Burkina Faso : le mariage d’enfants persiste du fait de l’insécurité
Photo d'illustration d'une jeune fille triste. Photo: Freepix.com

Burkina Faso : le mariage d’enfants persiste du fait de l’insécurité

A Titao, localité située au Nord du Burkina Faso, le mariage d’enfants demeure une préoccupation. Entre mars 2025 et aujourd’hui, huit cas ont été signalés et pris en charge par la direction provinciale en charge de la protection sociale. En toile de fond, les conséquences de l’insécurité et les difficultés économiques des familles.

Assise dans un atelier de couture de la commune, une adolescente de 16 ans, ayant requis l’anonymat, revient sur une expérience qu’elle dit difficile à oublier. En début d’année 2026, elle est contrainte d’épouser un homme qu’elle n’a pas choisi. Sa famille la contraint à le rejoindre à Ouagadougou, à plus de 200 km de sa localité. La jeune fille ne connaissait pas la capitale burkinabè.

Cette union avait été envisagée bien avant sa naissance. « Il y a un jeune qui fréquentait chez nous à la maison bien avant ma naissance. On m’a mariée à ce dernier. Je suis rentrée à Ouaga alors même que le jeune n’habitait pas là-bas », raconte la jeune fille.  Son époux travaillait sur un site d’orpaillage, dans une autre localité. Elle décide de fuir pour rejoindre un centre d’accueil. « C’est après cela que je suis venue à Titao », ajoute-t-elle. Inscrite dans un atelier de couture par la direction provinciale de la famille et de la solidarité. C’est là qu’elle tente désormais de se reconstruire.

Des querelles familiales

Comme elle, d’autres jeunes filles ont vécu des situations similaires. En 2024, une autre victime déplacée interne, est contrainte à 18 ans d’épouser un homme vivant à Ouahigouya. Cette ville au Nord du Burkina Faso, accueille de nombreuses personnes déplacées. Mais rapidement des mésententes s’installent. Le mariage se termine après des tensions familiales et des violences. « Il y a eu un différend entre la famille et moi et quand je l’appelais pour lui en parler, il ne m’écoutait pas jusqu’à ce que son grand frère me frappe », se souvient encore la jeune fille. Elle se tourne alors vers l’Action sociale, mais son parcours scolaire et sa formation en couture sont interrompus. « Tout cela à cause de ce jeune », regrette-t-elle.

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Le phénomène touche également le milieu scolaire. Le proviseur du lycée provincial du Loroum, Sidiki Ouédraogo, indique avoir récemment été confronté à un cas de mariage forcé impliquant une élève. Selon lui, certaines jeunes filles ne sont pas informées des décisions prises par leurs familles. Pourtant, ces pratiques constituent une violation des droits. Il insiste sur la nécessité d’appliquer les textes en vigueur pour y mettre fin.

Dans la commune de Titao, plusieurs facteurs expliquent la persistance du phénomène. Il s’agit notamment la pauvreté et les déplacements de populations liés à l’insécurité. Face à cette situation, des initiatives locales sont mises en place.

« On ne force pas une fille à se marie »

Le chef de canton, Naaba Wadga, mène des actions de sensibilisation auprès des communautés. Il encourage le dialogue avec les jeunes filles et appelle les parents à privilégier leur scolarisation. « On ne force pas une fille à se marier. Plutôt, on discute avec elle. De nos jours, nous savons tous qu’à cause de l’insécurité, qui provoque le déplacement massif de populations à Titao, les gens continuent de pratiquer ça et le nombre de victimes ne fait que croitre », insiste Naaba Wadga. C’est pour cela qu’il estime qu’il faut renforcer la sensibilisation.

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La direction provinciale de la famille et de la solidarité intervient également à travers des causeries éducatives et des visites de terrain. Romaric Mossé, responsable du service a constaté une augmentation des signalements. « Depuis pratiquement mars 2025, nous sommes à huit cas qui ont été signalés dans nos services et majoritairement. Ce sont des jeunes filles de 14 à 16 ans. Et ce qui est le plus frappant, c’est que ce sont en majorité des élèves qui sont inscrites à l’école surtout les élèves du primaire », souligne Romaric Mossé. Les services sociaux apportent un appui-conseil aux familles en les informant sur les conséquences du mariage précoce. Ils assurent également le suivi des victimes et encouragent leur retour à l’école.

Le Burkina Faso a fixé l’âge légal du mariage à 18 ans pour les deux sexes. Les deux futurs époux doivent aussi donner leur consentement. Les acteurs locaux appellent à une prise de conscience collective afin de mieux protéger les enfants et limiter la progression de cette pratique.

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Soumaila Ganamé/Collaborateur