Faire face à la cherté de la vie tout en honorant ses obligations religieuses, c’est le défi quotidien de certains habitants de Dori, située à plus de 270 km au Nord de Ouagadougou. Cette année encore, le ramadan, jeûne musulman et le carême, jeûne chrétien se croisent pour la troisième fois consécutive, mais le panier de la ménagère ne décolle pas.
Sous un soleil de plomb, dans le secteur 1 de Dori, Isabelle Compaoré prend un moment pour souffler devant la télévision avant de reprendre le travail. Cette chrétienne catholique obeit à son principe réligieux en jeûnant pendant les 24 heures de la journée.
« Quand on jeune, c’est une conversion. C’est un temps de recueillement, un temps de prières, accompagner le Christ dans le désert pour diminuer nos péchés. Voilà, donc quand je mange à 19h, si ce n’est pas le lendemain à 19h, je ne mange plus », explique-t-elle. Pour Isabelle, ce sacrifice n’est pas seulement physique. Pour elle, c’est un acte spirituel profond.
La cherté des fruits
Cependant, Isabelle Constate une hausse des prix de certaines denrées. Ce qui ne facilite pas la rupture. « En tout cas, il y a beaucoup de produits qu’on peut avoir à Dori. Par exemple, il y a un peu d’orange, un peu de banane et aussi un peu de lait. Une banane à 200 ou 250 F CFA, une orange à 100 F CFA, ce n’est pas donné à tout le monde. C’est ça qui fait que c’est un peu compliqué », dit-elle. Pourtant, habituelle, les bananes sont parfois vendus à 50 francs CFA l’unité ou à 100 francs CFA. Mais la situation sécuritaire a rendu beaucoup de produits chers.

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Au secteur 02, nous rencontrons Hassane Cissé, 45 ans, installateur solaire. Casque en main, prêt à enfourcher sa moto, il nous parle du jeûne du Ramadan et de la vie chère. Selon lui, rompre le jeûne avec des fruits est devenu un vrai luxe. « Aujourd’hui, si vous voulez rompre le carême, il y a d’autres qui préfèrent des fruits, or pour s’en procurer, ce n’est pas du tout facile. Il faut attendre le convoi et si ça vient aussi, ce n’est pas n’importe qui qui peut payer », explique-t-il avec une pointe de déception. Pour lui, pour aider les jeûneurs, il faudrait diminuer le prix des produits. « Ça pourrait nous soulager aussi », assure Hassane Cissé.
Malgré les difficultés, Hassane reste serein. Pour lui également, le ramadan est un acte spirituel comme le Carême pour Elisabeth. « Tout musulman qui est en bonne santé doit jeûner. Même si les denrées sont chères, on doit toujours être prêts. De plus, ce sont les prescriptions de l’islam et ce n’est pas du tout compliqué. Même l’eau simple, tu peux boire et puis rompre le jeûne. Ce n’est pas compliqué », assure-t-il.
Encourager au partage
Dans un contexte de cherté de la vie, l’Imam Oumarou Bah encourage le partage entre croyants comme le recommande l’islam en ces périodes de pénitence. « Nous avons remarqué aussi que des gens de bonnes volontés de la ville de Dori ont commencé à faire des dons chez les personnes vulnérables et d’autres même préparent de la nourriture pour envoyer dans les mosquées. Donc, nous pensons que nos prêches sont en train de porter des fruits », salue Oumarou Bah.
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Cependant, pour ceux qui ont des bourses modestes, le gouvernement a entrepris des initiatives qui soulagent. Des boutiques Faso Yaar, le gouvernement y propose des produits à prix réduits, permettant aux familles chrétiennes et musulmanes de vivre ce temps de foi avec plus de sérénité. Malgré la cherté de la vie en cette période de jeûne et de ramadan, le plus important pour eux est de remplir ces principes religieux dans le recueillement.
Yannick Somé
Collaborateur
