Les crises foncières ne se règlent pas toujours devant les tribunaux. Parfois, un reportage, une meilleure connaissance des textes et une parole donnée à chaque partie peuvent faire bouger les lignes. C’est le pari que fait Faso Green TV, média burkinabè spécialisé sur les questions foncières et agricoles. Un travail renforcé par l’appui du programme FASOVEIL, qui contribue à mieux outiller les journalistes sur les questions foncières.
Au Burkina Faso, les conflits liés à la terre sont fréquents. Désaccords autour d’une parcelle, reprise d’un terrain redevenu fertile, méconnaissance des textes. Lancé en 2022, Faso Green TV spécialisé dans les questions foncières, agricoles et environnementales s’est progressivement fait une place dans le paysage médiatique burkinabè. Son ambition est de rendre visibles les réalités du monde rural et servir de trait d’union entre producteurs et décideurs. Pour ses responsables, il ne s’agit pas seulement de couvrir l’actualité agricole, mais aussi d’aider à mieux comprendre les enjeux autour de la terre.
« Depuis le lancement de notre média, il est vrai que nous donnons de la visibilité aux initiatives agricoles. Nous essayons aussi d’être des acteurs de résolution des conflits, mais surtout une force de proposition », explique Abel Yerbanga, promoteur du média.

Cette volonté s’est illustrée dans plusieurs situations concrètes. Abel Yerbanga raconte notamment le cas d’un producteur confronté à la dégradation de sa terre. Après un reportage de Faso Green TV, l’agriculteur a pu entrer en contact avec un spécialiste de la récupération des sols. Sensibilisé à de meilleures pratiques, il a pu relancer son activité. Pour le média, ce type d’impact montre qu’un reportage peut parfois déclencher bien plus qu’une simple prise de parole publique.
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Mais c’est surtout dans les conflits fonciers que le média dit mesurer l’utilité de son travail. À Ziniaré, l’équipe s’est retrouvée face à un différend révélateur. Un paysan avait reçu une terre en don, à l’époque jugée peu exploitable. Après l’avoir remise en valeur, il a vu les anciens propriétaires revenir pour la récupérer. En réalisant un reportage donnant la parole aux différentes parties, Faso Green TV a permis de poser le débat sur la place publique et d’accompagner une issue favorable.
Au fil du temps, le média est ainsi devenu un recours pour certains producteurs et agriculteurs. Quand un litige éclate ou qu’une situation semble bloquée, certains viennent exposer leurs difficultés à la rédaction. Sur le terrain, les journalistes observent, interrogent, documentent les faits et s’appuient aussi sur les connaissances juridiques acquises lors de formations sur les lois foncières.
Mamadou Soaré, journaliste et rédacteur en chef du média, confirme cette évolution. Selon lui, Faso Green TV produit des contenus qui aident les agriculteurs, les fermiers et d’autres acteurs à mieux comprendre les textes applicables lorsqu’un différend surgit. « Ils passent par nous pour faire passer leurs doléances au plus haut. Et dans la plupart des cas, ils ont gain de cause », affirme-t-il.
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Si le média parvient aujourd’hui à mieux traiter ces questions, c’est aussi grâce à des renforcements de capacités reçus dans le cadre du programme FASOVEIL. La Commission Justice et Paix (CJP) et le Secrétariat permanent des organisations non gouvernementales (SPONG), deux organisations engagées dans ce programme, organisent régulièrement des sessions de formation sur les textes et lois liés au foncier. Faso Green TV a notamment bénéficié, en 2025, de formations sur le changement climatique en lien avec le foncier. Des acquis que la rédaction dit réinvestir dans ses productions.
Du côté des structures formatrices, la satisfaction est assumée. Fatimata Bancé, coordinatrice du projet FASOVEIL au SPONG, salue les contenus du média. Même appréciation à la CJP, où Jean-Baptiste Yanogo estime que les médias peuvent jouer un rôle important dans le suivi citoyen, à condition d’être mieux outillés sur ces questions.
Au-delà des reportages et des cas déjà traités, Faso Green TV voit plus loin. Le média ambitionne désormais de contribuer à une meilleure gouvernance foncière, notamment en milieu urbain. Pour ses responsables, il est impossible d’espérer un développement durable sans information de qualité, sans sensibilisation et sans une meilleure compréhension des règles qui encadrent l’usage de la terre.
MoussoNews / Studio Yafa
