Le maraichage qui change la vie de femmes dans le village de Tiakané
Grâce au jardin potager, des femmes de Tiakané profitent de fruit de la terre. Photo: Studio Yafa,

Le maraichage qui change la vie de femmes dans le village de Tiakané

A Tiakané, village situé dans la province du Nazinon, environ 155 km de Ouagadougou, un projet de maraîchage transforme la vie des femmes. Grâce à des jardins aménagés et des cultures de contre-saison, ces femmes autrefois dépendantes des ressources naturelles saisonnières parviennent à renforcer leur autonomie économique.

Entre les rangées de légumes, Blandine Artiabou s’active, arrosoir en main, allers-retours entre une bassine d’eau et ses planches avec attention. Difficile d’imaginer qu’il y a encore quelques années, cette femme du village de Tiakané à 5 km de Pô, ne disposait d’aucune source de revenus stable. Blandine Artiabou ne savait pas qu’un jour, elle pourrait être aussi indépendante financièrement. Autrefois, avec son mari, cette dame d’une cinquantaine d’années vivait essentiellement des récoltes de la saison pluvieuse. Celles-ci étaient souvent insuffisantes pour couvrir les besoins de toute l’année.

Blandine Artiabou et les autres femmes ont pu s’émanciper financièrement grâce à la culture de contre-saison. Photo: Studio Yafa, mars 2026, Pô.

Mais depuis quelque temps, sa vie a changé. Grâce à un jardin aménagé, elle a obtenu un lopin de terre où elle pratique désormais la culture de contre-saison. Une véritable aubaine qui lui permet de produire et de vendre des légumes en pleine saison sèche. Des carottes aux concombres, en passant par l’oseille, le gombo, la patate, le haricot, le piment ou encore la tomate, elle a multiplié les cultures. « Il y a des choses, je ne connais pas le nom », explique Blandine amusée.

Un jardin qui sauve

Le jardinage a transformé son quotidien, comme celui de nombreuses autres femmes du village. « Le jardin nous a sauvés. Grâce au jardinage, j’ai pu m’acheter un téléphone portable très cher. J’ai aussi acheté mon vélo », explique-t-elle tout en riant aux éclats. Mais au-delà des biens matériels, c’est toute une vie qui s’est transformée. « Vous ne voyez pas que je brille ? J’ai pu acheter du savon, m’habiller, je prends soin de moi », raconte-t-elle, visiblement fière.

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Les femmes comme Adana Ouébessi produisent plusieurs types de spéculations grâce à leur jardin. Photo: Studio Yafa, mars 2026, Pô.

Aujourd’hui, les revenus tirés du jardin lui permettent de subvenir aux besoins de ses trois enfants. Elle assure leur argent de poche et contribue à leur scolarité. En plus la sauce s’est améliorée, comme on aime le dire ici. « Grâce à ce jardin, je peux préparer de la bonne sauce. Et quand mon mari vient et me dit, tu « n’as pas quelque chose pour moi », je peux lui donner un billet de 1000 francs CFA », ajoute-t-elle.

A Tiakané, Blandine n’est pas un cas isolé. Elles sont 32, dont 7 hommes, à exploiter ce site maraîcher. Elles ont été sélectionnées par quartier par le chef de village parmi les plus vulnérables du village. Elles ont reçu leurs parcelles à l’issue d’un tirage au sort, afin de garantir l’équité. Cette initiative est portée par un projet de l’ONG Wakanda, qui a doté le périmètre de forages, de châteaux d’eau et de bassins de rétention. L’objectif est de permettre aux femmes de pratiquer la culture de contre-saison et de renforcer leur résilience économique.

La fin de la coupe du bois

Situé à proximité du ranch de Nazinga et du parc Kaboré Tambi, le village vivait autrefois principalement du ramassage d’amendes de karités et de cueillette de fruits de néré. Après quoi, les femmes restaient oisives et s’adonnaient à la coupe du bois. « Avant, les femmes de Tiakané se rendaient en brousse pour ramasser des amendes de karité et du néré pour se faire du revenu. Après ça, il n’y avait plus rien à faire », explique Bouliou Martin, l’un des hommes qui encadrent ces femmes.

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Comme Blandine, Adana Ouébessi a elle aussi bénéficié d’une parcelle. Elle cultive plusieurs spéculations, auxquelles s’ajoutent des papayers devenus une source supplémentaire de revenus. Depuis qu’elle s’est lancée dans le maraîchage, elle constate une amélioration des conditions de vie de sa famille. Les produits du jardin couvrent une grande partie de leurs besoins alimentaires. Avant, pour avoir un peu d’argent, elle coupait du bois en brousse. Une activité qu’elle a aujourd’hui abandonnée. « Maintenant, on mange bien », insiste-t-elle.

Les bassins aménagés permettent de stocker l’eau, Photo: Studio Yafa, mars 2026, Pô.

Pour démarrer, chaque femme a reçu deux arrosoirs et une parcelle. Le site dispose de deux forages permettant un arrosage régulier. La plupart des femmes arrosent deux fois par jour sauf cas de force majeure. Mais le travail ne s’arrête presque jamais. « Nous avons trois récoltes par an. Pendant la saison pluvieuse, elles sèment des spéculations qui peuvent tenir trois mois », précise Bouliou Martin.

Faire face aux difficultés

Les débuts n’ont pourtant pas été faciles. Les femmes ont dû faire face à des difficultés d’approvisionnement en eau, avec un débit insuffisant. Mais grâce à l’accompagnement des initiateurs, la situation s’est améliorée. Les bassins permettent aujourd’hui de stocker l’eau et de sécuriser les productions.

Pour beaucoup, il a aussi fallu apprendre. Peu habituées à la culture de contre-saison, ces femmes ont bénéficié de formations qui leur ont permis d’acquérir de nouvelles compétences.

Si le jardinage a ouvert la voie à une nouvelle autonomie, certains défis persistent. Les cultures restent exposées aux attaques de chauves-souris, notamment sur les choux, et à celles d’insectes qui détruisent les tomates. Mais ces obstacles sont mineurs par rapport à leur détermination. Avec des solutions adaptées, Blandine et les autres femmes sont convaincues de pouvoir aller encore plus loin dans leur autonomisation.

Boukari Ouédraogo