Compréhension de la Couverture santé universelle, un défi pour les points focaux de BURCASO
Une femme avec son bébé au dos quitte un centre de santé après une séance de pesée, Ph: Studio Yafa

Compréhension de la Couverture santé universelle, un défi pour les points focaux de BURCASO

La Couverture Santé Universelle reste un concept encore difficile à cerner pour de nombreuses populations, en particulier en milieu rural. Pourtant, sur le terrain, des acteurs s’emploient à la rendre plus accessible. Parmi eux, les points focaux du Conseil burkinabè des organisations de développement communautaire (BURCASO).

Dans une cour discrète de Boulmiougou, à Ouagadougou, se trouve l’Association d’Assistance pour les Maladies Infectieuses (ADAPMI). Ce mercredi 18 mars 2026, des lycéens y ont pris place. Cahiers en main, ils écoutent, posent des questions, prennent des notes. Face à eux, Abdoul Aziz Ouédraogo. Depuis près de 17 ans, il travaille comme agent de suivi-évaluation au sein de la structure. Ce jour-là, il vulgarise la CSU avec des mots simples.  « La CSU est un objectif qui garantit des soins de qualité pour tous, sans difficultés financières », explique-t-il.

Abdoul Aziz Ouédraogo, agent de suivi et l’évaluation de ADAPMI, un point focal BURCASO, Ph: Mousso News

Mais Aziz ne s’arrête pas à ADAPMI. Depuis deux ans, il est aussi point focal de BURCASO dans le cadre du projet FASOVEIL. À ce titre, il sensibilise les populations, les oriente vers les centres de santé et contribue à renforcer leur compréhension du dispositif.  « Nous leur expliquons concrètement ce qu’elles gagnent en souscrivant, notamment la gratuité des soins pour les femmes et les enfants », précise le point focal.

Son travail touche également les agents de santé. Il participe au renforcement de leurs capacités, tout en contribuant à encourager la participation communautaire et à réduire les dépenses de santé des ménages.  Malgré ces efforts, des obstacles subsistent. Le principal défi reste l’appropriation du concept par les populations, mais aussi les lenteurs dans l’établissement des cartes. « La souscription se fait sur place, mais il faut parfois attendre longtemps avant d’obtenir la carte biométrique », s’attriste Aziz.

Selon lui, la situation s’améliore progressivement, même si elle a longtemps été freinée par des problèmes techniques. Pour mieux atteindre les communautés, les sensibilisations sont menées en langues locales. Une stratégie qui porte ses fruits. Environ 22 000 personnes ont déjà été touchées dans les centres urbains comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.

À Ziniaré, un suivi au plus près des réalités

Au-delà de la capitale, d’autres relais de BURCASO mènent le même combat. À Ziniaré, dans la région du Oubri, l’Association Regard de Femme (ARF) s’illustre à travers ses actions de terrain. À sa tête, Doussa Bibata Claudine Onadja. Retraitée de l’administration scolaire et universitaire, elle mène une vie active. Depuis plus de deux ans, elle est point focal de BURCASO et intervient dans les zones de Boussé et Laye.

Claudine Bibata Doussa Onadja , présidente de l’association Regard de femme (ARF), point focal de BURCASO dans la région de Oubri, Ph: Mousso News

Avec son équipe, elle se rend régulièrement dans les centres de santé, notamment les jours de vaccination, moments où l’affluence est plus importante. Leur mission consiste à observer, écouter et recueillir les expériences des patientes. « Nous travaillons sur la véracité de la gratuité des soins. Nous allons voir comment cela se passe réellement dans les centres », indique les yeux et les oreilles de de BURCASO sur le terrain.

Les constats ne sont pas toujours reluisants. Les patientes évoquent plusieurs difficultés. Entre autres, la distance des centres, l’accueil parfois insatisfaisant, mais aussi les ruptures fréquentes de produits essentiels. « Nous avons constaté des manques de fer, de tests VIH, d’implants contraceptifs… Ce sont des produits qui finissent vite », relève-t-elle.

Malgré ces contraintes, des avancées sont perceptibles. Les habitudes changent peu à peu.
« Au début, les femmes hésitaient à venir dans les centres. Aujourd’hui, elles sont de plus en plus nombreuses », affirme Bibata.

Lire aussi : « La couverture santé universelle est en progression », Sié Johnson Kambou, chargé de projet BURCASO

Les données recueillies dans le cadre du suivi confirment cette tendance. Plus de 71 % des femmes ont accepté de faire un retour, et plus de 64 % des femmes ayant accouché ont témoigné.  Pour elle, ces progrès sont le fruit du dialogue instauré entre les communautés et les acteurs de santé. Mais beaucoup reste à faire.

Elle plaide notamment pour un renforcement des moyens matériels et humains dans les centres, ainsi que pour une amélioration des conditions d’accueil. « Il y a des centres où il n’y a même pas de bancs pour les patients », déplore-t-elle.

Autre défi majeur : l’accessibilité. Certaines femmes parcourent encore de longues distances pour bénéficier de la gratuité des soins. « Nous avons vu des femmes marcher entre 5 et 10 kilomètres. Il faudrait rapprocher les services ou faciliter le transport », suggère-t-elle.

Des relais devenus incontournables

À travers le projet FASOVEIL, BURCASO est présent dans plusieurs régions du Burkina Faso, avec des points focaux et des auditeurs déployés dans les communes.

Selon Kambou Sié Johnson, chargé de projet, ces acteurs sont soigneusement sélectionnés en fonction de leur ancrage local, de leurs compétences et de leur engagement. « Ce sont des personnes capables de comprendre les réalités du terrain et de porter notre vision », explique-t-il.

Jonhson Kambou Sié , chargé de projet de BURCASO dans le cadre de FASOVEIL, Ph : Mousso News

Grâce à eux, BURCASO a changé de posture. L’organisation ne se contente plus d’observer, elle contribue activement à l’amélioration du système de santé en formulant des propositions basées sur les réalités vécues. « Les points focaux ont renforcé notre crédibilité auprès des autorités sanitaires », se satisfait Kambou Sié Johnson.

Entre contraintes et perspectives

Malgré ces avancées, les défis restent nombreux. La situation sécuritaire limite l’accès à certaines zones. Les ressources financières et matérielles demeurent insuffisantes, tout comme la disponibilité de certains intrants. Sur le terrain, les acteurs appellent à intensifier les efforts. Pour Abdoul Aziz Ouédraogo, un renforcement de la communication est indispensable. « Si des points focaux étaient présents directement dans les centres de santé ou les arrondissements, cela faciliterait la souscription », estime-t-il.

Au Burkina Faso, la réussite de la CSU ne dépend pas uniquement des politiques publiques, mais aussi de leur compréhension par les populations.

Les points focaux par leur proximité, leur écoute et leur engagement, contribuent à rapprocher les services de santé des réalités quotidiennes.