Talato Ouédraogo, celle qui fait vivre Sankara au mémorial de Ouaga
Talato Ouédraogo fait revivre Thomas Sankara comme si elle l'avait connu. Photo: Talato Ouédraogo.

Talato Ouédraogo, celle qui fait vivre Sankara au mémorial de Ouaga

Elle n’a pas connu Thomas Sankara, mais elle parle de lui avec une conviction qui force l’attention. Au mémorial qui porte son nom, à Ouagadougou, Talato Ouédraogo s’est donné pour mission de faire vivre son histoire auprès des visiteurs.

Ce jour-là, elle avance vers le musée du mémorial avec une dizaine d’élèves suspendus à ses mots. Teint noir luisant, voix claire, débit assuré, Talato Ouédraogo capte l’attention. À l’entendre dérouler les faits, les dates et le sens de l’engagement de Thomas Sankara, on pourrait croire qu’elle a vécu cette époque. Pourtant, elle est née après la mort du capitaine.

Trente-neuf ans après la disparition du père de la Révolution burkinabè, Talato continue, à sa manière, de le faire vivre dans les esprits. Elle le fait sans calcul, sans salaire, simplement portée par une conviction profonde. Pour elle, raconter Sankara, c’est aussi participer à un combat plus large.

« Ce n’est rien d’autre que l’amour de ma patrie. Je veux participer activement au travail qui se passe actuellement pour l’indépendance vraie du Burkina Faso et du continent africain. Je me suis rendu compte que les grands hommes qui ont nourri le continent africain de par leur courage, abnégation et dignité et souvent de par leur sang, sont parfois rangés aux oubliettes », confie-t-elle.

Une passion née après Sankara

Talato Ouédraogo n’a pas connu Thomas Sankara. Elle ne l’a pas vu, ne l’a pas entendu de son vivant. Tout ce qu’elle sait de lui, elle l’a appris plus tard, en cherchant, en lisant, en regardant, en écoutant ceux qui savent. Et c’est justement cette quête qui l’a façonnée.

« J’ai regardé beaucoup de films sur Thomas Sankara. À force de fouiller, lire, suivre les films, ça finit par donner qui je suis aujourd’hui, avec des éléments précis. J’ai rencontré la personne de Alouna Traoré, qui est le rescapé de la tragédie du 15 octobre. Mais il faut dire que le Comité international du mémoire à Thomas Sankara, nous a donné aussi une formation de renforcement pour nous donner des éléments encore plus clairs », explique-t-elle.

Derrière son aisance, il y a donc du travail. Une curiosité nourrie par les livres, les documentaires et les témoignages. Une façon, pour elle, de se rapprocher d’une histoire qui dépasse sa propre génération.

Guider malgré les difficultés

Mais cette passion ne suffit pas à effacer les difficultés du quotidien. Talato le rappelle sans détour : faire vivre l’histoire au mémorial demande aussi des moyens que les guides n’ont pas toujours.

« On n’a pas d’équipement, on n’a pas de carburant. Chacun est libre de se débrouiller comme il veut. Tu viens à pied, à moto ou à vélo. Ce sont des difficultés qui ne sont pas sans conséquence pour notre travail. Sur le côté aussi vestimentaire, nous sommes obligés d’évoluer avec les moyens de bord », dit-elle, sans l’ombre d’une plainte.

Ces obstacles n’entament pourtant pas sa détermination. Malgré le manque de matériel, l’absence de soutien logistique ou les contraintes du terrain, elle continue d’être là, de parler, d’expliquer, de transmettre.

Une présence qui marque les visiteurs

Au mémorial, collègues et visiteurs remarquent vite cette jeune femme qui porte son récit avec autant de force. Son collègue le dit sans détour : « C’est un immense plaisir pour moi de travailler avec elle. Je suis très ravi de partager les mêmes idées avec elle. Oui, la première fois que j’ai vu Talato Ouédraogo au Mémorial ici, ça m’a touché en tant que femme. Il est vrai que dans certains pays, il figure assez de femmes guides, mais elle, c’est vraiment exceptionnel ».

Les visiteurs aussi repartent marqués. Une jeune femme venue découvrir le mémorial raconte son impression : « Ce qui m’a marquée à travers sa manière de présenter, je vois qu’elle a une conviction. C’est comme si elle était là au temps que l’histoire se faisait. Je suis vraiment touchée par sa manière d’expliquer l’histoire. Je suis très contente de la rencontrer aujourd’hui ici ».

Ces témoignages prouvent que Talato ne récite pas. Elle habite son propos. Elle y met de l’énergie, de la rigueur et une part d’elle-même.

Faire vivre la mémoire

Au-delà du rôle de guide, Talato Ouédraogo incarne une autre manière de s’engager. Une manière discrète, mais forte. En donnant de son temps pour transmettre l’histoire de Thomas Sankara, elle rappelle que la mémoire collective ne se conserve pas toute seule. Elle a besoin de voix comme celle de Talato.

Son parcours montre aussi que l’engagement ne passe pas toujours par les grandes tribunes. Il peut se jouer dans un musée, au détour d’une visite, dans la patience d’une explication donnée à des élèves.

Le 15 octobre 1987, Thomas Isidore Noël Sankara tombait au Conseil de l’Entente avec douze de ses compagnons, aux environs de 16h30. Des décennies plus tard, au mémorial qui porte son nom, une jeune femme née après sa mort continue de raconter son histoire avec une ferveur intacte.

Studio Yafa