Ces dernières années, les festivals culturels s’imposent de plus en plus au Burkina Faso comme de véritables leviers de promotion, de développement économique. À travers ces événements, les promoteurs ainsi que les acteurs culturels et festivaliers dessinent une nouvelle génération de politiques culturelles. Celles axées sur la décentralisation et la valorisation des richesses locales.
À plus de 400 kilomètres de Ouagadougou, la ville de Banfora a vibré du 4 au 11 avril 2026 au rythme de la 2ᵉ édition du Festival international des cascades (FESTICAS). Découvertes touristiques, prestations artistiques, animations, compétitions et effervescence populaire ont animé la région des Tannounyan. La ville s’était alors transformée en un véritable carrefour culturel et économique.
Une effervescence ressentie dans les marchés, à la place de la Nation de la ville, sur le site officiel du Festival. « Vous avez remarqué qu’actuellement il n’y a plus de chambres d’hôtel, les restaurants sont bondés (…) Ça veut dire qu’il y a l’économie locale qui est développée. Et donc tout le monde gagne, que ce soit les hôteliers, les restaurateurs, les transporteurs », analysait Mamadou Yougos Koné, promoteur de l’événement.
Au-delà de l’effervescence culturelle, sociale et économique, le FESTICAS revêt une volonté de décentraliser la culture. Et selon lui, la réussite de l’événement a été la preuve que des initiatives portées, même loin de la capitale, peuvent bien réussir. Cela « n’enlève en rien à la qualité », insiste Mamadou Yougos Koné. Pour lui, il ne s’agit pas de se réunir pour chanter, manger et danser. Le FESTICAS, c’est plus qu’un cadre festif, soutient-il.
Un outil de promotion territoriale et culturelle
Le festival s’inscrit dans une logique de marketing territorial. Il consiste à attirer artistes, influenceurs et visiteurs venus de plusieurs pays de la sous-région. « Toutes ces personnalités sont venues pour découvrir le Burkina ou redécouvrir le Burkina et donner un signal, de même que contredire tous ceux qui pensent que le Burkina Faso est invivable en dehors des capitales », lance-t-il.
Exposants et commerçants y ont trouvé une opportunité pour se faire de bonnes affaires. « C’est un marché spontané qui a duré 8 jours et ça a donc contribué au développement économique de Banfora et du Burkina », défendent les organisateurs.
Waabo et FESTICAS, une même dynamique
Abdoul Aziz Tiemtoré, est aussi promoteur de festival. Waabo qui se tient à Ouaga porte sa griffe. Il a effectué le déplacement de Banfora pour soutenir une initiative qu’il juge structurante pour le secteur culturel burkinabè. « Ce que Yougos et son équipe ont réalisé à Banfora, c’est vraiment quelque chose à perpétuer », a-t-il déclaré.
Pour lui, le FESTICAS ainsi que Waabo s’inscrivent dans une dynamique nationale de valorisation des richesses culturelles locales. Les artistes locaux sont les vedettes sur scène C’est aussi une façon selon Aziz Tiemtoré, d’inciter les Burkinabè à développer le tourisme interne, à mieux connaitre leur pays.
Si les données chiffrées restent difficiles à établir pour le FESTICAS et Waabo, Mamadou Yougos Koné et Aziz Tiemtoré confirment leurs effets économiques perceptibles. « Ça a été bénéfique pour tous ceux qui ont participé. Les femmes qui exposent, les artistes, les fournisseurs…, tout le monde s’en sort », souligne Abdoul Aziz Tiemtoré à propos du festival Waabo.
Ecouter notre reportage: Pléthore de festivals au Burkina, un gagne-pain pour certains promoteurs
Fatim Soulama a quitté Ouaga, spécialement pour vivre les FESTICAS. « Il y a du mouvement en ville, les hôtels sont remplis, les petits commerces travaillent bien. Même ceux qui vendent de l’eau ou de la nourriture gagnent quelque chose » a-t-elle indiqué.
Pour elle, les festivals dans la même lancée que le FESTICAS, sont à perpétuer au Burkina Faso, surtout dans le contexte actuel. » Si chaque région organise des festivals comme le FESTICAS, ça peut vraiment booster l’économie locale. Ça attire des visiteurs, ça valorise la culture et ça crée des opportunités pour les jeunes » analyse la festivalière. Son avis est partagé par John Abraham Shalom Traoré, habitant de Bobo Dioulasso. Lui aussi a fait le déplacement. Une première expérience qu’il dit être prêt à rééditer grâce à la bonne organisation.
« Ça réunit beaucoup de monde, donc la partie de la population qui arrive à prendre les stands ou exploiter des espaces pour vendre des biens et services va réellement avoir des bénéfices. Et cela est vraiment à perpétuer », souligne-t-il.
Pour les acteurs du secteur, l’avenir de la culture burkinabè repose aussi sur l’appropriation collective des initiatives locales. « Si chaque Burkinabè arrive à savoir que chaque activité culturelle est pour faire la promotion du Burkina Faso, chacun doit s’y mettre », plaide Mamadou Yougoss Koné.
NB: Nous avons vainement tenté, après plusieurs relances, de compléter ce reportage avec l’avis de FreeAfrik. L’organisation de la société civile « FreeAfrik » est impliquée dans FASOVEIL, avec pour projet “Pour une nouvelle génération de politiques de soutien à l’économie de la culture et à la décentralisation culturelle ”.
Mousso News avec Studio Yafa
