine de la consultation sont ainsi rappelés aux détenues. « Dès qu’une fille a déjà connu un rapport sexuel, elle doit faire le test de dépistage du cancer du col de l’utérus », précise Rasmata. De quoi arracher le sourire dans l’assemblée quand une détenue affirme qu’aucune femme ne connaît intimement un homme parmi elles. Malgré la gravité du sujet abordé, l’atmosphère se décrispe avec des éclats de rire.

La séance se poursuit ensuite avec une démonstration de l’autopalpation des seins. « Notre démarche, c’est vraiment pour vous mettre en alerte », poursuit-elle. Par conséquent, elle encourage surtout toutes les femmes à prendre part au dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus offert par les deux associations organisatrices.

Une matinée de consultation

Potaani (nom d’emprunt d’une détenue) est celle qui donne le ton des applaudissements spéciaux, en signe de remerciement. Puis, organisées en groupe de plusieurs, les détenues sortent. Elles se dirigent à l’infirmerie pour les deux dépistages. Comme si le message était bien passé, le nombre de femmes inscrites pour le dépistage augmente après la sensibilisation. Ce sont au total 45 détenues qui ont été dépistées en quelques heures.

Potaani se réjouit que le message d’octobre rose soit porté aux femmes détenues, Photo: Studio Yafa, Ouagadougou, 03 octobre 2026.

Nopoko nous explique qu’elle entendait parler de cancers du sein et du col de l’utérus, sans savoir ce que cela impliquait. Elle dit avoir tiré le maximum d’informations à l’issue de la sensibilisation. «  Quand j’étais dehors, je n’avais pas le temps d’aller écouter les sensibilisations et conseils, mais ici c’est différent. C’est vrai que la vie d’ici n’est pas facile, mais grâce à Dieu, c’est parce que nous sommes ici aussi que nous apprenons certaines choses », dit-elle, le sourire en coin.

Sa codétenue Potaani également admet qu’elle avait des idées reçues sur les cancers. Désormais, elle saura comment s’autopalper les seins. « Avec la sensibilisation de ce matin, on est convaincu que les cancers sont une réalité. On a vu les images. La sensibilisation va changer notre façon de voir le cancer et nos habitudes. Avant, je ne savais pas faire l’autopalpation des seins. Je vais le faire maintenant », dit-elle, avant d’ajouter qu’elle pourra, à son tour, être un relais pour la sensibilisation.

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« Quand on est en détention, on est privé de beaucoup de choses. Elles ne peuvent pas aller faire le dépistage ailleurs.  Rien que la sensibilisation, ça les a galvanisés. Elles savent qu’il y a des gens qui pensent à elles », apprécie pour sa part Mariam Zangoeba, Directrice de la maison d’arrêt et de correction pour femmes. Un message confirmé par Marceline Sidiyane, vice-présidente de l’Association zéro cancer féminin, co-organisatrice de la campagne :  « On se dit qu’elles n’ont pas accès aux soins comme les autres femmes en liberté ». 

Larissa Bognama ( badge vert) et Marceline Sidiyane veulent zéro cancer féminin, Photo: Studio Yafa, Ouagadougou, 03 octobre 2026.

Larissa Bognama, vice-présidente de Tieta Main Tendue, note quant à elle, que la sensibilisation doit être continue. Raison pour laquelle, chaque année, à l’occasion d’Octobre rose, le message est porté derrière les barreaux. Par ailleurs, elle rassure que les cas suspects détectés parmi les détenues feront « l’objet d’examens approfondis et si c’est nécessaire seront pris en charge… ».

Après avoir été reçues par l’équipe médicale, loin des regards, Nopoko et Potaani regagnent leur quartier carcéral. Avec d’autres co-détenues, elles sont accompagnées par des gardes de sécurité pénitentiaire. Au moins aujourd’hui, elles ont, un tant soit peu, oublié leur condition de prisonnières pour penser à leur santé.

Tiga Cheick Sawadogo