Face à la dégradation de leur environnement, des habitants de Ouédiabié et Ourobié dans la province du Nahouri ont décidé d’agir pour restaurer cette zone. Cet espace autrefois riche en faune, notamment en gibier, est en train de renaître grâce à la sensibilisation et à des actions sur le terrain pour lutter contre la déforestation.
Frontière entre les villages de Ouédiabié et Ourobié dans le département de Tiébélé, province du Nahouri. En cette journée ensoleillée dans le sud du Burkina Faso, les chants des cigales et des oiseaux résonnent. Cette frontière naturelle abrite aussi une zone de conservation forestière d’environ 30 hectares avec des acacias, des neems, du néré, le bivoulah, plus connu par le nom de haanda en mooré, etc.
Alassane Ouédi et Ataouné Kalira guident la visite. Ils connaissent les lieux et leur histoire. Avant, cet espace formait une forêt dense et giboyeuse. Alassane, aujourd’hui quinquagénaire, se souvient de son enfance. Ses parents venaient chasser dans cette zone. « Quand on était petit, on voyait nos parents sortir pour la battue. Ils partaient chasser les lièvres, les perdrix et consorts », rappelle-t-il.

Objectif, restaurer la forêt
Avec le temps et la pression démographique, cet espace a changé. Les habitants ont progressivement exploité les ressources disponibles. Aujourd’hui, la forêt a reculé. Le marigot s’est asséché et les crocodiles ont quitté les lieux faute de refuge. La coupe du bois et la collecte de produits non ligneux ont contribué à la dégradation de l’écosystème. Face à cette situation, les habitants des deux villages décident de s’organiser pour protéger cette zone.
Dans ces localités, le crocodile constitue un totem. Sa disparition renforce la volonté d’agir. Les deux villages commencent par la sensibilisation. « Ce qu’on fait, on a d’abord sensibilisé en demandant de ne plus couper les arbres », explique Alassane. L’objectif consiste à permettre la régénération de la végétation et, à terme, le retour de certaines espèces.
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L’Association Ga mo wigna, la nature, c’est la vie, en langue Kassem, accompagne cette initiative. Elle met alors en place un plan de protection intégré dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. Avec les deux villages, elle renforce les mesures de protection de la zone.

Ces initiatives rencontrent d’abord des résistances. Certains habitants craignent une perte de leurs terres ou une restriction de leurs activités quotidiennes. « Les gens ne comprenaient pas qu’ils n’ont pas de bois pour la cuisine et qu’on les empêche de couper. D’autres pensaient que c’est le gouvernement qui voulait retirer leur terre », rappelle Alassane.
Les femmes en première ligne
Pour répondre à ces inquiétudes, les acteurs du projet organisent des séances de sensibilisation et de formation. Pendant ces séances, ils abordent les enjeux liés à la déforestation, aux changements climatiques et à la préservation des différentes espèces. Des solutions pratiques complètent ce travail. Les femmes sont au cœur du projet. Car elles sont en première ligne dans la coupe du bois. Pour cela, elles ont reçu un soutien.
Borobiè Babougtouan, l’une des bénéficiaires, salue ce geste qui a changé sa vie. « Ce qui a fait que les femmes s’impliquent, c’est que nous avons reçu des fourneaux pour la cuisine, des sacs à mains pour le marché, des paniers pour garder les condiments. Cette aide a fait que les femmes ne vont plus couper les bois dans les champs ». Ataouné fait le même constat : « Ce qui a changé, c’est que les gens rentraient discrètement pour couper le bois. Mais, ils ont arrêté ».

Les habitants et leurs partenaires engagent également des actions de reboisement. Ils ont planté des arbres résistants pour délimiter et protéger l’espace. « Pour le moment, on a planté des arbres épineux qui sont résistants. Ils appellent la pluie et puis ils sont résistants », souligne Ataouné.
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A travers ces efforts, les habitants espèrent restaurer l’équilibre écologique. Ataouné espère surtout le retour de certains animaux sauvages dont les crocodiles considérés ici comme sacrés.
Arnaud Bado, animateur à l’association Ga mo wigna, inscrit cette initiative dans une approche plus large. Il explique que cet espace de conservation répond à la nécessité de faire face aux changements climatiques à travers des plans de développement intégrés. L’association implique les autorités locales et les populations à travers des sessions organisées dans les municipalités. Elle encourage la protection des espaces boisés, y compris autour des concessions.

Des résultats prometteurs
Malgré ces efforts, des difficultés persistent. Même si les coupes ont fortement baissé, il y a certains petits malins qui viennent encore couper du bois. « Nous rencontrons des difficultés, les gens sont habitués à la proximité. Ils se disent qu’aller loin pour chercher du bois, c’est difficile. Donc, ils s’acharnent sur les espaces de conservation. Du coup, pour les amener à changer de mentalité, c’est difficile. Il a fallu du temps, de la patience et aussi la collaboration des personnes ressources dans ces villages pour faire comprendre l’importance de nos pratiques », explique Arnaud Bado.

La réduction de la coupe du bois a favorisé la régénération du couvert végétal. Les arbres produisent de plus en plus. Et cette zone de conservation contribue également à compléter les rations alimentaires. « Pendant la saison des fruits, les enfants ne mangent plus à la maison. Ils préfèrent aller manger les fruits sauvages que de manger à la maison », explique Borobiè Babougtouan.
L’association Ga mo wigna envisage d’aller plus loin. Elle souhaite développer des projets liés au commerce du carbone afin de financer d’autres actions de conservation. Elle a également en vue un projet de jardin potager. L’objectif consiste à accompagner les femmes dans l’agriculture de contre-saison et à renforcer leurs ressources financières. Les acteurs du projet comptent sur cette initiative pour consolider les résultats déjà obtenus.
Boukari Ouédraogo
