Tabaski 2026 : A Ouaga, des moutons chers malgré l’interdiction d’exportation
En attendant un client...

Tabaski 2026 : A Ouaga, des moutons chers malgré l’interdiction d’exportation

Dans les marchés de bétail de Ouagadougou, l’ambiance n’est pas celle des jours qui précèdent la Tabaski. L’affluence n’est pas exceptionnelle. Pendant que les clients espéraient une baisse des prix des moutons à la suite de l’interdiction d’exportation du bétail décidée par le gouvernement, la réalité est tout autre. « On ne va pas brader nos moutons, on préfère les ramener à la maison », clament certains vendeurs.

Le marché de bétail de Tanghin, un quartier de la capitale, a connu mieux en termes d’engouement. En cette soirée du 25 mai 2026, l’ambiance reste fidèle. Des jeunes vendeurs accostent les passants, des scènes de discussion s’animent, le bêlement incessant des ruminants se fait entendre. La pluie tombée la veille a rendu le sol boueux, compliquant le déplacement pour les non-habitués des lieux.

Abdoul Fatass Taonsa constate la baisse de l’affluence

À l’intérieur du marché, certains commerçants sont assis en groupe et font la causette. « Le marché, quand vous regardez, il n’est pas mouvementé. Alors que les années antérieures, à trois jours de la fête, c’était rempli. On ne pouvait même pas s’arrêter ici. Mais cette année, regardez vous-même, il y a plus de vendeurs que d’acheteurs sur le marché », constate le jeune Abdoul Fatass Taonsa, à côté d’un enclos où sont parqués des taureaux. Son constat est partagé par ses camarades.

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Un peu plus loin, deux hommes entament une interminable discussion. Amado Soré, vendeur, et Assane Zabré ne semblent pas s’entendre sur le prix d’un bélier. « Avant, on achetait ça entre 175 000 et 200 000. Mais cette année, j’achète à 325 000 même, mais il a refusé », explique Assane en montrant le mouton du doigt. Son vis-à-vis, le sourire en coin, se défend : « Les gens achetaient à 400 000, 350 000 F CFA. Mais en apprenant que les frontières aux exportations, ils veulent acheter à moins que ça. On ne va pas vendre à perte. On a acheté les animaux chers, avant que le gouvernement ne prenne sa décision », dit-il.

Amado Soré promet qu’il ne va pas brader ses moutons

Finalement, après moult négociations, le client se résout à battre en retraite. « On va laisser pour aujourd’hui. Peut-être que demain, il va revoir le prix à la baisse », espère-t-il. Mais le commerçant le prévient : « Même demain, on ne va pas changer, hein. C’est notre travail, on est là même après la Tabaski. »

Une décision aux effets contrastés

La décision du gouvernement dont parle Amado Soré, c’est l’interdiction d’exporter le bétail. En effet, le 8 mai 2026, l’autorité a suspendu l’exportation du bétail sur toute l’étendue du territoire jusqu’à nouvel ordre. Selon elle, cette mesure vise à assurer la disponibilité du bétail sur le marché national. Par ailleurs, les autorisations spéciales d’exportation (ASE) ont également été suspendues.

Ladji Noufou, se fondant sur cette décision, est arrivé au marché de Tanghin en espérant acheter un bélier à bon prix. Il a déchanté : « Cette année, c’est plus cher parce qu’on ne savait pas que ça serait ainsi. On a appris que les moutons ne sont pas sortis du pays. Du coup, on pensait que les prix allaient baisser… On dirait même qu’il n’y a pas beaucoup de bétail. Il n’y a pas d’engouement », remarque-t-il.

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De leur côté aussi, des commerçants estiment que la décision est un coup dur. Hama Assane Dicko évolue dans le domaine depuis des décennies, mais c’est bien la première fois qu’il vit une telle situation. « Il y a des gens qui prenaient avec nous pour envoyer en Côte d’Ivoire. On a perdu cette clientèle. Ceux qui sont ici disent que comme les moutons ne partent plus, on doit diminuer les prix. Si tu achètes à 200 000 et qu’on te propose 150 000, c’est mieux de garder ton animal. Tu perds 50 000. Et si tu as 50 têtes ? La perte est énorme », fulmine le commerçant.

Une position que partage Abdoul Aziz Dicko. Lui était venu de Dori, dans la région du Liptako, avec pour destination finale Abidjan. Mais cette année, il a été pris de court. « La décision n’a pas été annoncée à temps, ça a surpris beaucoup de clients. On a beaucoup perdu dans cette histoire. Nous sommes restés ici, alors qu’on avait loué un camion pour aller en Côte d’Ivoire », explique-t-il d’une petite voix.

Frustration et opportunités

Dans un autre marché, le constat est presque le même. L’ambiance est morose à Cissin, où les commerçants évoquent la lenteur du marché. Avec son camarade, Mahamadi Ouédraogo prépare du thé. En temps normal, précise-t-il, à 48 heures de la Tabaski, il n’aurait pas eu ce temps.

Mahamadi Ouédraogo prépare du thé, faute de clients

Pour lui, les clients évoquent le manque d’argent. Mais derrière cette réalité, il y a autre chose : « Beaucoup ont ramené leurs moutons chez eux pour continuer à les élever. Si tu dépenses pour l’alimentation et les soins en espérant vendre à un bon prix à la Tabaski, et qu’on te dit qu’on ne peut plus exporter, c’est un problème », dit-il, le visage grave.

Dans ce climat de désaccord entre vendeurs et acheteurs, certains arrivent tout de même à tirer leur épingle du jeu.
Hamidou Zongo, infirmier, est sur le point de conclure l’achat de son bélier. Revenu dans la soirée après un premier passage infructueux, il semble satisfait.

Hamidou Zongo salue la décision du gouvernement de suspendre l’exportation du bétail

Contrairement à d’autres, il estime que la mesure a eu un effet sur les prix. « L’année passée, j’ai pris entre 140 000 et 160 000 F CFA. Cette année, c’est entre 100 000 et 140 000. Il y a une nette amélioration. Nous saluons cette décision. Avec la situation actuelle, entre les charges et la fête, ce n’est pas simple », dit-il. La fête de Tabaski est prévue pour ce 27 mai 2026 au Burkina.

Tiga Cheick Sawadogo