À l’occasion de la Semaine nationale de la culture (SNC), la médecine traditionnelle a une fois de plus attiré les visiteurs. Mais derrière cette vitrine, les tradipraticiens font face à une réalité préoccupante. La raréfaction des plantes médicinales, aggravée par la déforestation.
Au Village des Communautés de la SNC 2026 à Bobo-Dioulasso, les stands de médecine traditionnelle attirent les visiteurs. Sous les hangars, des racines, des écorces et des poudres sont exposées. Les odeurs se mélangent à celles des plats locaux. Mais derrière cette vitrine, les tradipraticiens parlent d’un problème qui grandit : la disparition des plantes médicinales.
Poussi Wandaogo est tradi-praticien. A l’occasion de la SNC, l’homme est venu présenter certains de ses produits. Mais, la situation est devenue difficile sur le terrain pour produire ces médicaments issus de la médecine traditionnelle. La déforestation provoque la disparition de certaines plantes. Par le fait de la coupe abusive du bois, certaines plantes sont devenues rares à trouver.
« À Bobo ici même, trouver du bois dans la forêt, c’est difficile. Il y a une plante qui soigne le cancer du foie, mais présentement, pour en trouver, c’est la croix et la bannière. Les gens ont tout coupé », regrette Poussi Wandaogo.
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Dans son stand, Noufou de Oumar Traoré observe les mêmes difficultés. Il évoque plusieurs causes liées aux activités humaines. « On a remarqué que beaucoup de plantes disparaissent à cause de l’extension des champs, des routes, de l’élevage, ou de ceux qui font les fagots de bois », décrit-il avec tristesse.

Pourtant, des techniques existent pour protéger les plantes. Mais, celles-ci sont peu utilisées. « Certains enlèvent l’écorce sans savoir comment aider la plante à cicatriser. Nous, quand on prélève, on applique du sable mouillé sur la blessure pour que l’arbre se régénère vite », constate Poussi Wangraoua le tradi-praticien.
Plus du tiers de forêts transformés en terres cultivables
Selon les données du ministère en charge de l’environnement, le Burkina Faso a perdu près de la moitié de ses forêts entre 1992 et 2014. Cette évolution a un impact direct sur la pharmacopée. Les chiffres du ministère indiquent que 38,6 % des forêts ont été transformées en terres cultivées, et 7,9 % en prairies. A cela s’ajoutent les mauvaises pratiques de prélèvement. Certains arbres ne survivent pas après avoir été écorcés.
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Parmi les visiteurs, certains ont pris conscience du problème. C’est le cas de Alex Yago retrouvé dans les allées du site. Pour lui, c’est ensemble que la tendance peut changer. « Pour moi, l’essentiel, c’est de reboiser », lance-t-il comme un appel à l’action.
S’adapter ou périr
Face à la situation, des tradipraticiens tentent de s’adapter. Certains ont créé leurs propres espaces de culture de plantes médicinales. Ils bénéficient parfois d’un accompagnement des services de l’environnement. « Chaque année, on fait des reboisements médicinaux. Dans mon propre champ, j’ai planté. Nos aînés le font aussi, et le ministère de l’Environnement nous accompagne avec des espaces dédiés », explique Noufou Oumar Traoré, un autre tradipraticien.
En attendant que ces plantations produisent, les produits deviennent plus rares sur le marché. Les prix augmentent aussi. Les clients se plaignent donc de la cherté du prix de ces produits thérapeutiques.
« Si tu vends ton produit à 2000 ou 3000 francs, les clients trouvent que c’est cher. Mais, c’est devenu tellement difficile à trouver. C’est compliqué », assure Poussi Wandaogo. À la SNC 2026, la médecine traditionnelle reste visible. Mais, elle dépend de ressources naturelles qui diminuent. Pour les tradipraticiens, préserver les plantes devient une nécessité pour continuer à soigner.
Danielle Coulibaly
