À Zorgho, Raam daga, le marché où le dolo rassemble
Au Raam daaga de Zorgho, la bonne humeur se partage autour du dolo. Photo: Studio Yafa.

À Zorgho, Raam daga, le marché où le dolo rassemble

 Au secteur 1 de Zorgho, Raam daga est surtout connu comme le marché du dolo. Mais sur ce site atypique, on ne vient pas seulement pour boire la bière locale à base de petit mil. Viande d’âne, mets locaux, condiments et bonne humeur y attirent une clientèle fidèle. Derrière son allure populaire et folklorique, ce marché joue aussi un rôle économique, social et même sécuritaire pour la ville.

À 11 heures ce vendredi, Raam daga est déjà bien animé. À l’entrée du marché, des vendeurs interpellent les passants, pendant que sous les hangars, des clients installés autour des calebasses de dolo discutent dans une ambiance détendue. Ici, on ne vient pas seulement consommer. On vient aussi respirer, échanger, passer du temps.

Au cœur de cette agitation tranquille, Safiatou Oubda s’active sous son hangar. Assise sur un tabouret, entourée de fûts en plastique remplis de dolo, elle rince les calebasses avant de servir ses clients. Dolotière et responsable des dolotières de Raam daga, elle fait partie des figures du marché. Chez elle, la vente du dolo est presque une histoire de famille. « C’est ma belle-mère qui faisait le dolo depuis près de 40 ans, avant que je reprenne le flambeau », raconte-t-elle.

Depuis, elle a pris le relais et n’a jamais quitté les lieux. « Je vends dans ce marché depuis sa construction», précise-t-elle. Chaque jour, avec d’autres femmes, elle transforme plusieurs plats de sorgho en dolo. Le travail est exigeant, mais pour elle, l’existence même du marché est une chance. « La construction du marché nous est bénéfique. Toutes les localités ne disposent pas d’un tel marché. J’apprécie vraiment le fait que nous soyons tous réunis au même endroit », dit-elle.

Un lieu pour boire, acheter… et reprendre souffle

À Raam daga, le dolo est un commerce, mais aussi un prétexte au lien social. Un client fidèle, qui préfère garder l’anonymat, le dit à sa manière. Il vient pour boire, bien sûr, mais pas seulement. Après quelques calebasses, il repart souvent avec de la viande et des condiments à rapporter à sa femme. Surtout, il vient chercher un peu de répit. « Quand je sors, démoralisé, de la maison et que je reviens à Raam daga, je retrouve ma bonne humeur grâce aux causeries que nous avons », confie-t-il. Pour lui, le lieu dépasse largement la simple consommation d’alcool : c’est un espace récréatif, presque thérapeutique.

Mais à Raam daga, le dolo n’est qu’un début. Quelques mètres plus loin, une autre activité attire les clients. Au-dessus des grillages posés sur le feu, une fumée épaisse s’élève. Là, Sylvain Kaboré et d’autres bouchers proposent de la viande d’âne. Une spécialité qui participe elle aussi à la réputation du lieu.

Sylvain Kaboré prépare des brochettes avec de la viande d’âne, Ph : Studio Yafa

Le métier n’est pourtant pas simple. « On se débrouille un peu, parce qu’il est de plus en plus difficile d’avoir des ânes », explique-t-il. Quand il parvient à en trouver, la viande se vend vite, souvent dans la soirée. Pour lui, l’organisation actuelle du marché a renforcé l’activité. Être installé à côté des vendeurs de dolo profite à tout le monde. Les clients qui viennent boire achètent aussi de la viande. Les deux activités se complètent, et leur proximité entretient l’animation du site.

D’un site anarchique à un marché mieux organisé

Aujourd’hui, le marché semble bien en place. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Pendant longtemps, les installations étaient désordonnées, presque improvisées. L’espace s’est construit peu à peu, au gré des habitudes des populations qui fréquentaient déjà ce site réputé pour le dolo et d’autres mets locaux.

Face à l’engouement, la commune a fini par aménager les lieux. Valentin Badolo, préfet et président de la délégation spéciale de la ville de Zorgho, explique que ce marché atypique est né de la pratique des habitants. Mais comme il avait été créé « sur le tas », il fallait mettre un peu d’ordre.  « Avant l’aménagement, l’occupation était anarchique, donc la commune également ne pouvait pas cerner ou comptabiliser les exploitants de ce site-là. C’est suite à cela qu’il a été convenu d’aménager cet espace et de contrôler son utilisation », explique Valentin Badolo.

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Pour les autorités, l’intérêt de Raam daga ne se limite pas à son apport économique. Le site facilite aussi les actions de sensibilisation et de sécurisation. Parce qu’il est connu et bien identifié, il permet de toucher plus facilement les usagers lors des campagnes d’information. Sa visibilité aide aussi à prévenir certains désordres.  

Malgré cela, les occupants du site disent faire face à plusieurs difficultés. Le manque d’éclairage revient souvent dans les plaintes. Les alentours du marché sont aussi devenus des dépotoirs, où certaines populations riveraines déversent des ordures. Les commerçants appellent donc la commune à soutenir davantage ce lieu, notamment à travers sa clôture et son éclairage.

À Zorgho, Raam daga garde son image de marché du dolo. Mais derrière les calebasses et les grillades, il dit bien plus sur la ville. Il raconte une économie populaire qui s’organise, des habitudes sociales qui résistent. On vient boire une calebassée. On repart souvent avec bien davantage.

Studio Yafa