A Ouagadougou, les chauffeurs de taxi font face à une baisse de clients. Entre l’arrivée des bus, la forte présence des motos et la situation sécuritaire, leur activité est de plus en plus difficile.
Un groupe de chauffeurs assis sous un parasol échange en toute tranquillité sur l’aire de stationnement des taxis de la maison du peuple. Juste en face, l’arrêt de bus attire un flux régulier de passagers. À côté, une trentaine de taxis, reconnaissables à leur couleur verte, est alignée. Les moteurs éteints. La scène s’anime parfois. Un véhicule vert stationne, des passagers descendent. Le véhicule se positionne. Un autre démarre lorsque le taxi est complet. Mais, la cadence est loin de ce qu’ils ont connu.
Tasséré Ouédraogo, la soixantaine, patiente pour l’instant. Il n’y a pas de client. Du haut de ses plus de 30 ans d’expérience, il se souvient d’une autre époque. « Avant, les taxis étaient en vogue à Ouagadougou. Mais, de nos jours, c’est devenu difficile pour nous. Nous sommes dans un contexte d’insécurité. Ce n’est plus comme par le passé. Avant, en une demi-journée, tu étais sûr d’avoir au moins l’argent de la popote », explique-t-il, quelque peu nostalgique.

Les bus ne sont pas des concurrents
Mais, depuis quelque temps, la Société de transport en commun (SOTRACO) a déployé un nouveau parc de bus dans la capitale. Certains bus relient Ouagadougou à d’autres villes. Ce qui a réduit la clientèle des taxis, reconnaît Tasséré. Mais, il refuse de parler de concurrence. « Les bus ne sont pas véritablement nos concurrents. Les clients ont leur bus. Les taxis aussi ont leurs clients », assure Tasséré. Au contraire, pour lui, tout pays qui veut se développer doit aussi développer le transport en commun. En plus, tout le monde ne peut pas emprunter le taxi du fait des différences de prix et aussi des trajets.
Assis à côté de lui, un programme de Pari mutuel burkinabè (PMU’B) en main, son collègue Laurent Kéré partage le même constat. « Ce n’est pas simple. Voyez vous-même. Si ça marchait, vous ne nous auriez pas trouvés ainsi assis en train de discuter », commente-t-il en lâchant un sourire. Puis, il se redresse bien pour expliquer ce qui ne va pas selon lui.« A Ouagadougou, il y a trop de motos. C’est ça notre principal problème », fait-il remarquer. Ensuite, il estime que le contexte sécuritaire a aussi fragilisé l’économie nationale, dont le secteur des taxis. « La plupart de nos clients viennent des provinces. C’est sur eux que nous comptons. Mais compte tenu de la situation sécuritaire, il n’y a pas autant de déplacements que dans le passé » , analyse-t-il.
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Karim Compaoré, un autre collègue, a aussi connu cette époque où le secteur marchait bien. Le pays ne connaissait pas les attaques terroristes. Il y avait de nombreux évènements nationaux et internationaux au Burkina Faso avec des étrangers qui arrivaient à tout moment. Mais tout cela n’est qu’un souvenir aujourd’hui. « Les étrangers ne viennent plus comme avant. Dans le passé, il y avait beaucoup de visites. Les gens venaient pour visiter le pays des hommes intègres », ajoute-t-il.
La concurrence des taxis clandestins
En effet, le Burkina Faso est frappé par une insécurité depuis 2016 avec des attaques terroristes. Mais Karim finit également par reconnaître l’évolution des habitudes. « C’est vrai qu’avec les bus, la clientèle baisse parce que tout le monde ne peut pas emprunter le taxi », souligne-t-il. Dans presque chaque famille au Burkina Faso, il estime qu’il y a autant de motos que de personnes. Mais, il y a d’autres concurrents encore plus importants. Il évoque notamment les véhicules personnels utilisés comme taxis clandestins. « Heureusement de nos jours, les autorités deviennent de plus en plus rigoureuses dans le contrôle », fait savoir Karim.
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À l’ombre du même parasol, Zoenabou Congo vient de se faire une place. Arrivée de Mogtédo, environ 90 km de Ouagadougou, elle a choisi de prendre le taxi plutôt que le bus dont la station se trouve juste en face. « Comme il fait chaud, je prends le taxi, sinon je pouvais marcher. Mais en prenant le taxi, il va me déposer chez moi à la maison », justifie-t-elle. Elle juge également l’attente au niveau des stations de bus plus longue.

Dans un autre coin de la ville, au grand marché de Ouagadougou, l’ambiance est différente. Les klaxons et les cris de vendeurs ambulants se font entendre. Bazoumana Sagnon, une serviette au cou dont il se sert pour essuyer la sueur, interpelle les passants. Certains passent indifférents jusqu’à ce qu’il réussisse à choper quelques clients pour compléter le taxi. Lui également accuse la prolifération des engins à deux roues.
Une organisation par cellule
« Nous sommes dans un pays où les engins à deux roues sont plus nombreux. Même si vous faites le compte avec des passagers, ils vous diront que ce n’est pas si rentable pour eux. Entre le bus et les taxis, il n’y a pas de concurrence. Nos concurrents, ce sont les motos. Tant que les gens continueront de prendre les motos, le transport en commun ne marchera pas à Ouaga », lâche-t-il. Pour lui, les tricycles ont longtemps aggravé la situation en transportant des passagers sans régulation, avant leur interdiction. Ce qui a relancé quelque peu le secteur.
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Face à cette situation, les taximen se sont adaptés. Depuis quelques années, ils ont réorganisé le secteur. C’est ainsi qu’ils ont décidé de s’organiser en cellule. Il s’agit de groupes de taxis mis en place, avec chacun son trajet. Le président du Syndicat national des taximen et de la solidarité, Issouf Ouédraogo, est aussi le représentant de la cellule de la maison du peuple.

Par exemple, pour la cellule de la maison du peuple, il y a un système de rotation qui est mis en place. Ce système, selon lui, permet d’éviter la concurrence interne et de limiter les pertes. « Si tu veux tourner pour chercher des clients, tu risques de finir ton gasoil sans avoir en avoir un. Ça empêche aussi l’amortissement du véhicule », souligne-t-il. Pour lui, une meilleure organisation urbaine, avec des stations de taxis mieux réparties dans la ville, pourrait redonner un souffle à la profession.
Boukari Ouédraogo
