La propreté comme première barrière contre les maladies dans les sites de personnes déplacées
Des personnes déplacées internes à Ouahigouya. Photo d'illustration.

La propreté comme première barrière contre les maladies dans les sites de personnes déplacées

A Ouahigouya, à environ 180 kilomètres de Ouagadougou, Studio Yafa a installé ses micros pour une émission publique. Dans cette ville qui accueille de nombreux déplacés internes pris en charge par le ministère de l’Action sociale et de la solidarité nationale, la rencontre avait pour objectif de parler d’hygiène avec les personnes déplacées et les populations hôtes.

Sous un hangar aménagé pour l’occasion, hommes et femmes de divers âges sont réunis côte à côte. L’émission se déroule en langue mooré pour permettre à chacun de comprendre et de participer librement. A la table principale, l’animateur Aimé Ouédraogo échange avec le docteur Karim Kombasséré, spécialiste en santé publique internationale.

Des exemples pour sensibiliser

Dès le début, le médecin choisit des exemples concrets, tirés du quotidien de son auditoire. « On sait déjà ce que c’est que l’hygiène. Par exemple, si vous venez ici et que vous trouvez l’espace sale, vous n’allez pas vous asseoir. Parfois, chez vous, quand vous rentrez, en voulant vous coucher, s’il y a de la saleté, vous balayez d’abord avant de vous coucher. C’est la preuve que vous voulez installer une bonne hygiène », explique-t-il. A partir de ces exemples, Kombasséré précise que la propreté regroupe tous les gestes qu’une personne peut adopter pour vivre dans un cadre sain et éviter de tomber malade.

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Selon lui, un environnement non assaini favorise la présence de microbes et de moustiques. « Par exemple, les eaux stagnantes provoquent le paludisme en attirant les moustiques », souligne-t-il. Il évoque aussi la typhoïde, la diarrhée, les maladies des yeux causées par des mains sales, ou encore certaines infections de la peau liées à l’insalubrité.  « Quand nous sommes propres, nous nous exposons moins aux risques de maladies », insiste-t-il.

Miser sur la propreté

L’animateur du jour, dans la peau d’une personne déplacée, relance : « Pour des personnes déplacées comme nous, qui avons quitté nos localités d’origine par urgence, comment faire pour tenir notre cadre propre ? » Le docteur répond avec des conseils pratiques. Il recommande de garder son espace de vie propre, de nettoyer régulièrement les toilettes pour éviter les mouches tout en protégeant les robinets et les puits.

Au premier plan, le Dr Karim Kombasséré en compagnie de l’animateur Aimé Ouédraogo et Victor Sanou de l’action sociale et de la solidarité nationale. Photo: Studio Yafa.

En plus, il conseille de balayer les cours et de veiller à la propreté des enfants et des couchettes. Karim Kombasséré accorde une importance particulière à la gestion de l’eau. « Par exemple quand vous avez un puits, et qu’il n’est pas fermé, quand il y a le vent, des saletés vont tomber dans le puits. Alors qu’il y a des imputées qui ne sont pas visibles à l’œil nu », explique le spécialiste. Il conseille donc de couvrir les puits. Si cela n’est pas possible, il recommande de faire bouillir l’eau, de la laisser refroidir dans un récipient propre avant de la consommer.

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Concernant la gestion des déchets ménagers, Karim Kombasséré propose aussi la mise en place de poubelles publiques, l’utilisation de sacs pour stocker les déchets. Ils peuvent également brûler certains déchets en prenant des précautions. Avec la saison des pluies, les risques augmentent. Le médecin invite à éviter les eaux stagnantes autour des habitations et à utiliser des moustiquaires imprégnées pour se protéger contre le paludisme.

Des partages d’expériences

Du côté des autorités, Victor Sawadogo, représentant du directeur provincial de l’Action sociale et de la solidarité nationale, explique les actions menées sur les sites. « Nous menons aussi des sensibilisations à travers l’organisation de théâtre parce que nous estimons que mieux vaut prévenir que guérir », explique Victor Sawadogo. Des trousses d’hygiène composées de bassines, savons, plats et bidons sont distribuées aux familles. Des comités sont également mis en place pour s’occuper spécifiquement des questions d’hygiène et encourager la participation communautaire.

Dans le public, certains ont eu l’occasion de partager leur expérience.  Parmi eux, Alidou Sigué. « J’ai vécu l’expérience. Quand on est couché dehors, on laisse les enfants dehors. Les moustiques les bouffent. J’ai dû soigner chèrement deux de mes enfants qui sont tombés malades. Mais cette année, j’ai acheté des moustiquaires. J’ai au moins 10 enfants, aucun n’est tombé malade. C’est pour dire que les moustiquaires sont très utiles pour nous », souligne l’homme de la cinquantaine, déplacé interne. Certains se sont reconnus dans son histoire. Puis, un jeu radiophonique a permis aux meilleurs répondants de repartir avec des postes radios solaires.

Boukari Ouédraogo