Kampti : au cœur des litiges fonciers
Photo d'illustration de la commune de Kampti. Photo: https://www.cjfk.org

Kampti : au cœur des litiges fonciers

Dans la commune rurale de Kampti, dans la région du Djôrô, la terre est à la fois une ressource essentielle et une source de tensions. Du fait de l’exploitation agricole ou l’orpaillage les conflits liés à la terre se multiplient. Cela fragilise les relations sociales au sein des communautés.

Depuis une vingtaine d’années, Nazer Hien exploite les terres héritées de son père. Sur ces parcelles, il a développé une plantation d’anacardiers qui constitue aujourd’hui sa principale source de revenus. « On a grandi dedans. Après le décès de mon père, j’ai repris le terrain. Cela me permet de subvenir aux besoins de ma famille et de scolariser mes enfants », explique-t-il.

Mais dans cette partie de la commune de Kampti, située à plus de 420 km de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, les limites des champs ne sont pas matérialisées. L’absence de délimitation claire favorise les contestations. Nazer Hien dit avoir été confronté à une tentative d’occupation de son terrain. Constatant l’argent avancé de son père, il décide de revenir prendre les choses en mains alors qu’il était en en voyage. « Quand je voulais récupérer, les gens ne voulaient pas. Puisqu’ils étaient déjà installés », raconte-t-il.

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Ce type de situation est fréquent dans la localité. Selon Serge Théophile Da, agent domanial à Kampti, les conflits fonciers prennent plusieurs formes. « Souvent, au sein de la famille, il y a des oppositions. Maintenant, dans la zone périurbaine, c’est-à-dire autour de Kampti, c’est la vente anarchique des terrains. Parce que là, les gens vendent des terrains à plusieurs personnes. Les gens cherchent à acquérir des terrains. Surtout avec l’orpaillage », précise-t-il. L’essor de l’orpaillage accentue également la pression sur les terres.

Des séances de sensibilisation

A ces difficultés s’ajoutent des facteurs socioculturels. Evrado Hien, responsable des cellules de veille citoyenne, évoque les inégalités d’accès à la terre, notamment pour les femmes. « Souvent, une famille, où il y a trois personnes et que c’est deux femmes et un homme. Le monsieur a tendance à dire que la terre n’appartient pas à la femme. Et cette dame est mise de côté », explique Hien.

Face à ces tensions, des actions sont engagées pour prévenir et gérer les conflits. Les autorités communales travaillent avec des partenaires comme la Commission épiscopale Justice et Paix. Celle-ci a entrepris plusieurs émissions dans les radios locales. L’objectif est de sensibiliser les populations et de promouvoir des mécanismes de dialogue.

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« Il est prévu par exemple deux types d’émissions, une émission pédagogique où des spécialistes du foncier viennent expliquer un peu comment est-ce qu’on doit se comporter pour prévenir les conflits, une autre émission radiophonique interactive qui permet aux citoyens de poser les difficultés qu’elles ont en lien avec des dossiers qui sont au sein de l’administration », indique Jean-Baptiste Yanogo, chargé de projets Commission épiscopale Justice et Paix.

Dans cette commune, la gestion du foncier apparaît comme un enjeu central pour la cohésion sociale. Pourtant, le gouvernement du Burkina Faso depuis 2009 à travers la loi portant réorganisation agraire et foncière et la loi portant régime foncier rural garantit l’égalité de sexe pour l’accès à la terre au Burkina Faso. Une nouvelle loi portant réorganisation agraire et foncière réaffirme la propriété exclusive de l’État sur toutes les terres.

Elle prévoyait des quotas et des mesures pour faciliter l’accès des groupes vulnérables à la terre, notamment les femmes. Mais dans la pratique, la loi reste insuffisamment appliquée.

Yves Nadège Mossé