A Tambogo, localité située dans la commune de Andemtenga à environ sept kilomètres de la ville de Pouytenga, un adolescent règne sur le village. Naba Sigri, âgé de 13 ans porte déjà le bonnet de chef. Malgré sa jeunesse, il apprend à faire vivre un héritage plus vieux que lui.
De la ferveur règne à Tambogo, village d’environ 2500 habitants, en ce jour du mois de novembre depuis le levée du jour. Ce jour-là, le chef de village Naba Sigri est de retour. Une cérémonie est organisée pour son retour et sa rencontre avec ses sujets. Sous un grand hangar, des griots, une demi-douzaine, tous âgés, chantent les louanges et rappellent les lignées de ses ancêtres.
Les habitants du village sont aussi rassemblés autour du hangar. Certains sont débout. D’autres sont accroupis ou assis sur des bancs. Ils échangent en attendant sa sortie du palais tout en évitant de faire du bruit.
Puis, aux environs de 10 heures, Naba Sigri apparait vêtu d’une luxueuse tenue traditionnelle richement brodée et d’un bonnet multicolore. Les manches semblent encore trop large pour ses épaules. Mais Naba Sigri avance, une lourde canne à la main. Cette canne représente à Tambago, l’autorité et la responsabilité.
Naba Sigri prend place sous le hangar. Le regard est innocent mais imperturbable. Lorsqu’il s’installe, le silence est presque total. Un respect du moment. Alors, ses sujets, les plus anciens d’abord, les jeunes ensuite s’approchent tour à tour lui témoigner leur respect avant ses audiences.
Les origines de la nomination
Il y a un an encore, Naba Sigri courait avec les enfants de son âge. Puis, la disparition de son père a bouleversé son quotidien. Dans cette localité, la sucession obéit aux règles de la chefferie. Après les consultations coutumières, le choix est porté sur le jeune prince. Son intronisation à lieu Amdemtenga, chef-lieu dont relève Tambogo.
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A 12 ans, il porte le bonnet de chef et devient le 14e chef traditionnel du canton de Tambogo. La coutume interdit de prononcer son nom à l’état civil. Le nouveau chef s’appelle désormais Naba sigr guind bonna minga qui signifie en langue française : « point de moisson pour le paresseux ». Tout le monde l’appelle désormais naba par respect pour son statut.
Le nom de règne, est un symbole. A chaque fois qu’on l’appelle, il rappelle l’exemple qu’il est censé donner à son peuple. « Mon objectif, en tant que chef de village de Tambogo, c’est de faire régner la paix dans le canton. Je souhaite que les femmes, les hommes, jeunes comme vieux puissent vivre aussi dans la prospérité. C’est pourquoi, j’ai choisi le nom de Naba sigr guind bonna minga », explique Naba Sigri.
Lorsqu’il s’adresse à ses invités, Naba Sigri consulte de temps en temps ses conseillers et notables assis à ses côtés. Parmi ses conseillers, Moumini Aimé Kaboré qui est également son oncle. Ce sont eux qui l’aident à prendre les bonnes décisions partant de leur expérience et leur maitrise de la coutume locale. Il est présent sans jamais s’imposer.
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Malgré ces nouvelles responsabilités, Naba Sigri continue ses études. Élève en classe de 5e, il est inscrit dans un établissement de Ouagadougou à plus de 100 kilomètres du village. Un choix stratégique. Les notables souhaitent que le garçon continue de vivre son enfance. Mais, ils veulent surtout qu’il acquiert de la connaissance pour le bien du village.
A Ouagadougou, il laisse parfois sa canne au village. Dans la cour de son collège, personne ne vient se prosterner devant lui. Il rejoint les salles de classe comme les autres élèves, répond aux interrogations et partage les récréations. « A l’école, je suis un élève comme les autres. Si je veux me considérer comme chef, je risque d’échouer. Mais une fois que je rentre, je retrouve mon statut de chef et là, je commande », poursuit Naba Sigri.
Les anciens du village espèrent beaucoup de leur jeune chef. Tambogo, les attentes sont aussi visibles que les difficultés. La poussière recouvre la route à l’entrée du village. Les femmes parcourent encore de longues distances pour l’eau.
A la tombée de la nuit, l’obscurité rappelle l’absence d’électricité dans plusieurs secteurs. Ici, l’agriculture et l’élevage rythment les saisons. Quand les pluies se font attendre, c’est tout le village qui retient son souffle « Nous espérons qu’il va apporter la prospérité dans notre village à travers l’enseignement, l’agriculture, la culture », souhaite son oncle Moumini Aimé Kaboré. Car ici, loin des grandes villes, les populations se sentent parfois oubliées.
Une fierté locale
A Tambogo, c’est avec fierté que certains parlent de leur chef. « Ils ont décidé de confier le trône à un jeune. C’est vraiment un message et une considération pour la jeunesse de notre vilalge. C’est une fierté pour nous, car à nous tous jeunes que cette responsabilité a été confié », estime Aziz Kaboré, un habitant du village.
A Tambogo, personne ne demande au jeune Naba de tout réussir immédiatement. Les anciens veuillent sur lui. Les conseillers l’accompagnent dans les cérémonies et les décisions coutumières qu’il découvre encore.
Lorsque les audiences prennent fin, l’adolescent redevient parfois ce garçon de 13 ans qui repartira bientôt à Ouagadougou pour reprendre les cours. Mais, au village, le bonnet, la canne et le nom de règne l’attendent toujours.
Boukari OUEDRAOGO
