A Ouaga, quand le barrage de Tanghin devient œuvre d’art
Expo tanghin barrage est le résultat de la rencontre entre deux passionnés, Ph : Studio Yafa

A Ouaga, quand le barrage de Tanghin devient œuvre d’art

Pendant des années, Inoussa Maïga a capturé avec son téléphone les lumières, les reflets et les scènes de vie autour du barrage de Tanghin, à Ouagadougou. De cette fascination est née une exposition en plein air. Le weekend dernier, Expo Tanghin Barrage a été une galerie à ciel ouvert mêlant photographies et toiles peintes. Une sorte d’hommage à ce lieu que l’initiateur considère comme l’âme de la capitale.

C’est une histoire singulière qui finit par donner lieu à une exposition autour du barrage de Tanghin, un quartier de la capitale ouagalaise. Inoussa Maïga tombe sous le charme de l’étendue d’eau et de la vie autour. Quand il habitait le quartier, depuis son véhicule, au lever du soleil quand il partait travailler, il prenait des clichés. Au coucher de l’astre, alors qu’il rentre, toujours avec son téléphone, il capture des instants de vie.

Régulièrement, il poste ses prises sur les réseaux sociaux. Les internautes tombent sous le charme des clichés. Maintenant qu’il n’habite plus Tanghin, comme une reconnaissance à ces bons moments passés, il a présenté ses prises face à l’entrée principale de la mairie de l’arrondissement 4, à quelques pas du barrage de Tanghin.

Inoussa Maïga à gauche et Romain Ilboudo ( pantalon bleu) ont été salués pour leur générosité, Ph : DR

C’est avec émotion que le patron de l’agence de communication Massaka, Inoussa Maïga, a expliqué comment tout a commencé. « J’ai habité dans la zone et j’ai toujours pensé que tout ce qu’il y a dans la zone autour du barrage et son prolongement avec le parc, pour moi c’est l’âme de la ville de Ouagadougou. Ça fait rêver, ça donne envie d’être là, je me suis tout le temps senti connecté (…) », dit-il.

Une générosité artistique  

Avec toutes ces images empruntées au barrage depuis une décennie, Inoussa Maïga a voulu qu’un peintre s’en inspire pour lui proposer deux ou trois toiles. Juste pour sa propre collection. « J’avais besoin d’un artiste qui pouvait reprendre ou s’inspirer de certaines de mes photos pour me faire des toiles pour ma propre collection. Une, deux ou trois maximums, c’était cela l’idée de départ. Quand on s’est rencontré, on a discuté et on a vu qu’on pouvait être un peu plus ambitieux et généreux, plutôt que de les garder pour moi », poursuit Inoussa Maïga.

Une vue des toiles exposées, Ph: Studio Yafa

Alors sa passion pour le barrage va contaminer Romain Ilboudo, artiste plasticien. Plutôt que de reproduire les photos de Inoussa Maïga, il débarque aussi au barrage. De jour et souvent de nuit. Il se laisse aussi inspirer par la vie autour.

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Du début du projet à la présentation des résultats ce 12 avril 2026, il a fallu attendre plus d’une année. Expo Tanghin Barrage a été une galerie en plein air qui a surpris et ravi un public que Inoussa Maïga a dit être surpris de voir aussi nombreux.

Madeleine Sergooris, elle, habite toujours Tanghin. La Franco-belge dit avoir été surprise par cette exposition ouverte et surtout par la qualité des œuvres proposées. « C’est magnifique, c’est très bien fait, avec le catalogue en plus », s’émerveille celle qui se présente comme journaliste culturelle. 

Le public a demandé que Expo Tanghin barrage soit perpétué, Ph : DR

Cette exposition a aussi ravivé des souvenirs d’enfance. Dans les années 1974, François Salambanga longeait le barrage pour aller au lycée Philippe Zinda Kaboré où il était élève. Aujourd’hui ingénieur de l’aviation civile, il est aussi un passionné d’art. Revoir ces photographies et ces peintures l’a replongé de manière singulière dans ses souvenirs d’enfance. « Ce barrage est un tout petit peu, l’âme de Ouagadougou et de ses environs », dit-il avec enthousiasme tout en continuant à admirer les tableaux.

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Sahab Koanda, l’artiste qui « mange » dans les poubelles, était aussi là. Comme les autres visiteurs, il a loué cette passion photographiée et peinte qui s’est offerte généreusement. « L’initiative est belle. Je l’encourage à continuer. Ça fait vivre Ouagadougou autrement. L’art peut s’exposer partout », soutient Sahab.

Inoussa Maïga présente une de ses photos, Ph : DR

Inoussa Maïga insiste pour ne pas s’attribuer le titre de photographe professionnel, « c’est très amateur, mais ça partage aussi quelque chose », dit-il humblement. Mais sur les images, la maîtrise de la lumière, les angles de prise de vue, la résolution et le flair artistique sont entre autres ce qui séduit le public. Bien plus que l’appareil qui a servi à capter ces instants. Y aura-t-il une deuxième édition de Expo Tanhin Barrage ?   « Les gens nous réclament déjà une deuxième édition, ce n’était pas au programme. Mais ça laisse réfléchir aussi ». Mystère.

Toussaint Zongo

Tiga Cheick Sawadogo