Zorgho : la rareté des crapauds fait grimper les prix dans les restaurants
Dans la province du Ganzourgou, le crapaud fait parti des spécialités culinaires. Photo: Studio Yafa.

Zorgho : la rareté des crapauds fait grimper les prix dans les restaurants

A Zorgho, dans la province du Ganzourgou, un commerce peu ordinaire fait vivre plusieurs familles. Il s’agit de celui des crapauds. Ils sont très appréciés dans cette localité pour leur goût, jugé unique. Mais aujourd’hui, ils deviennent de plus en plus rares.

Dans une petite cour à Zorgho, l’ambiance est concentrée. Assise devant une bassine, Ado Pascaline Kaboré, la soixantaine, prépare ses prises du jour. Des centaines de crapauds qu’elle nettoie. Avec délicatesse, elle retire la peau des crapauds avant d’enlever les organes internes. Elle s’applique car la moindre erreur peut être dangereuse. Il ne faut surtout pas percer les glandes à venin. Ce qui risque de créer une grosse perte. Désormais habitué, ces gestes sont devenus automatiques pour elle.

Depuis trois ans, cette activité est devenue sa principale source de revenus. « Ça vaut trois ans que j’ai commencé cette activité et je peux dire que ça m’aide. Avec ce que je gagne j’arrive à acheter des vivres et je peux m’autoriser certains plaisirs comme m’acheter du cola et du dolo », raconte-t-elle.

Une spécialité appréciée à Zorgho

Une fois nettoyés, les crapauds sont prêts pour la cuisson et la vente. Dans certains restaurants de Zorgho, ils font partie du menu quotidien. Chez Ado Adeline Kaboré, restauratrice, les clients en raffolent. Sautés ou préparés en soupe, ce menu attire beaucoup d’amateurs.

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Mais depuis quelques années, se procurer ce produit est devenu un véritable casse-tête. Les prix ont fortement augmenté. « Ce qui est déposé là, je l’ai acheté à 15 000 francs CFA. Mais avant, on achetait la même quantité à 2500 et on pouvait vendre 5 crapauds comme ça à 5 francs seulement. Mais maintenant non seulement c’est devenu cher et on n’en trouve pas comme ça », regrette-t-elle.

Des mares de plus en plus vides

Si les prix ont grimpé, c’est parce que les crapauds se font rares. A Zorgho, plusieurs mares qui en regorgeaient autrefois sont aujourd’hui presque vides. Pour continuer son activité, Ado Pascaline Kaboré doit désormais parcourir plusieurs kilomètres pour aller pêcher. « Depuis les trois ans que j’ai commencés, c’est à Zoungou que je pars pêcher. J’y vais deux fois dans la semaine parce que c’est loin. Quand je fais la pêche, je reviens les mettre dans des jarres en attendant de repartir compléter avant de les arranger pour la vente », explique-t-elle.

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Selon le capitaine Angelin Sawadogo, chef du service départemental des eaux et forêts de Zorgho, cette raréfaction n’est pas un phénomène isolé. Elle s’observe dans plusieurs régions du pays. « Dans tout le pays, la réalité se constate un peu partout. C’est dû essentiellement à l’utilisation de produits toxiques. Dans le cadre de l’exploitation minière artisanale ou des travaux d’aménagement en agriculture, des produits sont utilisés et cela constitue un poison. Les habitats sont aussi détruits par l’exploitation agricole et minière. Les cours d’eau sont en train de s’ensabler et les habitats disparaissent », explique-t-il. Selon lui, c’est cette combinaison de facteurs qui explique la rareté des crapauds.

Au-delà de l’enjeu écologique, la pêche aux batraciens est également encadrée par la loi. Le capitaine Angelin Sawadogo rappelle que cette activité est réglementée. Sans autorisation officielle, la pêche et la vente de crapauds restent illégales.

Micheline Guigma