Burkina Faso : à Timperba, des termitières aux pouvoirs mystiques
Un exemple d'une termitière de Timperba. Photo: Studio Yafa.

Burkina Faso : à Timperba, des termitières aux pouvoirs mystiques

Ailleurs, les termitières sont juste des monticules de terre. Mais à Timperba, village situé non loin de Niangoloko, dans la région des Tannounya, elles sont vivantes, sacrées, et liées à l’histoire même des habitants. On leur prête des pouvoirs de protection, mais aussi la capacité d’exaucer des vœux.

Pour y arriver, il faut marcher un peu. Une sorte de randonnée à travers un site qui surprend dès les premiers regards. Sur une dizaine d’hectares, des centaines de termitières s’élèvent à perte de vue. Elles ont l’allure de cahutes préhistoriques, avec leurs sommets en forme de toit de chaume. Ici, rien ne ressemble vraiment aux termitières ordinaires. La terre n’est pas rouge, mais blanche. Les termites, eux, sont gris.

Le village est comme entouré par ce site. Timperba semble vivre au milieu de ces silhouettes dressées, silencieuses, qui nourrissent autant la curiosité des visiteurs que la foi des habitants.

Victorien Soma, notre guide du jour, avance au milieu des termitières avec assurance. Pour lui, ce lieu dépasse largement le simple phénomène naturel. Derrière ces formes de terre, il y a une histoire que les anciens transmettent depuis des générations.

«Le site ceinture le village. Ce que nous voyons, nous pensons que ce sont des termites. Mais les anciens nous disent que ce sont les ancêtres du village qui y habitent. Ils étaient menacés par les guerres, ils étaient poursuivis par l’ennemi et arrivés sur les lieux, ils ont fait des incantations et ils ont été protégés », raconte-t-il, avec conviction.

Un site de protection, selon les habitants

À Timperba, beaucoup sont convaincus que ces termitières ont joué un rôle dans la protection du village au fil du temps. Dans cette partie de l’ouest du Burkina, où l’insécurité a bouleversé de nombreuses localités, certains habitants y voient plus qu’une coïncidence.

Victorien Soma l’affirme avec calme, mais sans hésitation : « Une fois que tu te sens en danger et que tu accèdes à ce site, tu deviens invisible. Et même si tu es un chasseur qui pourchasse un animal, une fois que l’animal accède au site, il devient invisible. Tu vas le chercher en vain ».

Il va plus loin en évoquant un souvenir encore récent dans les esprits. « Le dernier cas en date, c’est en 2023, avec les assauts terroristes. La quasi-totalité des villages de Niangoloko avait déguerpi, sauf le village de Timperba », dit-il, non sans fierté.

Quand on lui demande s’il pense vraiment que les rites faits autour des termitières ont protégé le village, sa réponse tombe sans détour : « Nous, nous y croyons fermement ».

Des vœux et des sacrifices

Au-delà de leur rôle protecteur, les termitières sacrées de Timperba sont aussi un lieu de recours pour ceux qui cherchent une faveur, une solution, un soulagement. Des habitants du village, mais aussi des personnes venues d’ailleurs, s’y rendent pour formuler des vœux ou accomplir des sacrifices.

Victorien Soma lui-même dit avoir déjà eu recours à ce site sacré. À une période où il cherchait un emploi, il est passé par les anciens du village pour faire son vœu. Aujourd’hui, il estime que les choses ont évolué pour lui.

Malgré leur singularité, les termitières sacrées de Timperba restent encore peu connues du grand public. Elles figurent pourtant parmi les sites touristiques de l’ouest du Burkina. Mais leur notoriété reste limitée, faute de mise en valeur suffisante.

Dans le village, certains espèrent qu’un jour ce patrimoine culturel gagnera en reconnaissance. Les autorités coutumières rêvent notamment d’un classement au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pour l’instant, le site doit surtout faire face à deux défis.: son accessibilité et sa préservation.