À Bobo-Dioulasso, dans la région du Guiriko, les résidus de mangue trouvent une seconde vie. Depuis juillet 2022, l’Atelier de fabrication d’aliments pour bétail enrichis à la mangue (AFABEM) transforme ces déchets en aliments destinés aux poissons, aux bovins, aux porcins et à d’autres animaux. Une initiative qui contribue à la valorisation des déchets agricoles, à l’assainissement du cadre de vie, tout en offrant des perspectives d’emploi aux jeunes.
À l’intérieur de l’atelier AFABEM, situé au quartier Bobo 2010, une odeur de fruits flotte dans l’air. Des sacs de 50 et 100 kilogrammes sont soigneusement disposés sur des bancs. Ils contiennent des aliments pour animaux sous forme de granulés. Leur particularité : ils sont fabriqués à partir de résidus de mangue, habituellement considérés comme des déchets.
À l’origine de cette initiative, Mohamed Traoré, un entrepreneur qui a décidé de faire des déchets issus de la transformation de la mangue une matière première pour l’alimentation animale. « Les déchets de la mangue dans la nature étaient à l’origine de beaucoup de problèmes et les unités de transformation cherchaient des voies et moyens pour s’en débarrasser », explique-t-il.
Face aux quantités importantes de résidus générés par les unités de transformation, le promoteur a choisi de leur donner une nouvelle utilité. « L’idée est vraiment partie d’essayer de valoriser cette quantité-là et de rediriger cela vers l’élevage », précise Mohamed Traoré.
Une production qui se poursuit au-delà de la saison des mangues
L’un des défis de cette activité reste la disponibilité de la matière première. Au départ, AFABEM fonctionnait essentiellement pendant la campagne de la mangue. Mais l’entreprise a progressivement développé une méthode de conservation pour maintenir sa production au-delà de cette période.
Selon Mohamed Traoré, le processus comprend notamment une phase de concentration et de stockage. « C’est suite à des années de réflexion qu’on a décidé de passer à la concentration et au stockage, ce qui permet de travailler même après la campagne mangue », poursuit-il.
Cette organisation permet aujourd’hui à l’atelier de produire en moyenne 700 kilogrammes d’aliments par jour. Les produits sont destinés à différentes espèces animales, notamment les bovins, les porcins, les poissons et les autres ruminants.
Des aliments appréciés par des éleveurs
La production d’AFABEM approvisionne des éleveurs et des grossistes de Bobo-Dioulasso. Parmi les clients figure Abidini Ouédraogo, qui utilise ces aliments pour ses animaux. « C’est un partenaire fiable avec qui je travaille beaucoup. J’ai beaucoup utilisé ses produits et c’est vraiment de qualité puisque j’ai expérimenté avec mes sujets », témoigne-t-il.
L’éleveur affirme avoir notamment utilisé ces aliments pour des bœufs et des lapins. Pour répondre aux besoins nutritionnels des différentes espèces, l’entreprise développe des formulations adaptées. Selon les responsables, les produits font également l’objet d’analyses en laboratoire afin de vérifier leur qualité.
L’initiative bénéficie par ailleurs d’une collaboration avec la direction régionale en charge des ressources halieutiques du Guiriko. Jacques Ouangraoua, directeur régional, souligne l’importance de la formulation des aliments en fonction des besoins spécifiques des animaux.
« Chaque formule va répondre à des besoins en fonction de l’espèce animale. […] Ce sont des aliments formulés selon les standards et donc en répondant aux besoins de chaque espèce animale », indique le directeur régional.
Transformer les déchets en ressources
Au-delà de l’alimentation animale, AFABEM entend contribuer à la réduction des déchets issus de la transformation de la mangue. Dans une ville comme Bobo-Dioulasso, où la filière mangue occupe une place importante dans les activités agroalimentaires, la gestion des résidus représente un défi pour les unités de transformation.
En récupérant une partie de ces matières pour les intégrer à la fabrication d’aliments pour animaux, l’entreprise participe à une démarche d’économie circulaire : les déchets d’une activité deviennent des ressources pour une autre.
Cette valorisation contribue à l’assainissement du cadre de vie et s’inscrit dans une dynamique de création d’activités économiques. Pour Mohamed Traoré, les ressources locales peuvent apporter des réponses à certains défis environnementaux et alimentaires.
Bruno Yao, correspondant à Bobo dioulasso
