Burkina Faso : le parcours du combattant des étudiants chercheurs pour accéder aux archives
Certaines activités de recherchent sont compromises à cause de l'inaccessibilité des archives publiques

Burkina Faso : le parcours du combattant des étudiants chercheurs pour accéder aux archives

Au Burkina Faso, l’accès aux données administratives reste essentiel pour la recherche universitaire. Mais, pour de nombreux étudiants et chercheurs, obtenir ces informations relève souvent d’un véritable parcours du combattant. Les lenteurs administratives, le manque de numérisation et la méconnaissance des textes sont des boulets qui freinent la recherche. Pourtant, la loi portant régime des archives garantit à tous les citoyens le droit d’accès aux informations publiques et administratives.

A l’Université Joseph Ki-Zerbo, à Ouagadougou, l’ambiance est studieuse autour des amphithéâtres en ce début d’après-midi. Dans un jardin, des groupes d’étudiants révisent leurs cours ou échangent autour de différents sujets. Parmi eux, Abel Lankoandé, doctorant en deuxième année de sociologie. Svelte, l’air épuisé par des heures de lecture, il nous confie ses déboires de jeune chercheur. Son travail porte sur les anthroponymes Gulmancé dans la région de l’Est du Burkina Faso. Mais trouver des documents pertinents relève pour lui d’un défi quotidien.

« Les ouvrages disponibles traitent souvent de manière générale des questions culturelles ou portent sur d’autres communautés. Les documents réellement utiles pour son sujet sont rares et parfois payants », dit-il, impuissant.

Comme lui, plusieurs étudiants disent se heurter à un déficit de documentation spécialisée, notamment sur certaines réalités culturelles locales. Mais au-delà du manque de ressources bibliographiques, l’accès aux données administratives constitue un autre obstacle pour les chercheurs.

Lire aussi : Ces doctorants qui mènent leur thèse à la force du poignet

Elodie Sawadogo, doctorante en sociologie, s’est retrouvée dans l’impossibilité de poursuivre certaines investigations dans le cadre de sa thèse sur la promotion immobilière et les dynamiques foncières en périphérie de Ouagadougou.

Pour collecter des informations, elle a sollicité des structures publiques impliquées dans le secteur immobilier. Malgré plusieurs démarches administratives, elle n’a jamais pu obtenir les données nécessaires.

« Il y a deux mois de cela, je suis repartie déposer une demande pour cette fois-ci, recueillir des données chiffrées sur la production de logements. Ma demande n’a pas été enregistrée. Je suis repartie déposer une autre demande. Jusqu’à présent, je n’ai plus eu de réponse jusqu’au moment où je vous parle. », relate Elodie, avec dépit. Après de nombreuses tentatives infructueuses, la doctorante a finalement choisi d’abandonner cette piste de recherche. Du temps et de l’énergie perdus.

Un « mystère » autour de certaines informations

Dans le département de géographie, M. Ramdé, aujourd’hui docteur, se souvient également des difficultés rencontrées pendant ses travaux de recherche. Son étude portait sur les impacts des polluants miniers sur l’environnement. Pour avancer dans son travail, il souhaitait consulter les études d’impact environnemental réalisées dans certaines zones minières. « Chez nous, pour tout projet en lien avec l’aménagement de l’espace, il y a d’abord une étude d’impact environnemental et social qui doit précéder la mise en œuvre du projet. Dans ma zone d’étude, j’ai voulu entrer en possession de ce document », se rappelle le jeune docteur.

Mais ses démarches auprès d’entreprises minières se sont rapidement heurtées à une certaine méfiance. Malgré la présentation de ses documents universitaires, ses interlocuteurs ont exprimé des doutes sur l’usage qui pourrait être fait de ces informations.

Face à ces réticences, il a tenté d’obtenir ces documents par d’autres voies, notamment auprès des administrations compétentes et des archives. Les procédures se sont multipliées. Des lettres officielles, des autorisations universitaires, des dépôts de demandes dans plusieurs institutions. Au final, malgré sa persévérance, les documents recherchés n’ont jamais été retrouvés dans les bases consultées.

Lire aussi : Etudes universitaires, le parcours du combattant des jeunes chercheurs

Ces difficultés d’accès aux données peuvent avoir des conséquences directes sur le parcours académique des étudiants. Lazard Kola, étudiant en master en Art, gestion et administration culturelle, en fait actuellement l’expérience. Son mémoire porte sur l’impact du streaming dans l’industrie du cinéma. « J’ai déposé des demandes dans des institutions sous recommandation de mon directeur de mémoire. Ça fait plus de deux mois. Quand je vais demander la suite de mon dossier, on m’informe à chaque fois que ma demande est en cours de traitement. Ça retarde la rédaction de mon mémoire. », explique Lazard, désemparé.

Pour Ignace Bationo, conseiller en archivistique, ces difficultés s’expliquent en partie par la gestion actuelle des archives dans les institutions publiques. Selon lui, des efforts sont réalisés dans plusieurs ministères pour organiser les fonds documentaires. Mais « il y a toujours des passifs qui sont en attente de traitement et de numérisation », note-t-il.

Au Burkina Faso, plusieurs textes encadrent pourtant la gestion des archives publiques.  Selon Malo Todroudoua, directeur des Archives et de la documentation au ministère de l’Enseignement supérieur, les réformes récentes imposent à chaque département ministériel de disposer d’une structure dédiée à la gestion des archives. Ces dispositions concernent également les établissements publics de l’État, qui doivent mettre en place des services chargés de conserver et d’organiser leurs documents administratifs.

Pour une meilleure accessibilité des archives

Pour améliorer l’accès aux archives, plusieurs pistes sont évoquées par les spécialistes du secteur. Parmi elles, une meilleure valorisation des fonds documentaires à travers des activités de sensibilisation, comme des journées portes ouvertes organisées par les services d’archives.

L’autre perspective souvent évoquée concerne la création d’une bibliothèque numérique nationale, qui permettrait permettre aux étudiants et aux chercheurs d’accéder plus facilement aux documents depuis différentes régions du pays.

Mais pour y parvenir, les professionnels des archives estiment que les institutions doivent renforcer les moyens consacrés à la gestion, au classement et à la numérisation des documents. L’accès aux archives reste un enjeu majeur pour le développement de la recherche et de la production scientifique au Burkina Faso.

Toussaint Zongo (Stagiaire)