Journée des Coutumes : immersion dans l’univers des devins mossi
Une séance de consultation, Ph : : Godong/Universal Images Group via Getty Images

Journée des Coutumes : immersion dans l’univers des devins mossi

À l’occasion de la Journée des Coutumes et des Traditions, célébrée ce 15 mai, focus sur la consultation chez les devins mossi. Une pratique ancestrale qui continue d’occuper une place dans la société burkinabè, entre croyances, régulation sociale et quête de solutions.

    Dans plusieurs localités du Burkina Faso, de Ziniaré à Boulsa en passant par le Sanmatenga, la scène est familière. Des hommes et des femmes se rendent chez un devin pour chercher des réponses à leurs préoccupations.

    Contrairement aux consultations médicales ou religieuses classiques, ici, les réponses sont cherchées à travers des pratiques divinatoires. Cauris, sable ou jet de pièces. Ces éléments servent de support pour interpréter des situations souvent jugées inexplicables.

    Un savoir ancestral

    La divination fait partie intégrante des traditions mossi. Elle repose sur un savoir ancien, transmis de génération en génération ou, selon les praticiens, reçu à travers un appel spirituel.

    À Bonam, un village de Boulsa, le Sonkogl Naba perpétue cette pratique. Selon lui, la consultation commence par un geste simple mais essentiel. Le consultant tient de l’argent dans la main tout en formulant intérieurement ses préoccupations et souhait.

    « C’est à partir de cette intention que nous faisons la divination et que nous voyons ce qui amène la personne ainsi que les solutions possibles », explique-t-il. Les motifs de consultation sont variés. Maladies persistantes, tensions familiales ou encore échecs à répétition.

    Des réponses là où les explications manquent

    Pour certains, le recours au devin intervient lorsque les solutions classiques semblent inefficaces. Gomnéwendé Prince Gérard Ramdé raconte avoir consulté pour son grand frère, marié depuis plus de dix ans sans enfant. Selon le devin, le problème serait lié à une promesse non tenue faite à un fétiche par le père.

    Un sacrifice est alors recommandé. Après son accomplissement, la situation évolue. « Trois mois après, la femme est tombée enceinte. Aujourd’hui, ils ont plusieurs enfants », témoigne-t-il. Ces expériences contribuent à renforcer la confiance de certains dans la divination.

    Un rôle social reconnu

    Au-delà de la recherche de solutions individuelles, les devins jouent aussi un rôle dans l’organisation sociale. Dans la société mossi, ils interviennent comme conseillers, médiateurs et parfois garants des pratiques coutumières.

    Naba Ligdi, responsable coutumier à Kusugu, dans la région du Nazinon, souligne leur importance dans la gestion des affaires communautaires. « Pour certaines décisions, notamment liées aux lieux sacrés ou aux sacrifices, il est nécessaire de consulter un devin afin d’anticiper et de protéger la communauté », explique-t-il. Il ajoute que dans la société Mmoaga, le responsable coutumier est chargé de gérer les entités qui protègent le village. Ainsi, historiquement, les chefs traditionnels avaient recours à ces consultations avant de prendre des décisions majeures.

    Une pratique discutée en milieu urbain

    Si la divination reste bien ancrée en milieu rural, elle suscite davantage de débats dans les villes. Certains jeunes y voient une pratique légitime, liée aux réalités culturelles. D’autres, en revanche, privilégient une approche fondée sur le travail et la rationalité.

    « Si quelqu’un y croit, c’est qu’il a ses raisons », estime Sankara Yacouba. À l’opposé, Chardel Lunga marque son sceptiscisme. « Je ne crois pas à tout ça parce que moi, je crois à l’effort. Je crois au travail qui est la clé du développement, la vraie consultation en fait », dit-il.

    Malgré ces divergences, la divination continue d’exister aux côtés d’autres systèmes de pensée. Elle s’inscrit dans une dynamique où traditions et modernité cohabitent, traduisant un besoin constant de comprendre et d’anticiper les événements de la vie. Au Burkina Faso, la consultation chez les devins reste ainsi une pratique vivante, reflet d’un héritage culturel qui continue de s’adapter aux réalités contemporaines.

    Aimé Roland Ouédraogo