Dans les marchés de Ouagadougou, slips, soutiens-gorge et autres sous-vêtements de seconde main trouvent des acheteurs. Appréciés pour leur prix et leur qualité, ces articles suscitent néanmoins des inquiétudes liées à l’hygiène intime. Entre ceux qui refusent catégoriquement d’en porter et ceux qui les préfèrent aux produits neufs, les avis divergent. Mais que dit la médecine sur les risques sanitaires liés à cette pratique ?
Au marché du 15, à Ouagadougou, les vêtements de seconde main, communément appelés « yougou-yougou », occupent une place importante dans les activités commerciales. Parmi les articles proposés figurent également des sous-vêtements pour hommes et femmes. Une marchandise qui, malgré son caractère intime, trouve sa clientèle.
Pour certains consommateurs, le choix de la lingerie de seconde main est avant tout une question de qualité. C’est le cas d’Aminata, nom d’emprunt, qui préfère acheter ses slips dans les friperies plutôt que dans les boutiques de prêt-à-porter.
« L’achat de slips, moi, je pense que c’est mieux par rapport à ce qui est neuf. Parce que, parfois, le même jour, au moment de porter, ça peut se déchirer. Ou alors tu sens que tu n’es pas à l’aise, que la coupe ne te convient pas », explique-t-elle.
La jeune femme estime trouver dans les friperies des sous-vêtements plus résistants et mieux adaptés à sa morphologie. Un avis partagé par Éric Belem, jeune commerçant, qui achète également ses dessous sur le marché de la seconde main.
« Moi, j’utilise bien les chocotos en friperie. C’est la qualité qui me guide. Je n’ai jamais eu de problème en utilisant ça », affirme-t-il. Pour lui, ces articles présentent également un avantage économique par rapport aux produits neufs, qu’il juge plus chers.
Une question d’intimité qui divise
Si Aminata et Éric ne voient aucun inconvénient à porter des sous-vêtements de seconde main, cette pratique est loin de faire l’unanimité. Rafia Simporé, étudiante, apprécie les vêtements de friperie. Mais pour les sous-vêtements, elle fixe une limite : pas question de porter ceux qui ont déjà servi à une autre personne.
« C’est trop intime pour prendre les friperies. Je me dis que ce sont des choses que des gens ont déjà portées. Peut-être que la personne avait des maladies », explique-t-elle.
Cette crainte liée à l’hygiène intime constitue l’une des principales réserves exprimées à l’égard de la lingerie de seconde main. Les consommateurs qui font ce choix assurent toutefois prendre des précautions avant de porter leurs achats. Aminata explique notamment recourir au savon, à l’eau de Javel et à l’eau bouillante pour nettoyer ses sous-vêtements. Elle reconnaît néanmoins ne pas avoir la certitude d’éliminer tous les microbes.
« Généralement, on a l’idée que tout ce qui est friperie est déjà porté. Pour peut-être éliminer les bactéries, même si je ne vais pas parvenir à tout effacer, je prends des précautions pour faire le maximum à mon niveau », confie-t-elle.
Éric Belem, lui, privilégie un lavage au savon et à la lessive. Il assure n’avoir jamais rencontré de problème de santé qu’il attribue au port de ces vêtements. Mais ces précautions suffisent-elles à écarter les risques ?
Sous-vêtements de seconde main : quels risques pour la santé ?
Pour le docteur Honoré Zongo, gynécologue à la clinique médicale Centre d’Or, le port de sous-vêtements de seconde main ne doit pas être automatiquement associé aux infections génitales.
Le spécialiste explique notamment que le temps écoulé entre la collecte, l’acheminement des vêtements vers les pays de destination et leur réutilisation peut limiter la survie de certains germes. Il souligne également l’importance du lavage avant toute utilisation.
« Avant d’utiliser ce type de tenue, de façon systématique, les dames vont les laver d’abord. Le lavage permet de tuer ces germes de façon courante », explique-t-il. Concernant les infections vaginales, le gynécologue indique ne pas avoir connaissance d’études scientifiques établissant un lien direct avec le port de sous-vêtements de seconde main.
Il attire toutefois l’attention sur d’autres problèmes possibles, notamment la présence de parasites comme les poux du pubis, ainsi que les réactions allergiques pouvant être liées à des vêtements mal nettoyés. Le médecin recommande par ailleurs de privilégier les sous-vêtements en coton et d’éviter ceux qui sont trop serrés.
Ces précautions permettent, selon lui, de limiter la macération et de réduire certains facteurs favorisant les irritations et les infections répétées. Le lavage reste donc une étape essentielle, sans pour autant garantir l’absence de tout risque. Quant à l’utilisation de produits agressifs comme l’eau de Javel, elle nécessite de la prudence.
Samira Guiré
